24 juin 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

11 novembre 2006

Les deux économies de l'Afrique du Sud


Caroline Falcao
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
2019
Élection d’un gouvernement du Congrès national africain en Afrique du Sud

mars
2019
Annonce du départ du président algérien Abdelaziz Bouteflika

février
2018
Démission du président sud-africain Jacob Zuma

mai
2014
Réélection du Congrès national africain de Jacob Zuma en Afrique du Sud

décembre
2013
Décès de l'ex-président sud-africain Nelson Mandela

juin
2010
Présentation de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud

mai
2009
Élection de Jacob Zuma à la présidence de l'Afrique du Sud

mai
2008
Attaques xénophobes en Afrique du Sud

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

août
2002
Ouverture d'un sommet sur le développement durable à Johannesburg

juin
1995
Conquête de la Coupe du monde de rugby par l'Afrique du Sud

mai
1994
Élection de Nelson Mandela à la présidence de l'Afrique du Sud

juin
1991
Abolition des dernières lois ségrégationnistes en Afrique du Sud

mars
1990
Proclamation d'indépendance de la Namibie

février
1990
Libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud

décembre
1988
Signature à New York d'un traité sur le conflit en Angola

septembre
1984
Élection de Pieter Botha à la présidence de l'Afrique du Sud

juin
1976
Émeutes à Soweto en Afrique du Sud

décembre
1967
Première greffe cardiaque de l'histoire

L'Afrique du Sud, pays situé tout au sud du continent africain, est aujourd'hui surnommé par certains les « États-Unis de l'Afrique » (1), bien qu'il n'ait pas toujours été assez stable et prospère pour se mériter un tel titre. Ce n'est en effet que depuis 1991 que le pays est débarrassé de ses lois racistes, l'apartheid, que l'on peut définir comme un système de domination de la minorité sud-africaine blanche sur la majorité noire (2). Depuis sa colonisation officielle par l'Angleterre en 1902, l'Afrique du Sud est en proie à un racisme latent. Or, c'est en 1948 que la ségrégation raciale est érigée en système, oeuvre du président blanc Daniel F. Malan. À partir de cette année, plusieurs lois sont adoptées afin de diviser, et ce dans toutes les sphères de leur vie, les Sud-Africains en trois catégories, soit les Blancs, les Métis et les Noirs.

Évidemment, à travers les années, plusieurs groupes se sont constitués afin de lutter contre le système ségrégationniste (3). Un tournant survient en 1976 quand des émeutes éclatent à Soweto. Leur forte couverture médiatique pousse la communauté internationale à se positionner et, peu de temps après, nous assistons au boycott économique de l'Afrique du Sud par certains pays occidentaux (4). En 1985, face au profond mécontentement de la population, le gouvernement supprime quelques lois racistes. C'est en juin 1991 que les dernières lois d'apartheid sont abolies. Néanmoins, ce n'est qu'en 1993 que l'on en arrive à un accord entre le gouvernement et les groupes opposants. En 1994, Nelson Mandela, figure célèbre de la résistance à l'apartheid, devient le premier président sud-africain noir (5).

Pourtant, même après l'abolition des lois racistes, plusieurs écarts raciaux persistent dans le pays. Un historien kenyan écrit à ce sujet : « en 1991, les Blancs ont accepté de laisser la couronne aux Noirs, mais ils en ont gardé les diamants » (6). Observons de plus près la question économique, et ce de la fin de l'apartheid jusqu'à aujourd'hui.

L'économie post-apartheid

D'abord, considérons le Produit intérieur brut (PIB) de cet État, qui pèse aujourd'hui pour environ un quart du PIB du continent africain (7). En 1991, le PIB par habitant en dollars constants se situe à 8 887.81 $. Dans les années qui suivent, il chute rapidement pour atteindre son plus bas niveau en 1993, soit 8 389.04 $. Toutefois, en 2003, ce chiffre monte à 9 124.08 $. Nous pouvons donc conclure que globalement, le PIB par habitant a augmenté en Afrique du Sud depuis 1991.

Concernant les exportations et importations, en 1992, le secteur des produits miniers et du pétrole représente 2.4 % des importations, les produits agricoles 12 % et les produits manufacturés 85.6 %. En 2004, le secteur minier compte pour 18.5 % des importations totales, ce qui constitue une augmentation de près de 65 %. Du côté des exportations depuis la fin de l'apartheid, les données ont très peu changé, le secteur des produits manufacturés étant encore dominant. En 1991, le commerce international constitue 35.02 % du PIB et ce pourcentage continue globalement d'augmenter depuis. En 2002, il atteint son paroxysme avec 56.58 % (8). Ce fait s'explique, entre autres, par l'ouverture du pays sur le monde et par la fin de l'embargo économique imposé pendant l'apartheid.

Pour sa part, l'inflation est en régression. Effectivement, en 1995, le taux d'inflation se situe à 11 % alors qu'en 2004, il est de 4 % (9). Concrètement, nous sommes donc à même de constater que la structure de l'économie de l'Afrique du Sud a connu des modifications positives depuis 1991, au niveau de l'augmentation du PIB, du commerce international et de la diminution de l'inflation.

Visage économique d'une population

Pour le peuple sud-africain, la fin de l'apartheid était synonyme de la fin des inégalités raciales à tous les niveaux. Désormais, nous savons que la structure de l'économie s'est améliorée depuis 1991. Pourtant, qu'en est-il aujourd'hui des inégalités au niveau socio-économique ?

