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12 mars 2007

Intervention américaine en Irak : Le statut quo est-il vraiment possible?


Marianna Gabriel
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2017
Tenue d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien

juillet
2017
Annonce par le gouvernement irakien de la libération de Mossoul

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

décembre
2006
Exécution de l'ex-président irakien Saddam Hussein

janvier
2005
Tenue d'élections législatives en Irak

mars
2003
Début d'une offensive militaire d'envergure en Irak

janvier
1991
Début d'une intervention militaire au Koweït

août
1990
Invasion du Koweït par l'Irak

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

juillet
1979
Accession de Saddam Hussein à la présidence de l'Irak

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

juillet
1968
Coup d'État dirigé par le général Ahmed Hassan al-Bakr en Irak

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

juin
1961
Proclamation d'indépendance du Koweït

septembre
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

Après avoir annoncé à la nation américaine la nécessité d'augmenter de 20 000 le nombre des soldats en Irak pour stabiliser la région de Bagdad, le président George W. Bush est assiégé de toute part par l'opinion publique et le Congrès démocrate, en plus d'être dépassé par la réalité sur le territoire irakien(1). Ces contestations commencent à peser sur les épaules de l'administration Bush. En effet, 60% des Américains sont opposés à cette décision alors que 41% des soldats ne croient pas que l'invasion de l'Irak était une bonne idée(2).

Il est maintenant essentiel pour le président de changer de stratégie et de trouver des solutions qui peuvent charmer les Américains et l'opinion internationale.

La nécessité de rester en Irak

Bien que l'opinion publique américaine soit divisée sur le statut des troupes en Irak, il demeure non équivoque que leur présence est capitale. Même si la décision d'envahir l'Irak était une erreur de la part de l'administration Bush, les États-Unis ont présentement des responsabilités et ils ne peuvent pas se retirer maintenant. En effet, la situation est déjà très précaire en Irak et le pays est en proie à une guerre civile. Il serait donc irresponsable de laisser cette région à elle-même et laisser la place au chaos et à l'anarchie. Il faut certes écouter les critiques, mais il faut avant tout se plier au bon sens.

L'année 2006 a été la période la plus meurtrière pour les civils irakiens. Selon le rapport de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme, 34 452 personnes sont décédées d'une mort violente, soit une moyenne de 94 morts par jour(3). Depuis mars 2003, on compte environs 64 000 personnes tuées dans cette guerre. Il est également à noter que le nombre d'amputés s'élève à 552 chez les soldats américains qui ont perdu un ou plusieurs membres dans la guerre en Irak ou en Afghanistan(5).

Aussi, il est grand temps d'agir différemment pour calmer la situation, mais réengager davantage de troupes occidentales signifierait une augmentation du ressentiment irakien à l'endroit des Occidentaux et retirer unilatéralement représenterait une plus grande instabilité au Moyen-Orient(4). Il faut donc envisager une solution multilatérale qui se caractérise par l'implication de multiples parties et la sécurisation du territoire irakien.

Des pistes alternatives

Il est important que l'administration Bush fasse preuve d'humilité si elle veut vraiment trouver des solutions alternatives. D'abord, il faut accepter le fait que les États-unis ne puissent pas assumer seuls la mission en Irak. Il faut reconnaître qu'il y a dans cette guerre un échec d'envergure.

Il faut aussi prendre conscience que l'intervention en Irak est rendue à un point tournant. D'abord, c'est le gouvernement espagnol de Zapatero qui s'est retiré en premier de cette guerre(6). Le Royaume-Uni, grand allié des États Unis, veut lui aussi commencer à diminuer ses troupes pour ensuite se retirer(7). Il est évident que l'Occident ne veut plus soutenir cette guerre et que l'administration Bush n'a d'autres choix que de mettre de l'eau dans son vin.

Dans la lignée de certaines propositions du Congrès à majorité démocrate, il est maintenant temps d'inclure d'autres pays dans le processus de stabilisation en Irak(8). Pour ce faire, il faut d'abord un réalignement majeur de la politique étrangère de l'administration Bush en sol moyen-oriental. Ainsi, il faut inclure des pays musulmans pour stabiliser le territoire et limiter le ressentiment face aux troupes étrangères.

