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11 février 2007

La Mongolie, pays méconnu et enclavé


Michèle Cyr Lemieux
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
1992
Tenue d'élections présidentielle et législatives en Mongolie

juillet
1990
Tenue d'élections démocratiques en Mongolie

Entre la Russie, la Chine et le monde turco-iranien, la Mongolie est entourée de civilisations puissantes. Au gré de leurs expansions, ce pays a été ballotté, convoité ou soumis. Pourtant, au moment opportun, il n'a pas manqué de tirer profit de ce grand jeu. Aujourd'hui, cependant, la Mongolie est confrontée non seulement aux modifications des rapports de force, comme l'émergence de la Chine, mais aussi à de rapides changements sociaux qui transforment le mode de vie de ses habitants, du nomadisme au développement de centres urbains (1).

De Gengis Khan à la démocratie

Encore méconnue aujourd'hui, la République de Mongolie est un pays d'Asie, enclavé entre la Russie au nord et la Chine au sud. Au cours de l'histoire, beaucoup d'ethnies ont peuplé son territoire actuel. Nomades pour la plupart, elles furent unifiées par Gengis Khan sous l'égide de l'Empire mongol (2). La fragmentation de celui-ci débute vers le XIVe siècle et se poursuit sous la domination de l'empire chinois. En 1911, l'effondrement de la dynastie impériale chinoise conduit à une séparation entre la Mongolie-Intérieure, qui reste rattachée à la Chine, et la Mongolie-Extérieure, sous influence russe. S'ensuit la proclamation, sous protection soviétique, de l'indépendance de la République populaire de Mongolie en 1924.

Capable de contrôler, à un certain point, ses envahisseurs pour en faire des protecteurs, la Mongolie a su utiliser la forte influence de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pour se préserver contre la poussée de l'empire chinois. La reconnaissance chinoise de la Mongolie comme État souverain se fait en 1946 (3).

De l'indépendance jusqu'en 1990, la République populaire mongole sera dirigée par un régime de parti unique, dominé par le Parti populaire révolutionnaire mongol (PPRM). Le PPRM (communiste, aujourd'hui de tendance sociale-démocrate) remporte le premier scrutin démocratique du pays en 1992 ; lors de l'abandon de la République populaire pour un gouvernement hybride, une « mixture » de système parlementaire et présidentiel (4). L'alternance politique intervient en 1996 avec la victoire de la Coalition démocratique (CD, libéral) et, de nouveau, en 2000, avec le retour au pouvoir du PPRM, ce qui marque l'ancrage de la démocratie en Mongolie (5). Avec un exécutif bicéphale, un Président à la tête de l'État et un Premier ministre qui dirige le gouvernement, la Mongolie est dotée d'un Parlement, appelé le Grand Khoural, qui comporte 76 sièges.

Une Mongolie enclavée

La politique d'équilibre entre ses « deux grands voisins » constitue la base de la politique extérieure de la Mongolie. La Russie est le premier partenaire commercial de la Mongolie alors que les relations économiques avec la Chine progressent rapidement, celle-ci étant désormais son premier investisseur, son premier client et son deuxième fournisseur (6). Toutefois, la Mongolie a payé pour le conflit larvé entre ces deux pays par un retard important en terme d'infrastructures. Les conséquences de cet enclavement se retrouvent également dans la dépendance du pays à l'égard de ses voisins, puisque 60 % des échanges ont lieu avec la Russie et la Chine. La Russie fournit l'essentiel des importations énergétiques, ce qui n'est pas quelquefois sans poser des problèmes d'approvisionnement, tandis que la Chine contrôle une partie de la production primaire agricole et s'accapare l'essentiel de la production du cachemire mongol, de qualité supérieure. Pour éviter d'être trop dépendante de ces géants, la Mongolie attache par ailleurs une grande importance au développement de ses relations avec ses « voisins tiers » tels les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l'Union européenne (7).

La Mongolie participe également à de nombreuses enceintes internationales et régionales. Elle entretient des relations étroites avec le Fonds monétaire international (FMI), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale pour mener à bien son développement (8). Cette aide internationale est essentielle pour la Mongolie après une difficile transition vers l'économie de marché. L'inflation a temporairement atteint 325% en 1992, après l'effondrement du régime communiste (9). Les ressources naturelles du pays sont constituées de minéraux, de charbon, ainsi que du pétrole qui n'est pas exploité par manque d'infrastructures. Malgré la pratique de l'élevage et la culture du blé, la Mongolie ne peut pas subvenir à ses besoins alimentaires. Cela contribue au déficit chronique de sa balance commerciale et à son endettement. Le pays cumule une dette considérable de 11 milliards de dollars vis-à-vis de la Russie (10). De plus, étant donné que le grand centre de l'activité économique régionale et de l'investissement occidental est en Chine, la Mongolie tend à en devenir très dépendante.

