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11 février 2007

Les deux facettes de Pervez Mousharraf après le 11 septembre 2001


Marianna Gabriel
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2014
Attentat dans une école du Pakistan

mai
2011
Assassinat d'Oussama Ben Laden au Pakistan

juillet
2010
Inondations d'envergure au Pakistan

novembre
2008
Attentats terroristes à Bombay, en Inde

décembre
2007
Assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

octobre
2005
Tremblement de terre au Cachemire

octobre
1999
Renversement du président pakistanais Mohamad Nawaz Sharif

mai
1998
Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

août
1988
Décès du président pakistanais Zia-ul-Haq

juillet
1977
Renversement du gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto au Pakistan

décembre
1971
Proclamation de l'indépendance du Bangladesh

novembre
1970
Cyclone tropical au Pakistan oriental (Bangladesh)

mars
1969
Démission du président pakistanais Ayub Khan

août
1965
Déclenchement d'un conflit sur le Cachemire entre l'Inde et le Pakistan

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

février
1955
Signature du pacte de Bagdad

septembre
1954
Création de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est

juillet
1951
Lancement du plan de Colombo

janvier
1948
Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

Sept ans après avoir renversé le gouvernement pakistanais de Nawaz Sharif en 1999, le général Pervez Mousharraf est aujourd'hui, en 2007, au coeur de l'actualité moyen-orientale et internationale. Tenaillé entre les extrémistes radicaux au niveau interne et les puissances occidentales à l'externe, ce dirigeant est l'un des acteurs importants de l'après 11 septembre 2001. Accusé et soutenu de part et d'autre, Mousharraf fait tout ce qui est en son pouvoir pour équilibrer les nombreux intérêts qui chevauchent sa présidence fort active.

Une arrivée remarquée

La Cour suprême du Pakistan reconnaît la légitimité de Mousharraf, élu en mai 2001, tout en limitant la durée de son gouvernement militaire à trois ans(1). Ce dernier, porté au pouvoir par le coup d'État militaire du 12 octobre 1999, est alors nommé président du Pakistan, bien qu'il gouverne depuis deux ans(2). Toutefois, l'élection du président pakistanais n'est pas saluée par la communauté internationale, qui lui reproche son soutien au régime taliban en Afghanistan(3). Les événements du 11 septembre 2001 secouent ensuite le monde entier et le problème du terrorisme prend une place importante sur la scène internationale. Mousharraf s'engage alors à participer à la guerre contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis, mais le prix à payer est très cher pour lui.

La gestion de l'ambivalence

D'une part, le virage radical de Mousharraf vers Washington occasionne, au sein des groupes islamistes radicaux, le mécontentement le plus total. En effet, le président a connu au moins trois attentats contre sa vie au cours de l'année 2003(4). Dans cette perspective, il devient évident que le rapprochement du dirigeant pakistanais vis-à-vis des puissances occidentales engendre des remous au niveau interne. D'autre part, l'administration de George W. Bush et une partie de la communauté internationale blâment le président Mousharraf pour le contrôle de ses frontières. Selon le journaliste Stéphane Bordeleau, il semble qu'il y a un flot persistant de Talibans et de militants d'Al-Qaïda qui passent la frontière pour aller se battre en Afghanistan(5). Étant dans l'impossibilité d'assurer un contrôle sur ces individus menant des activités déstabilisatrices, Mousharraf s'attire les foudres des puissances internationales.

Chaque geste complaisant du dirigeant pakistanais à l'endroit de l'Occident provoque un bouillonnement politique interne et toute latitude qu'il octroi aux islamistes radicaux provoque un rappel à l'ordre de ses nouveaux alliés de convenance. Dans ces circonstances, Mousharraf est dans l'obligation de tenir un double discours, tout dépendant de son auditoire. Pour plaire aux islamistes, il déclare à l'interne «...que, dans la foulée immédiate du 11 septembre, Washington avait menacé de bombarder le Pakistan si d'aventure il osait refuser de participer à la guerre contre le terrorisme et que c'est pour le bien de la nation qu'il a cédé aux injonctions américaines »(6). En tenant ces propos, il essaie de calmer le jeu vis-à-vis de sa population mais, en même temps, il s'attire l'ire de Washington(7).

D'autre part, pour plaire aux États-Unis, il s'attaque fermement à une école coranique au nom de la lutte au terrorisme. Selon les autorités pakistanaises, cette institution servait de lieu d'entraînement aux militants islamistes mais il s'est avéré que, le 30 octobre 2006, il n'y avait que des civils non enrôlés dans une lutte armée(8). La mort de victimes innocentes a soulevé « ... la colère de milliers d'habitants de la région tribale de Bajaur » et plusieurs milliers de personnes n'ont pas tardé à «... converger vers le lieu de l'attaque en scandant des slogans anti-américains et en dénonçant le président pakistanais...»(9). Ce type d'événements démontre la situation difficile devant laquelle Mousharraf se trouve depuis les attentats terroristes en sol américain.

Un régime affaibli

À force de devoir gérer ses intérêts internes et externes, Mousharraf doit faire face à un affaiblissement de son régime.

