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4 février 2007

Le « faux pas » royal de Ségolène


Laura Huyghe
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

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1987
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Le lundi 22 janvier 2007, la candidate socialiste à la présidence française, Ségolène Royal, s'est entretenue pendant une quinzaine de minutes avec André Boisclair, le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale du Québec (1).

Suite à cette rencontre, elle n'a pas hésité à exprimer sa sympathie à l'égard de la souveraineté du Québec, déclarant que l'objectif des souverainistes était « conforme aux valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec et [...] que le rayonnement du Québec et la place qu'il occupe dans le coeur des Français vont dans ce sens »(2). Les propos tenus par la candidate socialiste vont bien au-delà de la position française traditionnelle de « non-ingérence et de non-indifférence ». Cette sortie impromptue a suscité de nombreuses critiques au Canada comme en France. Ségolène Royal ne tardera pas à justifier son « faux pas » de façon alambiquée, affirmant : « Je n'ai pas fait preuve ni d'ingérence ni d'indifférence. Ce que j'ai dit, ce que je confirme, c'est que, comme dans toute démocratie, le peuple qui vote est souverain et libre. Et donc les Québécois décideront librement de leur destin, le moment venu, s'ils en sont saisis »(3).

Réaction musclée de la presse canadienne anglophone

Les propos téméraires de la candidate socialiste ont été vertement condamnés par la presse canadienne anglophone. Qualifié de « sérieux incident diplomatique »(4), son commentaire inapproprié exaspère la presse anglophone qui y voit le signe d'une nouvelle ingérence française dans les affaires intérieures canadiennes.

La phrase de Ségolène Royal sur la souveraineté québécoise n'est pas sans rappeler la célèbre allocution du Général de Gaulle de juillet 1967 et son « Vive le Québec Libre ! » qui avait provoqué la stupeur à Québec et l'indignation à Ottawa. Néanmoins, la presse anglophone ne manque pas de rappeler que « Royal n'est pas De Gaulle »(5). Elle ne connaît pas le fond de la question québécoise et ne perçoit pas les susceptibilités générées par ce dossier pour oeuvrer véritablement en faveur de l'indépendance.

Affublée du surnom d'« amatrice de la provocation »(6), Ségolène Royal fait actuellement figure d'outsider auprès de la presse canadienne, qui s'interroge sur sa crédibilité et sa promptitude à représenter la France sur la scène mondiale.

L'ignorance de cette femme(7), qui n'a encore jamais foulé le sol québécois, et qui pourtant s'est permise d'arguer en faveur de la division du Canada, agace les journalistes anglophones. Ségolène séparatiste ? A cela, les journalistes répondent « Vive la Normandie libre ! », rappelant une notion intrinsèque à la Constitution française, le principe d'indivisibilité du territoire national(8).

Le journaliste anglophone William Johnson s'interroge. Mme Royal, qui prêche en faveur de la « souveraineté » et de la « liberté », ignorerait-elle sa propre Constitution et celles des autres démocraties, puisqu'aucun « État au monde n'autorise la sécession par le biais d'un référendum tenu par une seule partie de la population ?»(9) Quant aux tentatives infructueuses de Ségolène Royal pour se sortir de cette impasse, elles seront qualifiées de « platitude »(10) par les journalistes anglophones. Selon eux, il ne reste plus qu'à voir si les propos de la candidate socialiste auront un effet sur le soutien de la cause souverainiste au Québec, car « Royal pourrait bien être sympathisante à la souveraineté, mais Québec ne l'est toujours pas ! »(11)

Échos francophones plus modérés

Par ailleurs, la presse canadienne francophone fait référence à la « bourde, car bourde il y a pour un candidat à la présidence de mettre en lumière son amateurisme de la pratique diplomatique»(12). Les propos de Mme Royal rappellent également que le dossier québécois est un dossier mineur dans la politique étrangère française. Là encore, la crédibilité et le jugement de Mme Royal sont reconsidérés, notamment à cause de son manque d'expérience de la scène internationale.

La légèreté avec laquelle Ségolène Royal a évoqué le « démantèlement d'un pays allié de la France, membre comme elle de l'OTAN et du G8 », irrite la presse francophone, qui regrette que la cause québécoise ait été reconnue en France avec une extrême maladresse et par une personne qui ne semble pas connaître la complexité des relations Québec-Paris-Ottawa(13).

En s'écartant du cadre rigide des normes diplomatiques, Ségolène Royal pourrait, au contraire, nuire aux affaires intérieures québécoises et canadiennes. Selon la presse francophone, le Québec attend de la France une politique de non-ingérence et de non-indifférence, ainsi que son soutien pour affirmer la place et le rôle du Québec sur la scène internationale, le jour d'une éventuelle indépendance nationale(14).

Néanmoins, la presse québécoise fait preuve de plus d'indulgence à l'égard de la candidate socialiste, soulignant que sa déclaration « n'a pas suscité d'émotions fortes, ni dans l'opinion, demeurée relativement indifférente, ni chez les militants souverainistes »(15). De plus, de telles sorties impromptues ne sont pas rares venant d'hommes politiques français, évoquant notamment les interventions de Charles De Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac.

La volonté de dédramatiser cet impair diplomatique transparaît dans les commentaires des journalistes francophones qui souhaitent que les prises de position de Mme Royal soient à l'avenir plus nuancées, si elle accède à la présidence.

Les résultats de cette intervention : un cafouillage diplomatique, mais surtout une nouvelle entrave aux ambitions de Ségolène Royal de devenir Présidente de la République française.




Références:

(1) ANONYME, « Royal bumbling might hurt Boisclair's cause », The Gazette, 26 janvier 2007, p. A24

(2) L. IAN MacDONALD, « Maybe Ségolène Royal is not ready for the world stage just yet », The Gazette, 24 janvier 2007, p. A25

(3) RIOUX Christian, « Souveraineté : Ségolène Royal persiste et signe », Le Devoir, 24 janvier 2007, p. a3

(4) Ibid.

(5) ANONYME, « France's loose cannon », Globe and Mail, 24 janvier 2007, p. A18

(6) WEBSTER Norman, « Ségo is an amateur at provocation », The Gazette, 28 janvier 2007, p. A27

(7) Loc.cit

(8) F.RONALD CLEMINSON, « Vive la Normandie libre », Globe and Mail, 24 janvier 2007, p. A18

(9) JOHNSON, William, « Ségolène's Québec libre », Globe and Mail, 26 janvier 2007, p. A17

(10) MACPHERSON Don, « Foreign interference is nothing new in the sovereignty debate », The Gazette, 25 janvier 2007, p. A24

(11) ANONYME, « Royal bumbling?», op.cit.

(12) BOMBARDIER Denise, « Ce oui qui vient d'ailleurs », Le Devoir, 27 janvier 2007, p.b5

(13) DUFOUR Cristian, « Une gaffe », La Presse, 24 janvier 2007, p. A21

(14) Loc.cit

(15) Loc.cit.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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