Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

17 décembre 2018

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

11 February 2007

Hugo Chavez, tout-puissant


Audrey Jean-Baptiste dit Parny
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2017
Élection controversée d’une Assemblée constituante au Venezuela

December
2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

March
2013
Décès du président vénézuélien Hugo Chavez

October
2012
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

February
2009
Tenue d'un référendum au Venezuela

December
2006
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

April
2002
Tentative de coup d'État contre Hugo Chavez au Venezuela

December
1999
Pluies torrentielles et inondations au Venezuela

December
1998
Élection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

January
1994
Émeute dans la prison de Maracaibo, au Venezuela

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

May
1969
Création du Pacte andin

September
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

April
1960
Dévoilement de la doctrine Betancourt à Caracas

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1958
Retour de Romulo Betancourt à la présidence du Venezuela

April
1958
Début de la visite du vice-président américain Richard Nixon en Amérique latine

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

Le 1er février 2007, Hugo Chavez, récemment réélu à la tête de l'État vénézuélien, a reçu les pleins pouvoirs de l'Assemblée nationale pour une période de dix-huit mois afin d'« accélérer la révolution » (1).

Chavez, législateur récidiviste

Le 31 janvier 2007, sur la place centrale de Caracas, les députés vénézuéliens ont adopté, en première lecture et à l'unanimité, une loi octroyant les « pouvoirs spéciaux » au président Hugo Chavez (2). Ce texte législatif autorise le leader socialiste à gouverner par décrets dans onze des domaines les plus sensibles du pays. Ainsi, jusqu'en août 2008, Hugo Chavez pourra émettre des lois dans des domaines économique et social sans l'approbation du Congrès. Outre la transformation des institutions de l'État, le code du Commerce et la participation populaire, le promoteur de la « Révolution bolivarienne » pourra influer sur le secteur vital de l'énergie, pilier de l'économie nationale. Plus qu'une importante source de revenus étatiques, l'or noir permet en effet de financer la politique sociale chaviste et sa « révolution bolivarienne ».

Cette mesure constitutionnelle est d'autant plus controversée au sein des démocraties libérales, telles que les États-Unis et le Mexique, que le Parlement vénézuélien actuel est déjà largement acquis à la cause socialiste. En effet, depuis les élections de décembre 2005 boycottées par l'opposition, l'Assemblée est constituée uniquement de députés chavistes élus sous la bannière du Mouvement Cinquième République (MVR) fondé par Hugo Chavez.

Ce n'est cependant pas la première fois que le président du Venezuela s'arroge les pleins pouvoirs. Depuis le 2 février 1999, date de sa première élection, il en a déjà profité par trois fois. Ainsi, en 2001, Hugo Chavez avait, seul, adopté 49 lois. En créant une profonde scission au sein de la société vénézuélienne, cette concentration des pouvoirs législatifs avait entraîné de graves troubles sociaux marqués ultimement par le coup d'État manqué de l'opposition en avril 2002.

La Révolution est en marche

Si jusque-là la politique du président vénézuélien contrastait avec ses virulents discours révolutionnaires, force est de constater qu'aujourd'hui le symbole latino-américain de la résistance au néolibéralisme détient toutes les clés pour amorcer la « révolution socialiste du XXIe siècle » tant promise aux électeurs.

Lors de son serment d'investiture, le 8 janvier 2007, Hugo Chavez avait annoncé l'inauguration d'une nouvelle ère politique qui, rompant avec la « phase de transition » de son premier mandat (1999-2006), marquait l'avènement du socialisme bolivarien (3). Définissant le processus d'une telle révolution socialiste, le président avait exposé les cinq moteurs de sa future politique dont le lancement de nouvelles mesures encourageant l'éducation populaire bolivienne, une nouvelle distribution du pouvoir au bénéfice des régions marginalisées et une décentralisation en faveur des conseils communaux (4).

Dans l'énoncé de la politique présidentielle, la concentration temporaire des pouvoirs législatifs, premier moteur baptisé « mère de toutes les lois », apparaissait comme une condition sine qua non à l'étatisation de l'économie revendiquée par Chavez (5).

