Environ 380 employés, dont 170 journalistes de 28
nationalités différentes, les deux tiers des femmes ; une moyenne d'âge de 30 ans; un budget approximatif pour 2007 de 80 millions d'euros et 190 millions de téléspectateurs (1). Réunissez tout cela et vous obtenez le bébé - le gros bébé direz-vous - de Jacques Chirac,
président de la
France. Cette grossesse de douze mois prit fin lors du lancement le 6 décembre 2006. Mais quel est ce bébé qui a d'abord vu le jour sur Internet et le lendemain à la télévision? C'est nul autre que
France 24, la chaîne d'information en continu 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en français et en anglais, détenue à 50 % par
France Télévision et 50 % par TF1 (2). Il est à souligner que ce ne fut pas une grossesse facile. Loin de là. Revoyons les premiers jours de cette CNN à la française.
Le début du projet
Comment expliquer que le
président de la
République française ait voulu que la
France se dote d'une chaîne de télévision de nouvelles en continu? Tout simplement parce que M. Chirac n'entendait pas l'opinion française sur divers sujets de l'actualité. En effet, à ses yeux, les deux plus grandes chaînes de nouvelles en continu, l'anglaise BBC et l'américaine CNN, ne peuvent projeter autre chose que leur vision de l'actualité. Déjà en 1995, la création d'une chaîne d'information internationale était un souhait de Jacques Chirac. Mais avec la guerre en
Irak, et d'autres divergences de point de vue entre les pays anglo-saxons et la
France, le
président de la
République française a fait de son projet une de ses priorité en 2006. Tout fut mis en branle afin de réaliser son rêve (3).
Perception à l'étranger de France 24
Certains journalistes étrangers ont fait la critique de
France 24. Le journaliste allemand Axel Veil, correspondant de la Berliner Zeitung et de la Stuttgarter Zeitung, soutient que
France 24 est bien partie. Malgré cela, il avoue qu'il manque d'experts parmi les correspondants. M. Veil a remarqué que les reporters lisent souvent leurs feuilles et n'ont pas l'air de maîtriser leur sujet. Cependant, il met cela sur le compte de l'inexpérience. Selon lui, soit ces petits problèmes seront réglés bientôt, soit
France 24 n'a pas les moyens de ses ambitions (4).
Le journaliste américain Ted Stanger, ancien correspondant de Newsweek, y va d'une critique plus cinglante en disant que
France 24 est considérée par les Américains comme mort-née. Selon lui, M. Chirac a suivi l'idée gaullienne voulant que l'information doive servir les intérêts de son pays. M. Stanger va jusqu'à mentionner que
France 24 est perçue «autant (comme) une arme politique qu'une chaîne d'information» (5).
Un autre journaliste s'étant prononcé est Issa Elayoubi, éditorialiste dans la presse arabe, rédacteur en chef de Intelligencia. Ce dernier porte une critique plus douce. Lors de l'annonce du lancement d'une version arabe de
France 24, les Arabes démontrèrent un réel intérêt. M. Elayoubi souligne que «le public arabe aspire à être davantage informé de la vision française des relations internationales» (6). Il ajoute qu'il est ridicule de penser que
France 24 fera concurrence à al-Jezira.
RFI et France 24
Le rapport de la mission d'information
parlementaire sur le financement de l'audiovisuel extérieur réalisé par le député de l'Union pour la
démocratie française (UDF), François Rochebloine, a été rendu public le 18 janvier 2007. Il émet des interrogations sur les conditions de la mise en oeuvre d'une chaîne française d'information internationale, ce qui a eu pour effet de refroidir l'enthousiasme qui a suivi le lancement de
France 24. La recommandation principale est de fusionner
France 24 et Radio
France Internationale (RFI). Ainsi, cette fusion formerait un puissant pôle français d'information internationale. Les tenants de cette fusion la justifient par des arguments de réorganisation de structures et de budget (7).
Il y a RFI d'un coté, TV5 de l'autre, ainsi que Canal
France international (CFI) et maintenant
France 24. Ces quatre sociétés de l'audiovisuel extérieur français obtiennent chacune une part du budget du
gouvernement. Or, selon certain, si on rassemble les différents opérateurs, il serait possible d'avoir autant de budget, avec moins de diffuseurs. Ceci rendrait l'audiovisuel extérieur français plus fort. Donc, une réorganisation de structures aiderait à l'atteinte d'un budget plus équilibré entre eux (8).
Il ne faut pas croire que tous les
parlementaires sont d'accord avec l'idée de la fusion de
France 24 et RFI. Le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, s'est prononcé contre cette idée de fusion, ce qui a surpris François Rochebloine. Cependant, le ministre n'a pas expliqué plus longuement son refus (9). Cette idée de fusion n'est donc pas certaine à l'heure actuelle, mais peut-être que les prochaines élections y changeront quelque chose?
En somme, l'accouchement de
France 24 s'est bien produit, sans trop d'imprévus. Il faut maintenant suivre l'évolution de cette chaîne, car les épreuves les plus difficiles de son existence risquent d'arriver bientôt. D'autant plus que son «père» va bientôt la quitter. Ce départ va-t-il influencer sa survie?