Entre grands espaces de nomades et urbanisation effrénée

Avec près des 2/3 de sa population âgée de moins de 30 ans et 36% moins de 14 ans, la Mongolie voit sa population changer (11). Sa capitale, Oulan-Bator, est une belle représentation des transformations sociales qui sculptent la Mongolie moderne. Même si plus de 30 % de la population mongole est encore nomade, l'urbanisation effrénée des vingt dernières années a dirigé les gens vers les grands centres. En 2007, plus du tiers de la population mongole vit dans la capitale, qui est la ville plus populeuse du pays (12).

Ce mouvement migratoire suscite bien entendu des problèmes à la fois économiques et sociaux. Malgré un grand et rapide mouvement d'urbanisation, il n'existe aucun réseau routier en Mongolie. Ce constat, combiné à de difficiles conditions météorologiques (pour l'année 2002, les températures moyennes étaient de -27°C) et au vaste territoire, situe les peuples nomades des campagnes dans une autre réalité (13). Avec ses 2,5 millions d'habitants et une densité de moins d'un habitant par kilomètre carré - si l'on excepte la capitale -, la Mongolie est un pays peu peuplé. Mais plus que cela, c'est la pauvreté de la Mongolie qui frappe. Le PIB par habitant s'élève à 400 dollars. Les mouvements migratoires vers les villes ont eu plusieurs conséquences. Dans les trois principales villes, le taux de chômage atteint les 20 %, et environ 30 % de la population se retrouve sous le seuil de pauvreté. Ce pays touristique, qui offre d'incomparables beautés naturelles, cache la laideur de ses villes soviétiques et de ses enfants abandonnés (14). Rien n'est simple, pour ce pays qui cultive des apparences de simplicité.

Même s'il est vrai que les nomades vivent à un autre rythme, la Mongolie moderne doit tenter de vaincre ses maux afin de s'accommoder à la cadence mondiale, pour le bien-être de sa population. Les élections de 2006, qui ont porté au pouvoir un gouvernement d'unité nationale, traduisent l'enracinement progressif de la démocratie dans ce pays qui a célébré, en 2006, le 800ème anniversaire de la fondation de l'État mongol par Gengis Khan.




Références:

(1) Jean-Christophe Rufin, Vulnérable Mongolie, Le Monde diplomatique, Aout 2004 (En ligne) http://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/RUFIN/11469 (date de consultation:31 janvier 2007)

(2) WIKIPÉDIA, Gengis Khan , l'Encyclopédie libre (En ligne) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mongolie (date de consultation: 31 janvier 2007)

(3) Le Monde diplomatique, Difficile indépendance, Aout 2004 (En ligne) http://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/A/14308 (date de consultation :31 janvier 2007)

(4) Gouvernement français, France diplomatie, Mongolie (En ligne) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zone... (date de consultation:31 janvier 2007)

(5) Nora Wang, L'Asie orientale du milieu du 19e siècle à nos jours, Armand Colin, HER, Paris, 2000

(6) Perspective Monde, Mongolie, Université de Sherbrooke (En ligne) http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/MNG/fr.html (date de consultation: 31 janvier 2007)

(7) Gouvernement français, op.cit.

(8) Damedin Tsogtbaatar , Mongolia's WTO Accession: Expectations and Realities of WTO Membership, Organisation mondiale du commerce (OMC) (En ligne) http://www.wto.int/english/res_e/booksp_e/casestud... (date de consultation: 31 janvier 2007)

(9)Jean-Christophe Rufin, op.cit.

(10) WIKIPÉDIA, Mongolie, l'Encyclopédie libre (En ligne) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mongolie (date de consultation: 31 janvier 2007)

(11) Organisation mondiale de la santé, Mongolie, Organisation des Nations Unies (En ligne) http://www.who.int/countries/mng/fr/ (date de consultation : 31 janvier 2007)

(12) WIKIPÉDIA, Mongolie, op. cit.

(13) L'état du monde, Annuaire économique et géopolitique mondial 2004, La Découverte, Boréal, Montréal, 2004.

(14) Le Monde diplomatique, op.cit.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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