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12 March 2007

Rigoberta Menchu : le nouvel espoir du Guatemala


Laura Huyghe
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

October
2015
Élection de Jimmy Morales à la présidence du Guatemala

December
1996
Signature des accords mettant fin à la guerre civile au Guatemala

February
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

August
1983
Renversement du président Rios Montt au Guatemala

March
1966
Tenue d'élections au Guatemala

December
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

July
1957
Assassinat du président du Guatemala Carlos Castillo Armas

June
1954
Renversement du président guatémaltèque Jacobo Arbenz

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

March
1945
Accession de Juan Jose Aravelo à la présidence du Guatemala

Le 21 février 2007, la Guatémaltèque Rigoberta Menchu a officialisé sa participation à l'élection présidentielle qui se tiendra le 9 septembre prochain, déclarant : « Nous voulons donner espoir aux jeunes et aux femmes. Pas seulement celles du Guatemala mais toutes les femmes du monde qui attendent depuis longtemps une chance de participer » à la vie politique(1). Si elle remporte le scrutin de 2007, cette jeune femme de 47 ans deviendra la première amérindienne et la cinquième femme présidente en Amérique latine après l'Argentine Isabela Peron, la Nicaraguayenne Violetta Chamorro, la Panaméenne Mireya Moscoso et la Chilienne Michelle Bachelet.

Une grande dame, ambassadrice de la paix

Née dans un village de montagne d'une famille maya quiché en janvier 1959, Rigoberta Menchu ne tarde pas à se faire porte-parole de la communauté indienne marginalisée du Guatemala. Dès 1981, les violences de la guerre civile et l'assassinat de son père Vicente Pérez, fervent défenseur des droits des indigènes, l'obligent à s'exiler de longues années au Mexique. En 1991, Menchu décide de rentrer au Guatemala afin d'oeuvrer pour le changement et de participer à la rédaction par les Nations unies d'une déclaration des droits des peuples autochtones(2). En signe de reconnaissance, elle est nommée « ambassadrice de bonne volonté de l'UNESCO »(3), puis devient la plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix à l'âge de 33 ans.

Durant cette période, l'instabilité politique perdure au Guatemala. Puis, les accords de paix de 1996, signés entre la guérilla et le gouvernement guatémaltèque, mettent fin à un conflit de 36 ans. Cependant, plus de 200 000 personnes ont été massacrées, 45 000 ont été portées disparues et 430 communautés mayas ont été décimées. Ce fut sans conteste le conflit le plus tragique d'Amérique latine, mais aussi le plus ignoré(4).

En janvier 2004, Oscar Berger Perdomo, propriétaire terrien et ancien maire de la capitale, remporte l'élection présidentielle et promet de mettre fin à la corruption et la criminalité. En ce sens, il entreprend une reforme de l'armée, reconnaît la responsabilité de l'État dans les crimes de guerre et nomme l'indienne Rigoberta Menchu, ambassadrice spéciale à la présidence(5).

Une lueur d'espoir pour le peuple guatémaltèque

La candidature de Rigoberta Menchu à l'élection présidentielle de 2007 n'est pas surprenante. Suite à la création de son propre mouvement indien Winaq, en février 2007, elle avait prévu de se présenter aux élections de 2012 pour défendre la cause indienne. En plus de dynamiser la campagne électorale, ce mouvement politique novateur offre une meilleure représentativité politique à la majorité indienne ainsi qu'une alternative dans une société où les politiciens traditionnels, Blancs et conservateurs, ont été incapables d'entreprendre les transformations nécessaires pour le pays. Les indiens du Guatemala - 60 % des 12,2 millions d'habitants - vivent toujours dans la pauvreté. Par ailleurs, Menchu entend obtenir la condamnation des responsables du génocide du Guatemala et garantir la réalisation et l'exécution des programmes en faveur des droits de l'homme, particulièrement des mayas. Enfin, elle encourage la recherche de solutions politiques aux conflits privilégiant le dialogue, la négociation et les accords de paix(6).

La pression exercée par certains groupes politiques ont amené Rigoberta Menchu à accepter une alliance avec la formation de centre gauche, Rencontre pour le Guatemala, dirigée par la députée au Congrès Nineth Montenegro. Pour officialiser leur compromis électoral, les deux femmes ont signé « un pacte des dames »(7) dans lequel ont été définis les termes de cette alliance politique. La protectrice de la cause indienne bénéficie déjà du soutien inconditionnel du président bolivarien Evo Morales et de son parti le MAS.

Lors de l'élection de septembre 2007, la candidate de centre gauche devra affronter les deux grands partis de droite que sont la Grande alliance nationale (GANA) du président Oscar Berger et le Front républicain guatémaltèque (FRG) de l'ex-dictateur Efrain Rios Montt(8). Ainsi, c'est un défi d'ampleur qui s'impose à la jeune candidate indigène Rigoberta Menchu, si elle tend à rejoindre les Grandes dames de l'Amérique latine d'ici 2007.




Références:

(1) FAUX Frédéric, « Rigoberta Menchu veut présider le Guatemala », Le Figaro, 23 février 2007, p.5

(2) FUNDACIÓN RIGOBERTA MENCHÚ TUM, Biografía de Rigoberta Menchú Tum, [en ligne], http://www.rigobertamenchu.org/, (page consultée le 8 mars 2007)

(3) FAUX FRÉDÉRIC, op.cit.

(4) ANONYME, « Guatemala : Rigoberta Menchu candidate à la présidentielle », La Presse Canadienne, 21 février 2007, p.A21

(5) DURAND Alain et PINET Nicolas, L'Amérique latine en mouvement : Situations et enjeux, Paris, L'Harmattan, 2006, 223 p.

(6) ELÍAS José, Rigoberta Menchú será candidata a la presidencia de Guatemala , [en ligne], http://www.elpais.com/articulo/internacional/Rigob... (page consultée le 8 mars 2007)

(7) EFE, Rigoberta Menchú inicia su carrera hacia la presidencia de Guatemala, [en ligne], http://www.elpais.com/articulo/internacional/Rigob... (page consultée le 8 mars 2007)

(8) ANONYME, op.cit.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

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