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16 octobre 2005

Élections au Libéria : espoir d'un avenir meilleur


Michèle Béland
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

août
2014
Annoce de l'Organisation mondiale de la santé sur le virus Ebola

avril
2012
Verdict de culpabilité par un Tribunal spécial contre l'ex-président libérien Charles Taylor

janvier
2006
Accession d'Ellen Johnson Sirleaf à la présidence du Liberia

août
1996
Annonce d'un plan de paix au Liberia

septembre
1990
Assassinat du président libérien Samuel K. Doe

juillet
1971
Décès du président libérien William Tubman

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

Après plus de deux décénies d'instabilité politique dont 14 années de guerre civile, les Libériens participaient, le 11 octobre 2005 à des élections historiques. Le passé peu reluisant de ce pays et l'espoir qu'elle suscite, expliquent l'importance de cette élection présidentielle et législative. La course présidentielle s'effectue entre deux principaux rivaux, Mme. Ellen Johnson Sirleaf, une économiste d'expérience, et George Manneh Weah, un joueur de soccer de renommée internationale.

L'année 1989 a été marquée par le début des conflits armés au Libéria. Cette année-là, le chef rebelle Charles Taylor, du Front national patriotique du Liberia, a lancé une rébellion afin de déloger le président Samuel K. Doe du siège qu'il occupait depuis 1985. Ce conflit a pris fin en 1996 grâce à un accord international qui accordait l'amnistie aux combattants.

Suite à cette paix relative, des élections ont eu lieu en 1997 et ont porté au pouvoir Charles Taylor. Il est encore aujourd'hui accusé d'avoir truqué le vote en sa faveur. Durant sa présidence, Taylor a fait l'embauche de milliers de ses combattants, à qui il a confié des postes au sein de la police et de l'armée. En se livrant à des activités de pillage et d'abus des droits humains, ces nouveaux policiers et soldats ont fortement contribué au retour à la guerre civile.

Cette nouvelle rébellion a été menée par deux principaux groupes rebelles : les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie, appuyés par les Guinéens, et le Mouvement pour la démocratie du Libéria, appuyé par les Ivoiriens. Alors qu'en 2003 ils menaçaient de prendre le contrôle de la capitale, Monravia, le président Charles Taylor a été accepté comme réfugié politique au Nigéria et s'est exilé. La même année, les groupes rebelles qui ont mené la deuxième rébellion ont signé, eux aussi, un accord de paix et ont installé un gouvernement par intérim. Le gouvernement national de transition du Libéria, avec comme président Gyude Bryant, devait préparer la tenue de nouvelles élections(1).

De nombreuses associations ont offert leur collaboration afin de permettre la tenue des élections. En 2003 a été mise en place la Mission d'observation de l'Organisation des nations unies au Liberia (MONUL) qui a permis le déploiement de milliers de gardiens de la paix et de policiers civils. Ensuite, la contribution financière de l'Union Européenne s'élève à plus de 3,8 millions de dollars. Le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) a quant à lui fourni 536 000 $. Durant 2 ans, Mr. Bryant et ses collaborateurs ont concertés leurs efforts afin de concrétiser la mise en place de ces élections(2).

Le 11 octobre, c'est 74,6% des 1,35 millions d'électeurs inscrits qui se sont rendus aux bureaux de votes mardi dernier(3). Il est à noter qu'après plus de 20 ans d'instabilité politique, les infrastructures du Libéria sont déficientes. Ainsi, plusieurs électeurs devaient marcher quelques jours afin d'exercer leur droit de vote, alors que les réfugiés, dans les pays limitrophes, avaient encore plus de distance à parcourir.

Ces élections concernent trois paliers de gouvernements. Elles doivent mener à l'élection d'un candidat, parmis vingt-deux, à la présidence, ainsi qu'à l'élection des 30 membres du sénat, au sein des 206 Libériens qui s'y sont présentés. Finalement, les libériens doivent combler les 64 sièges de la chambre des communes en choisissant parmis 503 candidats(4).

