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28 janvier 2007

Daniel Ortega retrouve la présidence du Nicaragua


Audrey Jean-Baptiste
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
1990
Élection de Violeta Chamorro à la présidence du Nicaragua

novembre
1987
Publication du rapport d'une Commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra

février
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

novembre
1984
Élection de Daniel Ortega à la présidence du Nicaragua

janvier
1981
Création des Contras au Nicaragua

juillet
1979
Démission du président du Nicaragua, Anastasio Somoza Debayle

août
1978
Assaut des rebelles sandinistes sur l'Assemblée nationale au Nicaragua

janvier
1978
Assassinat de l'homme politique nicaraguayen Pedro Chamorro

décembre
1974
Émergence du Front sandiniste de libération nationale au Nicaragua

décembre
1972
Tremblement de terre dévastateur au Nicaragua

juillet
1969
Déclenchement d'un conflit entre le Salvador et le Honduras

décembre
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

septembre
1956
Assassinat du président du Nicaragua, Anastasio Somoza

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

Le 10 janvier 2007, sur une place de Managua, la capitale nationale, Daniel Ortega, le nouveau président du Nicaragua, a honoré la tradition du serment marquant le début de sa nouvelle investiture en présence de nombreux dirigeants internationaux.

Le « petit dictateur » a bien grandi

Élu le 5 novembre 2006 avec 38% des voix (1), Daniel Ortega revient à la tête du gouvernement du Nicaragua. Évincé en 1990 après cinq ans au pouvoir, le dirigeant historique de la gauche sandiniste a essuyé trois échecs consécutifs lors des élections subséquentes qui ont été marquées par le règne des libéraux. Il s'est imposé en 2006 grâce à une stratégie d'alliance extrêmement large reflétant la volonté modératrice de l'ancien révolutionnaire (2). En effet, la coalition « Unité pour la victoire au Nicaragua » a été mise en place par le Front sandiniste de Libération nationale (FLSN) au nom de la « réconciliation et de l'unité nationale » (3). Elle regroupait une dizaine de formations politiques, tant libérales que sandinistes, sous la direction de Daniel Ortega.

Ex-guérillero et ancien opposant de la politique des États-Unis, Ortega présente donc aujourd'hui un nouveau visage politique, qui, même s'il reste empreint d'une ferveur socialiste, se teinte désormais d'une volonté modératrice.

Amis de longue date et collaborateurs de la dernière heure étaient réunis lors du serment présidentiel de Daniel Ortega, marquant la nouvelle identité politique d'un État nicaraguayen qui, de par sa fragilité économique, reste dépendant de l'aide continentale.

Ainsi, notons la présence de présidents sud-américains de la gauche radicale, proches amis d'Ortega, dont Hugo Chavez (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie), qui ont tous deux prononcé un discours en faveur d'une coopération régionale accrue. Ces fervents anti-américains ont côtoyé pendant la cérémonie des dirigeants conservateurs de l'hémisphère tels que Alvaro Uribe (Colombie), Felipe Calderon (Mexique) ainsi que les présidents des États d'Amérique centrale. Thomas Shannon, sous-secrétaire d'État pour les Affaires continentales, représentait quant à lui les États-Unis, faisant de la sorte écho aux efforts de réconciliation amorcés par Daniel Ortega.

Un équilibre précaire entre Bush et Chavez

Ces nouvelles orientations politiques suscitent déjà quelques critiques de la part de sandinistes déçus par les concessions présidentielles. D'autant plus que, durant son discours d'investiture, le nouveau président nicaraguayen ne parle non pas de révolution, mais bien de jeunesse, de famille, de solidarité, de justice et de paix. Ayant prêché la modération et la réconciliation tout au long de sa campagne, il scande désormais sa nouvelle devise « paix, amour et réconciliation » (4).

Dans son nouveau programme, Daniel Ortega entend surtout rompre avec la politique économique des gouvernements libéraux qui se sont succédés à la tête de l'État depuis 1990 (5). De cette façon, il espère hisser le Nicaragua hors d'une pauvreté latente qui touche près de 70 % des 5,4 millions d'habitants du pays.

Néanmoins, soucieux de conserver un appui national quelque peu fragilisé par une majorité électorale discutable, le nouveau président nicaraguayen assure désormais le respect de certaines valeurs libérales telles que la propriété privée ou le droit à l'investissement. Il entend également maintenir le traité de libre-échange avec les États-Unis signé en 2004 par le précédent gouvernement libéral.

Malgré cette volonté conciliatrice, Daniel Ortega n'en reste pas moins un socialiste radical dont la victoire semble confirmer une tendance politique et idéologique ascendante dans le Cône Sud. Durant son discours d'investiture, il a ainsi annoncé l'entrée de son pays dans l'Alternative bolivarienne, plan de coopération initié par Hugo Chavez, qui fait directement concurrence à l'accord de Libre-échange des Amériques (ZLEA), promu par les États-Unis (6).

Cet équilibre de la politique nicaraguayenne entre l'Amérique de George W. Bush et Chavez, semble d'autant plus ambigu que Daniel Ortega a rencontré, le 14 janvier 2007, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Celui-ci poursuivait alors sa tournée dans l'hémisphère à la recherche d'alliés anti-américains (7). Gageons néanmoins que ces contradictions peuvent profiter à l'État du Nicaragua qui aura besoin de jouer sur deux tableaux s'il veut trouver sa place sur la scène continentale.




Références:

(1) FAUX, Frédéric. « Le Nicaragua entre Bush et Chavez », La Presse, Montréal, 12 janvier 2007, p. A15

(2) BAR, Lionel. « Élections générales au Nicaragua : un second mandat pour Daniel Ortega », [en ligne], 12 janvier 2007, http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=2048, (consultée le 21 janvier 2007)

(3) Ibid.

(4) AGENCE FRANCE PRESSE, « Daniel Ortega est entré en fonction à la tête du Nicaragua », Le Monde, [en ligne], 11 janvier 2007, http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?o... (consultée le 21 janvier 2007)

(5) LEMOINE, Maurice. « Nicaragua : victoire, joie et ? préoccupation », Le Monde Diplomatique, [en ligne], 9 novembre 2007, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-11-09... (consultée le 23 janvier 2007)

(6) Op. cit. « Le Nicaragua entre Bush et Chavez », La Presse, Montréal, 12 janvier 2007, p. A15

(7) AGENCE FRANCE PRESSE, « Le président iranien chez l'ancien marxiste Daniel Ortega au Nicaragua », [en ligne], 14 janvier 2007, http://fr.news.yahoo.com/14012007/202/le-president... (consultée le 25 janvier 2007)

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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