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12 mars 2007

La démocratie vénézuélienne est-elle menacée par Hugo Chavez ?


Audrey Jean-Baptiste dit Parny
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

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2019
Autoproclamation de Juan Guaido à la présidence par intérim du Venezuela

juillet
2017
Élection controversée d’une Assemblée constituante au Venezuela

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2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

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Décès du président vénézuélien Hugo Chavez

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Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

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2009
Tenue d'un référendum au Venezuela

décembre
2006
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

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2002
Tentative de coup d'État contre Hugo Chavez au Venezuela

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Pluies torrentielles et inondations au Venezuela

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Élection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

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septembre
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Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

avril
1960
Dévoilement de la doctrine Betancourt à Caracas

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1958
Retour de Romulo Betancourt à la présidence du Venezuela

avril
1958
Début de la visite du vice-président américain Richard Nixon en Amérique latine

Hugo Chavez, héros socialiste ou pourfendeur de la démocratie, passionne, dérange, exaspère, mais ne laisse en aucun cas indifférent. Depuis sa réélection le 3 décembre 2006, le président vénézuélien consolide sa révolution bolivarienne à travers un interventionnisme étatique accru dans l'industrie pétrolière (1). Détenteur pour 18 mois des pleins pouvoirs, Hugo Chavez multiplie ainsi les initiatives présidentielles et façonne, à l'image d'un modèle socialiste réinventé, une société vénézuélienne démocratiquement participative. En effet, à travers le préambule de la Constitution vénézuélienne adoptée par référendum populaire en décembre 1999, la « Terre de Grâce » fait de son objectif suprême l'établissement d'un régime mixte dans lequel le peuple délègue son pouvoir tout en le conservant (2).

Cependant, l'Occident, entraîné dans un prêche international des vertus de la démocratie représentative, critique ouvertement la politique chaviste. Celle-ci tendrait à créer un État totalitaire à l'image de la république cubaine dont le président Castro s'affirme comme le mentor de Chavez (3). Se targuant de prévoir la chute de la démocratie vénézuélienne, les critiques internationales dénoncent chacune des actions de Chavez comme l'étape ultime vers une nouvelle dictature socialiste. Parmi celles-ci, la censure de RCTV, la création d'un parti unique, l'élection perpétuelle ou la nationalisation des industries font figures de preuves tangibles d'une distorsion démocratique.

Cependant, à mes yeux, si les choix idéologiques de Hugo Chavez apparaissent discutables, les moyens mis en oeuvre pour leur développement sont tout à fait démocratiques et témoignent davantage d'une adaptation conjoncturelle du régime présidentiel que d'une menace à la démocratie vénézuélienne.

Une adaptation vénézuélienne de la démocratie

Les raisons pour lesquelles Hugo Chavez ne peut être qualifié de danger pour la démocratie vénézuélienne sont multiples. En premier lieu, malgré toutes les prédictions de l'intelligentsia internationale depuis 1998 sur l'avenir dictatorial du gouvernement chaviste, le président vénézuélien n'a eu de cesse de consolider la démocratie populaire au Venezuela. Ainsi, après son élection en 1998, la première action présidentielle de Chavez fut de proposer l'adoption, par référendum, d'une nouvelle Constitution. Alors que la critique dénonçait la réduction des pouvoirs parlementaires au profit du président, la Constitution de 1999 s'est finalement avérée bien plus démocratique que la précédente (4). Contraints de réviser constamment leur jugement, les opposants de Chavez demeurent convaincus que les dernières politiques chavistes sont les bases d'une distorsion totalitaire de la démocratie. Cependant, une analyse plus conjoncturelle révèle les failles d'un raisonnement qui comprend mal les particularismes des sociétés sud-américaines.

Une démocratie comme il en existe beaucoup d'autres...

La loi d'« habilitation » adoptée par l'Assemblée vénézuélienne, qui a permis la délégation des pouvoirs législatifs au profit du président Chavez, ne peut en aucun cas être considérée comme une menace à la démocratie. En effet, cette application démocratique, présente dans de nombreuses autres Constitutions nationales, demeure structurellement limitée. Conséquemment, le président vénézuélien, en plus de devoir se conformer à la Constitution, ne peut légiférer que dans les domaines et durant la période désignés par l'Assemblée. En plus d'être soumise à un contrôle constant du Parlement et de la Cour suprême, cette mesure peut être révoquée par le plus légitime des pouvoirs : le peuple (7).

Certains affirment également que, l'Assemblée étant acquise à la cause chaviste, la démocratie est menacée par le manque de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif (8). Cependant, il est utile de rappeler que dans de nombreuses démocraties occidentales, le même parti détient à la fois le pouvoir exécutif et la majorité parlementaire. Subséquemment, l'absence d'opposition, et donc de débat démocratique, représente selon moi le seul danger réel pour la démocratie vénézuélienne. En effet, l'organisation de la concurrence pacifique pour l'exercice du pouvoir est assurée par l'article 2 du préambule de la Constitution. Réaffirmant le pluralisme politique de la société vénézuélienne, celui-ci apparaît aujourd'hui menacé par l'opposition vénézuélienne qui, en boycottant le Parlement depuis avril 2005, prive près de 35% de la population d'une représentation politique (9).