À l'externe, la patience des puissances internationales commence à s'amenuiser. Les forces occidentales pressent le dirigeant pakistanais d'assurer le contrôle de ses frontières(10). À cet effet, Mousharraf a déjà annoncé qu'il comptait miner sa frontière avec l'Afghanistan, ce qui a fait sursauter plusieurs acteurs politiques(11).

À l'interne, Mousharraf risque fortement de frapper le mur de l'islamisme radical. De plus, le raid héliporté sur l'école coranique crée des frustrations au sein du peuple pakistanais qui voit ses droits bafoués et qui suppose en coulisse une politique américaine. À titre comparatif, l'ancien chef d'État égyptien, Anouar El-Sadate, avait besoin de stabiliser ses intérêts au niveau international et a signé un accord avec « l'ennemi sacré, Israël ». Après le pacte de non-agression, El-Sadate a littéralement payé de sa vie(12). Bien que le chef d'État pakistanais doive s'assurer d'une légitimité internationale, il doit aussi surveiller ses arrières.

Un mal pour un bien

Malgré certaines réserves, il est évident que les puissances occidentales ont présentement besoin de l'actuelle gouverne pakistanaise pour soutenir la pacification de l'Afghanistan, favoriser la lutte au terrorisme et éviter un régime radical comparable aux Talibans ou à l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad. La chute de Mousharraf signifierait une déstabilisation régionale et minerait les processus de repositionnement en cours au Moyen-Orient. Si ce n'est le général qui détient le pouvoir, ce sera probablement le radicalisme religieux qui l'emportera(13).

Dans l'actuelle dynamique, Pervez Mousharraf est encore bien en selle à la tête du Pakistan. Toutefois, un rebondissement ou une action mal placée pourrait très bien signifier la fin de ce régime qui se bat pour conserver un équilibre national et international.




Références:

1. Encarta, «Mousharraf, Pervez», Microsoft® Encarta® 2007 [CD]. Microsoft Corporation, 2006.

2. Christophe JAFFRELOT, «Le Pakistan», France, Librairie Arthème Fayard, 2000, p.227.

3. Encarta, «Mousharraf, Pervez», op.cit.

4. Jean-Luc RACINE, « La voie étroite du Pakistan », Le Monde Diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/RACINE/11246. (consulté le 10 février 2007)

5. Stéphane BORDELEAU, «Cachemire le duel indo-pakistanais», Radio-Canada, http://radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/cachem... (consulté le 10 février 2007)

6. Guy TAILLEFER, « fragile Mousharraf », Le Devoir : http://www.ledevoir.com/2006/09/23/118864.html (consulté le 10 février 2007)

7. Sonia STOLPER, « Le général Mousharraf sur la sellette à Londres », Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/international/2006... (consulté le 10 février 2007)

8. Radio-Canada, «Raid contre une école coranique », Radio-Canada : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (consulté le 10 février 2007)

9. Ibid.

10. S. Bordeleau, «Cachemire le duel indo-pakistanais», op.cit.

11. Maha, AL-CHERBINI, «La décision d'Islamabad de miner une partie de sa frontière avec son voisin afghan a envenimé les relations déjà tendues entre les deux pays», Afghana org. infos, http://www.afghana.org/html/article.php?sid=2261&m... (consulté le 10 février 2007)

12. Wikipedia encyclopédie libre, «Anouar El-Sadate», http://fr.wikipedia.org/wiki/Anouar_el-Sadate. (consulté le 10 février 2007)

13. J.-L. Racine, « La voie étroite du Pakistan», op.cit.

Autres références

Abou Zahab, MARIAM, «L'Iran se méfie de la coopération entre le Pakistan et les Etats-Unis», Caucaz, Europe news, http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=34... (consulté le 10 février 2007)

Al-Cherbini, MAHA, «La décision d'Islamabad de miner une partie de sa frontière avec son voisin afghan a envenimé les relations déjà tendues entre les deux pays», Afghana org infos, http://www.afghana.org/html/article.php?sid=2261&m... (consulté le 10 février 2007)

Bordeleau, STÉPHANE, «Cachemire le duel indo-pakistanais», Radio-Canada, http://radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/cachemir... (consulté le 10 février 2007)

Daniel PIPES, « Musharraf's Historic Speech », New York Sun, http://www.danielpipes.org/article/2963.(consulté le 10 février 2007)

Encarta, «Mousharraf, Pervez», Microsoft® Encarta® 2007 [CD]. Microsoft Corporation, 2006.

Jaffrelot, CHRISTOPHE, «Le Pakistan», France, Librairie Arthème Fayard, 2000, p.227.

Racine, JEAN-LUC, « La voie étroite du Pakistan », Le Monde Diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2004/06/RACINE/11246. (consulté le10 février 2007)

Radio Canada, «Raid contre une école coranique », Radio-Canada, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (consulté le 10 février 2007)

Stolper, SONIA, « Le général Mousharraf sur la sellette à Londres », Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/international/20060929.FIG0... (consulté le 10 février 2007)

Taillefer, GUY, « Fragile Mousharraf », Le Devoir, http://www.ledevoir.com/2006/09/23/118864.html. (consulté le 10 février 2007)

Wikipedia encyclopédie libre, «Anouar El-Sadate», http://fr.wikipedia.org/wiki/Anouar_el-Sadate.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

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