Grâce aux efforts entrepris en matière d'intégration de la population noire à l'économie, nous assistons à l'émergence d'une classe moyenne noire qui, en 2004, regroupait environ 4 millions de personnes (10). Concernant l'embauche des gens de couleur, le secteur minier s'est doté de dispositifs obligeant les compagnies à céder 15 % de leur capital à des actionnaires noirs d'ici 2009 et 26 % d'ici 2014 (11). En outre, selon les dirigeants sud-africains, la vie est bien meilleure aujourd'hui que sous l'apartheid. A titre de preuve, on apporte le fait que 85 % des foyers ont aujourd'hui accès à l'eau courante et 69,7 % à l'électricité (12), ce qui constitue un net progrès. Par ailleurs, depuis 1994, le gouvernement a fourni un toit à plus de 700 000 familles. L'Afrique du Sud a également procédé à de grandes améliorations concernant la répartition de la richesse entre les Blancs et les Noirs. En effet, en 1970, les gens de race blanche constituaient 18 % de la population et ils monopolisaient 71 % des revenus. De leur côté, les membres des autres ethnies formaient 82 % de la population et se contentaient du reste. Désormais, les Blancs (qui composent environ un quart de la population) se partagent un peu moins de 50 % des revenus (13).

Mais voilà qu'il existe un autre côté de la médaille, celui des écarts silencieux qui persistent dans ce pays du sud de l'Afrique. En effet, bien que plusieurs efforts soient mis en place pour favoriser l'emploi des Noirs, on peut constater que le secteur privé est toujours contrôlé par les Blancs, qui accaparent ainsi 95 % de l'économie (14).De plus, plusieurs critiquent les systèmes érigés pour favoriser l'emploi des gens de race noire. D'aucuns argumentent qu'ils ne profitent qu'à l'élite noire (15), laissant ainsi pour compte les quelques 15 millions de Sud-Africains qui se partagent seulement 4 % des ressources du pays (16). Sur ces 15 millions, 7 millions vivent toujours dans des bidonvilles (17).

C'est sans oublier le chômage qui, en 2004, touche près de 40 % de la population active, soit environ 20 millions de personnes (18), alors que ce taux était à 4.4 % en 1994 (19). Chez les Noirs, le taux de chômage atteint aujourd'hui les 50 % (20).Ce fléau engendre plusieurs autres problèmes dont une extrême violence qui s'illustre par environ 21 000 meurtres par an (21).

Tous ces faits nous indiquent que la fin de l'apartheid fut profitable pour un certain nombre de personnes. Malheureusement, une grande partie de la population vit actuellement dans ce que l'on pourrait nommer une « deuxième économie », faite de chômage et de pauvreté. Peut-on parler tout de même de progrès depuis 1991 ? À ce sujet, laissons le mot de la fin au vice-premier ministre des Affaires étrangères, M. Aziz Pahad : « Donnez-moi un exemple, juste un seul, d'un pays qui a fait en dix ans ce que nous avons accompli. » (22)




Références:

1-COLETTE, Élise. « Un si lourd héritage », Jeune Afrique, [En ligne], http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_... 9 mai 2004.

2-TARNERO, Jacques. « Le racisme », Éditions Milan, 1995, [s.p.].

3-UNIVERSITÉ LAVAL. « Afrique du sud », [En ligne], http://www.tlfq.ulaval.ca /AXL/AFRIQUE/afriquesud.htm, 30 octobre 2006.

4- TARNERO, Jacques. op.cit.

5-UNIVERSITÉ LAVAL. op.cit.

6- COLETTE, Élise. op.cit.

7-Ibid.

8-PERSPECTIVE MONDE. « Afrique du sud, Statistiques », [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/ZAF/fr.html.

9- COLETTE, Élise. op.cit.

10- GYLDÈN, Axel. « La nouvelle Afrique du sud », L'Actualité, 15 juin 2004, p.56.

11-POMPEY, Fabienne. « Le géant du diamant ouvre son capital à des actionnaires noirs », Le Devoir, 14 novembre 2005, p.B4.

12-PAQUIN, Gilles. « La fracture », La Presse, 11 avril 2004, p. PLUS 15.

13- Ibid.

14- GYLDÈN, Axel. op.cit.

15-CARTILLER, Jérôme. « La couleur de l'argent », Le Devoir, 10 avril 2004, p. C6.

16- PAQUIN, Gilles. op.cit.

17- SRC Télévision. « Le Téléjournal, le Point », 27 avril 2004.

18- PAQUIN, Gilles. op.cit.

19- PERSPECTIVE MONDE., op.cit.

20- COLETTE, Élise. op.cit.

21- SRC Télévision. op.cit.

22- COLETTE, Élise. op.cit.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

L'Afrique du Sud compte donner une orientation pacifiste au Conseil de sécurité
>février 2019


Le nucléaire : nécessité ou poudre aux yeux pour l'Afrique du Sud?
>décembre 2017


Afrique du Sud : le président aux neuf vies
>novembre 2017


Les drogues illicites : un terrain périlleux pour l'Afrique du Sud
>février 2017


Un nécessaire coup de pouce énergétique pour l'Afrique
>mars 2016


Une position plus continentale qu'émergente pour l'Afrique du Sud à la COP21
>janvier 2016


Nouvelle ère de changement pour l'Alliance démocratique en Afrique du Sud
>septembre 2015


Fin de la grève du platine : victoire coûteuse en Afrique du Sud
>septembre 2014


L'intégration économique régionale : une solution pour l'Afrique ?
>janvier 2014


Afrique du Sud : création d'un nouveau parti d'opposition sur fond de lutte raciale
>novembre 2013


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016