Cette loi, justifiée par l'urgence de la réforme, permettrait de concrétiser non seulement le contrôle de l'exploitation pétrolière, mais également la nationalisation de secteurs industriels stratégiques qui avaient été privatisés par les précédents gouvernements.

Ainsi, vingt jours après son investiture pour un second mandat à la tête du Venezuela et alors qu'il est nouvellement investi de « pouvoirs spéciaux », Hugo Chavez lance la nationalisation de l'entreprise de télécommunication CANTV, du secteur électrique ainsi que de la production pétrolière, aujourd'hui en partie aux mains des compagnies occidentales.

Cet interventionnisme de l'État dans l'économie devrait s'accompagner d'une réforme du statut de la banque centrale vénézuélienne. Chavez avait dénoncé l'indépendance de cette institution avec laquelle il était entré régulièrement en conflit. Par ailleurs, un nouveau découpage territorial est prévu, à travers la création de Conseils communaux, afin de redonner « le pouvoir au peuple » (6).

Hugo 1er, premier roi du Venezuela ?

Outre ces mesures socialisantes, le président vénézuélien ne dissimule plus son intention de modifier la Constitution de 1999 qu'il avait lui-même édictée. Cette réforme constitutionnelle, ultime moteur de la révolution bolivarienne, permettrait la concrétisation de la construction socialiste avant 2021, date du 200e anniversaire de l'indépendance du Venezuela. Initiateur du Projet national Simon Bolivar, il ne fait désormais aucun doute que Hugo Chavez compte le mener personnellement à terme.

Ainsi, le 4 septembre 2006, le président vénézuélien avait annoncé l'organisation en 2010 d'un référendum qui permettrait de modifier la Constitution afin d'abolir toute limite au nombre de mandats pouvant être effectués par un président. Bien que ce dernier reste soumis régulièrement à l'épreuve du suffrage universel, nombre d'observateurs internationaux craignent la légitimation d'une présidence à vie et la mise en place subséquente d'une dictature socialiste (7).

Plusieurs signes de radicalisation de la révolution bolivarienne ont déjà fait des émules au sein du MVR, alors que le président appelle ses partisans à se fondre dans le nouveau Parti socialiste unifié (8). Déjà évoquée en décembre dernier, l'idée d'un parti unique regroupant l'ensemble des partis soutenant Chavez permettrait certes d'asseoir l'autorité du parti gouvernant, mais surtout d'institutionnaliser une autorité que contestent tout de même quatre millions d'électeurs vénézuéliens.

Populiste autoritaire et bienveillant, Hugo Chavez dévoile aujourd'hui un nouveau jeu politique dont il tend à s'arroger toutes les cartes. Mû par la volonté de voir aboutir « sa » Révolution bolivarienne, le président vénézuélien menace les règles d'une démocratie qu'il a lui-même défendue contre les abus politiques.

En soumettant la démocratie au défi de la révolution socialiste, Hugo Chavez accorde la prépondérance à l'efficacité exécutive plutôt qu'à la délibération parlementaire; une concession dangereuse pour celui qui se réclame du libérateur des Amériques.




Références:

(1) DELCAS, Marie. « Hugo Chavez s'octroie des pouvoirs élargis », Le Monde, 20 janvier 2007, p. 6

(2) Ibid.

(3) WILPERT, Gregory. « Socialism in Venezuela », Venezuelanalysis.com, [en ligne], 10 janvier 2007, http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?Sectio... (page consultée le 8 février 2007)

(4) ANONYME, « Chavez doté des pouvoirs spéciaux pour accélérer les réformes », Armees.com, [en ligne ], 2 février 2007, http://www.armees.com/Venezula-Chavez-dote-des-pou... (page consultée le 8 février 2007)

(5) BELE, Patrick. « Chavez s'arroge les pleins pouvoirs », Le Figaro, 20 janvier 2007, p. 3

(6) KLECZEWSKI, David. « Chavez en roue libre », marianne-en-ligne.fr, [en ligne], 5 février 2007, http://www.marianne-en-ligne.fr/e-docs/00/00/D1/88... (page consultée le 8 février)

(7) BELE, Patrick. Op. Cit.

(8) OUALALOU, Lamia. « Venezuela : Hugo Chavez a les pleins pouvoirs », Le Figaro, 1er février 2007, p. 3

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016