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4 février 2007

L'émergence d'une «question blanche» en Afrique du Sud ?


Nicolas Carvajal-Pichette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
2018
Démission du président sud-africain Jacob Zuma

mai
2014
Réélection du Congrès national africain de Jacob Zuma en Afrique du Sud

décembre
2013
Décès de l'ex-président sud-africain Nelson Mandela

juin
2010
Présentation de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud

mai
2009
Élection de Jacob Zuma à la présidence de l'Afrique du Sud

mai
2008
Attaques xénophobes en Afrique du Sud

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

août
2002
Ouverture d'un sommet sur le développement durable à Johannesburg

juin
1995
Conquête de la Coupe du monde de rugby par l'Afrique du Sud

mai
1994
Élection de Nelson Mandela à la présidence de l'Afrique du Sud

juin
1991
Abolition des dernières lois ségrégationnistes en Afrique du Sud

mars
1990
Proclamation d'indépendance de la Namibie

février
1990
Libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud

décembre
1988
Signature à New York d'un traité sur le conflit en Angola

septembre
1984
Élection de Pieter Botha à la présidence de l'Afrique du Sud

juin
1976
Émeutes à Soweto en Afrique du Sud

décembre
1967
Première greffe cardiaque de l'histoire

août
1962
Arrestation de Nelson Mandela

mars
1960
Émeute à Sharpeville, en Afrique du Sud

L'Afrique du Sud, comme son nom l'indique, est située au sud du continent africain, à la jonction de l'océan Atlantique et de l'océan Indien. Formée d'une population pluriethnique, sa capitale administrative est Pretoria. Ancienne colonie britannique, cet État africain est connu pour son histoire mouvementée au XXe siècle, qui s'explique par l'intensité des confrontations raciales entre les locaux noirs et les colonisateurs blancs, mais également par le système de ségrégation raciale, l'apartheid.

Depuis 1990, année qui vit la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud a accentué sa puissance économique sur le continent africain et a su surmonter le problème du racisme pour mener le pays vers la reconnaissance diplomatique à l'échelle continentale et internationale.

Toutefois, même si le pays a progressé, la mentalité de sa population, de la société sud-africaine, stagne toujours. « Stagne » dans le sens où la société se bloque à des jugements raciaux, ancrés depuis des générations dans la mentalité des gens, entraînant ainsi une instabilité sociale (délinquance et violences) au sein du pays.

Pour bien comprendre cette « stagnation sociale », il est important de comprendre l'histoire du pays et de connaître les périples politiques et sociaux que la population a traversés au fil du temps.

L'apartheid

Depuis la création de l'Union sud-africaine (1910), alors un dominion de l'Empire britannique, une ségrégation raciale a toujours été présente. Cependant, dès les années 1920, les dirigeants de l'Union ont instauré des politiques raciales qui sont mises en place, renforçant la ségrégation : création d'un « passeport intérieur restreignant la liberté de circulation des Noirs, tenus de résider à l'écart des zones habitées par les Blancs et une loi interdisant tout rapport sexuel hors mariage entre « races » différentes » (1).

Le terme d'« apartheid » n'apparaît qu'au début des années 1940. Officialisé en 1948, il est développé par le dirigeant du Parti national rénové, Daniel F. Malan. La politique de l'apartheid signifie en fait la préservation de la suprématie blanche. Elle prétend « assurer aux différents groupes ethniques une identité et une existence propres, au sein d'« ensembles nationaux autonomes » (Homelands), appelés aussi « bantoustans » (2).

En 1950, une classification raciale est mise en place qui divise les Sud-Africains en trois catégories : Blancs, Métis et Noirs. Une quatrième apparaît un peu plus tard, celle des Indiens. Entre 1959 et 1971, l'apartheid est poussé à l'extrême avec la création de Homelands consistant à enfermer les différents groupes bantous (noirs) à l'intérieur de frontières ethniques définies en fonction de la langue. Ces Homelands garantissent, à cause de fortes rivalités politiques internes, l'existence d'un État sud-africain blanc.

