Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 octobre 2005

Élection présidentielle en Pologne : un second tour sera nécessaire


Jean-Christophe Bilodeau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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1994
Tenue d'élections au Parlement européen

Deux semaines après la victoire de la droite lors des élections législatives du 25 septembre dernier, le virage à droite se confirme en Pologne avec les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 9 octobre dernier,. Les Polonais ont principalement opté pour deux candidats pour succéder à Aleksander Kwasniewski, un ancien communiste. C'est le libéral de la Plateforme civique (PO), Donald Tusk, qui a obtenu la majorité des voix avec 36,3 % des suffrages. Lech Kaczynski, l'autre candidat de droite issu du Parti conservateur et catholique Droit et Justice (PiS), a obtenu 33,1 % des voix. Les 10 autres candidats à la présidence ont été largement devancés. Andrzej Lepper, le populiste, et Marek Borowski, le social-démocrate, ont obtenu respectivement 15,1 % et 10,3 % des voix. Les scandales de corruption qui ont frappé leurs formations et les résultats peu encourageants des dernières élections législatives n'ont pas aidé.

Les pouvoirs du président de la République sont moins étendus que ceux du Premier ministre qui, lui, dirige le gouvernement. Par contre, son influence n'est pas négligeable puisqu'il est le chef des armées et qu'il définit la politique étrangère du pays. De plus, le président nomme le Conseil des Ministres et recueille leur serment de fidélité à la Constitution. Élu au suffrage universel direct pour cinq ans, il possède un droit de veto qui peut-être annulé par la Diète, la Chambre basse du Parlement, à la suite d'un vote réunissant 60 % des voix. Bien qu'il n'ait pas de prérogatives aussi larges que, par exemple, le président des États-Unis qui est à la tête du gouvernement, ses possibilités d'influer sur la vie publique polonaise restent cependant significatives. La Constitution stipule que le président de la République ne peut exercer plus de deux mandats. Pour remporter la présidentielle, un candidat doit obtenir 50 % des suffrages. Si aucun candidat n'a pu obtenir ce minimum, un second tour est requis, ce qui sera le cas en Pologne le 23 octobre prochain.

Le libéral Donald Tusk entame ce second tour avec l'appui de la majorité de l'électorat de droite, mais le vote de la gauche pourrait se rallier au candidat du PiS, Kaczynski. Celui-ci prône l'interventionnisme de l'État pour rassurer les Polonais qui ont de la difficulté à supporter les changements qu'a subis leur État providence après l'intégration à l'Union européenne (UE) l'année dernière. Pour sa part, Tusk propose de privatiser un plus grand nombre d'entreprises publiques. Il considère que l'UE et le libre-échangisme comme étant une opportunité plutôt qu'une menace pour le pays.

Les deux candidats ont également promis de s'attaquer à la corruption et de réduire l'influence des ex-communistes dans la structure de l'État. Sur ce point, Kaczynski est beaucoup plus catégorique que son rival, ce qui pourrait offusquer certains électeurs dont la culture politique est proche de celle des socialistes.

Les libéraux ont profité de cette brèche en affirmant qu'au niveau diplomatique, les excès de conservatisme de Kaczynski pourraient coûter cher aux relations de la Pologne avec ses voisins européens comme l'Allemagne, en faisant référence à l' « euroscepticisme » qui règne chez le PiS. Bref, le second tour est, pour les deux candidats, une bataille dont l'objectif est de rassurer les Polonais qui demandent une protection de l'État.

Alors que Lech Kaczynski brigue la présidence du pays, son frère jumeau, Jaroslaw Kaczynski le président du PiS, devait entrer au gouvernement avec la fonction de Premier ministre. Ce scénario de deux frères jumeaux qui dirigent le même pays était possible avant que Lech explique que, pour prévenir les accusations de concentration du pouvoir, son frère renonçait au titre de Premier ministre. Le PiS a plutôt proposé l'économiste Kazimierz Marcinkiewicz qui devra former un parti de coalition avec la Plateforme civique.

Le recul que connaît présentement son collègue du PiS, Lech Kaczynski, à l'élection présidentielle, ne serait pas étranger aux propos homophobes tenus par le futur Premier ministre lors d'une entrevue accordée à Newsweek. Ces propos pourraient avoir pour effet d'éloigner l'électorat de gauche qui appuie les politiques interventionniste du PiS. Kazimierz Marcinkiewicz a affirmé que : « L'homosexualité n'est pas naturelle. (4) » Il ajouta que « ce qui est naturel, c'est la famille et l'État se doit de protéger la famille. La propagation de l'homosexualité entrave la liberté des autres citoyens. (...) Si une personne tente de ?contaminer' les autres avec son homosexualité, l'État doit intervenir contre (4) ». De nombreux diplomates européens se sont dits inquiétés par ces propos, précurseurs d'une possible radicalisation du pays au niveau social en ce qui concerne les droits des femmes et des minorités. Ces commentaires du futur Premier ministre sont une corde de plus à l'arc des libéraux qui ont déjà soulevé cette tendance à la radicalisation chez le PiS devant les électeurs, pour ainsi attirer l'attention sur leur propre candidat, Daniel Tusk. Mais la Pologne est un pays avec une forte tradition catholique, ce qui transparaît dans les politiques et les idées transmises par le PiS, un parti qui s'affiche comme catholique.

Enfin, les élections législatives et l'élection présidentielle sont victimes du même phénomène : un faible taux de participation. Selon la télévision d'État, 49,7 % des Polonais ont exercé leur droit de vote. La participation lors des élections législatives avait été encore moins importante, seulement 38 % des Polonais ayant le droit de vote l'ont exercé, soit le plus faible taux depuis le rétablissement de la démocratie en 1989. Lech Walesa, le fondateur du syndicat Solidarité, qui fut le premier syndicat autonome à l'est du mur de Berlin, s'indigne de la faible participation de ses concitoyens : « Quand je me suis battu pour la démocratie, je croyais que mes compatriotes s'en serviraient, mais maintenant je me pose la question : à quoi ont servi toutes ces souffrances, ces fouilles, ces passages à tabac, ces arrestations ? (6) ». La démocratie est une relation entre deux entités, l'État et le citoyen. Si l'un décide de mettre fin à cette relation, l'autre ne pourra qu'assister à sa propre agonie.




Références:

1. AFP, « Élection présidentielle en Pologne », http://www.afp.com/francais/news/stories/051009062... L'agence mondiale d'information, site consulté le 15 octobre 2005.

2. MAS, Monique, « Duel présidentiel », http://www.rfi.fr/actufr/articles/070/article_39050.asp, Radio France Internationale, site consulté le 15 octobre 2005.

3. REUTEURS, « Duel à droite au deuxième tour de la présidentielle polonaise », http://fr.news.yahoo.com/10102005/290/duel-a-droit... site consulté le 15 octobre 2005.

4. TF1, « La diatribe homophobe du futur Premier ministre polonais », http://news.tf1.fr/news/monde/0,,3251416,00.html, site consulté le 15 octobre 2005.

5. « Duel serré entre un libéral et un conservateur », http://permanent.nouvelobs.com/europe/20051010.OBS1602.html, site du journal d'information Le Nouvel Observateur, site consulté le 15 octobre 2005.

6. « Lech Walesa fustige les abstentionnistes », http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,3... Le Monde.fr, site consulté le 15 octobre 2005.

7. La Fondation Robert Schuman, « Élection législatives et sénatoriales en Pologne, 25 septembre 2005 / Élection présidentielle, 9 octobre 2005 », http://www.robert-schuman.org/oee/pologne/legislat... site consulté le 15 octobre 2005.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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