Bien qu'il y ait vingt-deux candidats à la présidence, deux d'entre eux se démarquent du groupe. Le premier est George Manneh Weah, un des grands symboles de fierté de la société africaine. En effet, George Weah, est un joueur de soccer de renommé internationale qui, au cours de sa carrière, a reçu de nombreaux prix prestigieux. De plus, il est un membre impliqué au sein de sa communauté, effectuant plusieurs dons afin de permettre au Libéria de rester actif dans le monde du sport international. En date du 16 octobre 2005, Weah détenait 29,8% des voix. Ellen Johnson Sirleaf est la deuxième favorite dans la course à la présidence, avec 19,7% des voix. Mme Sirleaf a été emprisonnée en 1985, après avoir tenu un discours critiquant le président de l'époque, Samuel K. Doe. Elle a ensuite quitté le Libéria. Cet exil lui permit d'acquérir une expérience importante dans son domaine d'action, l'économie.

Les observateurs estiment que les résultats officiels seront annoncés le 26 octobre 2005. Ce délai s'explique principalement par le manque d'infrastructures, peu de régions ayant des routes alphaltées, d'électricité et aucun système de téléphonie à l'échelle nationale n'étant disponible. Le dépouillement se fait donc principalement à la main. Il faut aussi considérer qu'il est fort possible qu'un deuxième tour soit requis afin de déterminer qui sera élu comme président. En effet, si aucun des candidats n'obtient 50% des voix, les deux candidats en tête devront s'affronter lors d'un deuxième tour prévu pour le 8 novembre 2005.

Chose certaine, le nouveau président devra faire face à de nombreux défis. Dans un pays ravagé par 14 années de guerre civile où 80% des gens en âge de travailler sont chômeurs et où l'électricité et l'eau potable manquent dans plusieurs grandes villes, beaucoup est à faire. Human Rights Watch estime que la principale priorité doit être la mise en place de mesures pour assurer le respect des droits humains. Plusieurs estiment que la reconstruction du système judiciaire jugé déficient devrait être en tête des priorités. D'autres, affirment que, simultanément à l'action entreprise pour le système judiciaire, une réforme visant à reconstituer une police et une armée efficace et juste s'impose. Il s'agira aussi de s'attaquer à la corruption qui règne à plusieurs niveaux.




Références:

(1) HUMAN RIGHTS WATCH, Liberia : Despite Elections, Collapse of Justice Poses Risks, [en ligne], 30 septembre 2005, http://hrw.org/english/docs/2005/09/27/liberi11794txt.htm, (Page consultée le 16 octobre 2005).

(2) FORD, Neil, « LIBERIA : George Weah's toughest match », African Buisness, No313, octobre 2005, page 52.

(3) BBC News, Weah maintains Liberia poll lead, [en ligne], 16 octobre 2005, http://newsvote.bbc.co.uk/mpapps/pagetools/print/n... (Page consultée le 16 octobre 2005).

(4) FORD, Neil, « LIBERIA : George Weah's toughest match », African Buisness, No313, octobre 2005, page 52.

HUMAN RIGHTS WATCH, Liberia's Elections : Necessary but Not Sufficient, [en ligne], 7 septembre 2005, http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=3646&1=1, (Page consultée le 16 octobre 2005). DUKULÉ, Abdoulaye W., Liberians Look Towards Runoff As Vote Counts Nears Completion, [en ligne], 15 octobre 2005, http://allafrica.com/stories/20051015001.htlm, (Page consultée le 16 octobre 2005).

HUMAN RIGHTS WATCH, Liberia at a Crossroads : Human Rights Challenges For The New Gouvernment, [en ligne], 30 septembre 2005, http://hrw.org/backgrounder/africa/liberia0905/8.h... (Page consultée le 16 octobre 2005).

WESSEH, Cucu, George ¨Oppong¨ Weah - The Lone Star For ¨Forever¨, [en ligne], 7 août 2003, http://people.africadatabase.org/en/profile/3705.html, (Page consultée le 16 octobre 2005).

HARRIS, David, Ellen Johnson Sirleaf, [en ligne], 11 avril 2005, http://people.africadatabase.org/en/profile/2655.html, (Page consultée le 16 octobre 2005).

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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