La situation actuelle d'un Parlement acquis à la cause chaviste ne peut en aucun cas être imputée au président vénézuélien. Elle alimente cependant la polémique relative à l'uniformisation idéologique du Venezuela. En effet, une récente déclaration de Chavez souhaitait voir la réunion de l'ensemble des partis soutenant la cause chaviste sous une même bannière politique (10). Chavez n'a cependant jamais prévu l'abolition de partis d'opposition, préalable indispensable à la mise en place d'un État totalitaire.

Une démocratie autorégulatrice ?

L'argument principal des détracteurs d'Hugo Chavez demeure sa volonté de tenir un référendum sur l'abolition de la limite du mandat présidentiel. Elle risquerait, selon certains, de légitimer une présidence à vie et la mise en place subséquente d'une dictature socialiste (11). Néanmoins, de nombreux pays démocrates tels la France, sans connaître de limitation constitutionnelle au mandat présidentiel, ne sont pourtant pas perçues comme des dictatures en puissance (12). De plus, comme nous l'avons vu, toute modification constitutionnelle au Venezuela suppose une approbation populaire par la voie référendaire dont le caractère démocratique ne saurait être remis en cause.

Les spéculations sur l'éventuelle menace que fait planer Chavez sur la démocratie vénézuélienne se trouvent aussi affaiblies par l'existence, dans la Constitution, d'une mesure révocatoire (Article 72). Celle-ci prévoit la destitution du président vénézuélien par référendum en cas de mécontentement populaire (13). À ceux qui persistent à percevoir un dictateur en puissance dans le président vénézuélien, rappelons que celui-ci s'était plié, sans réticences, à un référendum révocatoire en 2004. À l'issue du plébiscite, l'appui populaire en faveur du leader socialiste a permis d'asseoir sa présidence en confirmant sa légitimité. Ainsi, il ressort que la démocratie participative permet de préserver le Venezuela de toute tentative dictatoriale, en assurant au peuple l'ultime pouvoir de décider de son orientation politique ainsi que de son dirigeant.

Fervent promoteur de l'actuelle Constitution qui instaure la démocratie participative au Venezuela, Hugo Chavez semble avoir lui-même voulu constitutionnaliser des remparts aux abus présidentiels. La démocratie vénézuélienne ne semble donc pouvoir être menacée par quiconque, subordonnée qu'elle est devant son acteur le plus intransigeant : le peuple.




Références:

(1) BELE, Patrick. « Chavez s'arroge les pleins pouvoirs », Le Figaro, 20 janvier 2007, p. 3

(2) HERMET, Guy. Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Paris, 6ème édition, Armand Colin, 2005, p. 90

(3) JONES, Bart. « Chavez as Castro ; it's not that simple in Venezuela », Venezuela Analysis, [en ligne], 10 février 2007, http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artno=1956, (page consultée le 8 mars 2007)

(4) WILPERT, Gregory. « Venezuela's enabling law could also enable the opposition », Venezuela Analysis, [en ligne], 6 février 2007, http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artno=1953, (page consultée le 8 mars 2007)

(5) LAMRANI, Salim. « Hugo Chavez and RCTV: Censorship or a legitimate decision ? », Venezuela Analysis, [en ligne], 7 février 2007, http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artno=1954, (consultée le 9 mars 2007)

(6) Op. cit. « Venezuela's enabling law could also enable the opposition », Venezuela Analysis, [en ligne], 6 février 2007, http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artno=1953, (page consultée le 8 mars 2007)

(7) Ibid.

(8) ANONYME, « Démocratie absolue au Vénézuéla : tous les élus pour Chavez », Latin Reporters, [en ligne], 5 décembre 2005, http://www.latinreporters.com/venezuelapol05122005.html, (page consultée le 10 mars 2007)

(9) RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA, Constitution bolivarienne du Venezuela, [en ligne], 15 décembre 1999, http://www.constitucion.ve/constitucion_view_fr/vi... (page consultée le 8 mars 2007)

(10) OUALALOU, Lamia. « Venezuela : Hugo Chavez a les pleins pouvoirs », Le Figaro, 1er février 2007, p. 3

(11) « Chavez s'arroge les pleins pouvoirs », Le Figaro, op.cit., 20 janvier 2007, p. 3

(12) RÉPUBLIQUE FRANCAISE, Constitution de la Ve République, [en ligne], 4 octobre 1958, http://www.legifrance.gouv.fr/html/constitution/co... (consultée le 9 mars 2007)

(13) Constitution bolivarienne du Venezuela, [en ligne], op.cit., 15 décembre 1999, http://www.constitucion.ve/constitucion_view_fr/vi... (page consultée le 8 mars 2007)

Dernière modification: 2007-05-02 09:18:40

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