La lutte pour la reconnaissance des Noirs

Au début des années 1950, un rassemblement important entre Noirs et Indiens se fait remarquer grâce au début d'impressionnantes campagnes de désobéissances civiles, marquant ainsi le début du combat de la population de « couleur » contre l'apartheid.

Nelson Mandela, qui fait alors partie des dirigeants de l'African National Congress (ANC), principal mouvement de lutte contre l'apartheid, entre dans la clandestinité et se fait arrêter en 1963. Il est condamné à la prison à vie. Entre sa condamnation et la fin des années 1970, la violence de la répression des émeutes étend la contestation à l'ensemble du pays.

À cette même époque, Pieter Willem Botha, Premier Ministre de l'Afrique du Sud, mène une politique d'ouverture à l'endroit des Métis et des Indiens, tout en poursuivant les politiques d'exclusion des Noirs. Avec la nouvelle Constitution de 1984, les Métis et les Indiens peuvent être représentés au Parlement, sous certaines conditions, ce qui provoque un sentiment profond d'injustice aux yeux des Noirs.

1994 sera une année marquante. Suite à la légalisation des organisations anti-apartheid en 1990, Nelson Mandela devient le premier Président noir d'Afrique du Sud, montrant ainsi une ouverture démocratique de la part des dirigeants Sud-Africains.

La nouvelle Afrique du Sud

Depuis la fin de l'apartheid, la majorité noire au pouvoir a amené des améliorations aux conditions sociales, politiques et administratives des Noirs, Métis et Indiens, tout en respectant la condition des Blancs. Toutefois, les Afrikaners, les « conservateurs » blancs du pays, expriment leur mécontentement et veulent démontrer la présence, encore de nos jours, d'une ségrégation, mais cette fois des Blancs par les Noirs (3).

Une des améliorations des conditions sociales serait la nouvelle politique « Black Economic Empowerment » (BEE, Promotion économique des Noirs) qui favorise « les « personnes précédemment désavantagées » (Noirs, Indiens et Métis mais aussi les femmes et les handicapés) [qui] ont priorité à l'embauche » (4). Cette politique, critiquée par la minorité blanche, ne suit pas, d'après cette dernière, l'idée d'égalité entre les différentes ethnies du « peuple arc-en-ciel ». Elle [la minorité blanche] estime que cette idée d'égalité n'est aucunement respectée. Cela démontrerait la présence d'une division raciale. Entre 1998 et 2002, le taux de chômage des Sud-Africains blancs a augmenté de 74%, par rapport à 39%, aux mêmes dates, pour l'ensemble de la population (5).

De plus, depuis la fin de l'apartheid en 1994, environ cinq millions de Sud-Africains blancs cherchent à se faire reconnaître en tant qu'Africains, terme qui ne comprend, en Afrique du Sud, que les Noirs. Nés sur le territoire sud-africain, ces « fiers Sud-Africains » ne souhaitent qu'obtenir une reconnaissance comme citoyens d'un État, d'un pays qu'ils adorent, d'une culture à laquelle ils s'identifient et appartiennent (8).

En 1996, M. Mbeki, actuel président sud-africain, avait déclaré au moment de l'entrée en vigueur de la Constitution que « la Constitution dont nous fêtons l'adoption représente un engagement sans équivoque selon lequel nous refusons que notre Africanité soit définie par notre race, couleur, sexe ou origine historique » (7). Il semble que le principe de ce message reste encore inconnu pour une partie du « peuple arc-en-ciel ».




Références:

(1) Collection Microsoft Encarta 2005.

(2) Ibid.

(3) AMNISTIE INTERNATIONALE, « Afrique du Sud ? des Blancs fragilisés », 29 décembre 2006, http://www.amnestyinternational.be/doc/article.php... (page consultée le 29 janvier 2007)

(4) Ibid.

(5) Ibid.

(6) Agence France Presse, JeuneAfrique.com, « Le combat des Blancs d'Afrique du Sud pour leur identité africaine », 24 janvier 2007, http://www.jeuneafrique.com/pays/afriquedusud/ar... (page consultée le 28 janvier 2007)

(7) Ibid.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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