L'idée du gouvernement irakien de tenir une conférence internationale à Bagdad le 10 mars sur la sécurité et l'avenir du pays, est déjà excellente. Elle réunira à la même table les voisins de l'Irak: Iran, Syrie, Jordanie, Turquie, Koweït, Arabie saoudite, de même que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, dont les États-Unis(9).

Pourquoi accepter cette invitation ?

Tout d'abord, accepter cette invitation montre une volonté des Etats-Unis d'ouvrir ses horizons, de collaborer avec d'anciens ennemis et d'écouter l'opinion publique américaine vis-à-vis la guerre en Irak. Il serait intéressant pour les Américains que les pays du Moyen-Orient contribuent à la stabilisation de leur région. Ainsi, le gouvernement américain ne se retrouverait pas dans une guerre unilatérale sans l'appui d'aucun pays significatif. Cela aurait également pour effet de distribuer les impacts économiques et politiques d'un éventuel échec à plusieurs pays, en plus de légitimer davantage cette opération de stabilisation. Pour les pays du Moyen-Orient, une implication dans le processus leur permettrait de contribuer à la pacification régionale tout en limitant l'intrusion occidentale dans leur sphère d'influence.

Un autre aspect fort intéressant de cette rencontre touche le règlement de la répartition du pétrole irakien (3e réserve mondiale), qui constitue un des principaux sujets de discorde entre sunnites, chiites et Kurdes. Il semble que les réserves de pétrole sont majoritairement dans le sud du pays, occupé par les chiites, et dans le nord, où sont établis les Kurdes. Cependant, les sunnites, qui habitent dans le centre, n'ont pas de pétrole. Lors de cette négociation, le gouvernement irakien prévoit mettre en place une répartition équitable des revenus du pétrole entre les 18 provinces irakiennes, ce qui devrait aider dans le processus de stabilisation(10).

Une chose est sûre, le gouvernement américain devra faire des concessions afin de convaincre les puissances moyen-orientales de s'impliquer dans le conflit. La partie de bras de fer pourrait être particulièrement corsée avec l'Iran, mais il est clair que les Etats-Unis doivent arrimer une attitude conciliante à une stratégie de fond.

Pour que le bon sens l'emporte

Si l'on souhaite résoudre le conflit en Irak de façon réaliste, il est important de ne pas se plier aux émotions immédiates. Il faut regarder les choses de front et faire preuve de bon sens. Contrairement au Vietnam, les Etats-Unis ont aujourd'hui la chance d'éviter un cuisant échec. Toutefois, il faut agir rapidement pour réorienter les opérations sur le terrain et sécuriser l'Irak. Sans ce changement de cap, les historiens pourront faire, un jour, un parallèle entre Bagdad et Saigon.




Références:

(1)Radio-Canada, «Bush pourrait augmenter son contingent», Radio-Canada, 29 décembre 2006, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... Justin, «Irak : Bush face au nouveau Congrès américain», Le Monde, 8 janvier 2007, http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3222,55-85... Ahmad, «Irak : plus de 34.000 civils tués en 2006», Le Figaro, 16 janvier 2007, http://www.lefigaro.fr/international/20070116.WWW0... body count, «Civilians reported killed by military intervention in Irak», Irak body count, consulté le 10 mars 2007, http://www.iraqbodycount.org/.

(5)La-Croix, «Le retour douloureux des soldats d'Irak», La- Croix, 3 janvier 2007, http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=22... reporters, «Al-Qaïda change l'Espagne: des attentats de Madrid au gouvernement socialiste de Zapatero», Latin reporters, consulté le 10 mars 2007, http://www.latinreporters.com/espagneattentatsmadr... News, «La Grande-Bretagne va retirer 1600 militaires d'Irak», Euro News, 21 février 2007, http://fr.news.yahoo.com/21022007/342/la-grande-br... Justin, op.cit.

(9)MAILHOT, René, «Irak: Washington et Téhéran vont se parler», Radio-Canda, 4 mars 2007, http://www.radiocanada.ca/nouvelles/Carnets/carnet...

Dernière modification: 2007-05-02 09:21:28

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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