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17 septembre 2013

L'expulsion de l'USAID en Bolivie : un geste controversé mais prévisible


Philip Aaron Bowes
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2005
Élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie

juillet
2004
Référendum sur la gestion des hydrocarbures en Bolivie

octobre
1982
Accession de Hernan Siles Zuazo à la présidence de la Bolivie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

juillet
1978
Renversement du gouvernement de Hugo Banzer en Bolivie

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

août
1971
Coup d'État contre le président Jose Torres en Bolivie

mai
1969
Création du Pacte andin

avril
1969
Décès du président bolivien René Barrientos Ortuño

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

avril
1952
Accession de Victor Paz Estenssoro à la présidence de la Bolivie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

juillet
1946
Renversement du président bolivien Gualberto Villarroel

C'est le 1er mai 2013 que le président de la Bolivie, Evo Morales, a annoncé l'expulsion de l'Agence américaine de l'aide au développement «USAID». Morales a fait part de cette décision lors d'un ralliement pour la Fête du Travail tenu dans la capitale bolivienne La Paz.

Un différend de longue date

Prononçant un discours devant des adhérents de son parti MAS («Mouvement au Socialisme»), Morales prétendait que les institutions comme l'USAID «continuent de conspirer contre notre peuple et particulièrement contre le gouvernement national (1)». En outre, Morales accusait l'USAID de poursuivre des buts politiques et non sociaux (2). Il a ensuite demandé à son ministre des Affaires étrangères d'informer l'ambassade américaine de l'expulsion des neuf agents de l'organisme.

Morales expliquait que ces démarches sont une contestation contre des commentaires que John Kerry, le secrétaire d'Etat des Etats-Unis, avait faits au mois d'avril. En réponse à une question au Congrès sur l'Amérique latine, Kerry avait parlé de l'hémisphère Ouest comme étant «l'arrière-cour des Etats-Unis (3)», un choix de mots péjoratif et irrespectueux d'après Morales (4).

En plus de cet incident récent, on peut identifier au moins deux autres causes pour l'expulsion. Il y a de un, le reproche d'ingérence dans les affaires intérieures des organisations populaires, comme dans le cas de la fédération indigène CIDOB (5). Depuis l'élection de Morales en 2005, cette fédération est divisée en deux camps, l'un du côté du président et son MAS, l'autre autour de l'opposition conservatrice de la région Santa Cruz. Selon le syndicaliste Roberto Coraite, l'USAID «conspire et manipule dans nos organisations par de petites sommes (6)».

Dans le même ordre d'idées, le MAS a accusé l'USAID en 2011 d'avoir versé des fonds à la faction conservatrice du CIDOB, vu qu'elle résistait contre la construction proposée d'une autoroute dans le parc national TIPNIS (7). Par contre, l'ancien ministre de l'Education Félix Patzi clarifie que «d'accuser des organisations internationales représente une façon d'éviter le conflit entre le gouvernement bolivien et les organisations sociales et syndicales (8)».

Comme deuxième cause, il y a le programme «Renforcement d'institutions démocratiques», introduit par USAID après l'élection de Morales en 2005 (9). Selon une brochure de l'USAID, ce programme visait à enseigner des droits et des devoirs civiques, mais des observateurs comme l'urbaniste Emily Achtenberg soutiennent que le projet servait, lui aussi, à verser des fonds à l'opposition conservatrice dans l'est du pays, incluant la région de Santa Cruz encore (10).

Des relations déjà tendues

Dans cette perspective, on peut supposer que Morales croyait son gouvernement déstabilisé par l'USAID, d'où sa décision d'expulser l'ambassadeur américain à la fin du programme en septembre 2008. Un mois plus tard, Morales avait aussi fait sortir du pays la Drug Enforcement Administation, étant donné qu'il promeut la culture de coca. L'USAID avait également entretenu des programmes encourageant les agriculteurs à remplacer le coca par d'autres plantes (11).

L'USAID souligne que ses activités les plus récentes étaient centrées sur l'amélioration des services médicaux et sur la réduction de la pollution. Sur son site web, l'agence précise par ailleurs que ses programmes étaient pleinement en accord avec le plan de développement bolivien et coordonnés avec les autorités locales (12).

Selon Patrick Ventrell, un des attachés de presse du Département d'Etat des Etats-Unis, les accusations actuelles sont donc «non-fondées (13)». De plus, Ventrell clarifie que Kerry ne voulait offenser personne par ses remarques (14).

Il semble plutôt que Morales s'est servi de ces remarques pour effectuer l'expulsion de l'USAID prévue depuis longtemps, compte tenu de la méfiance qu'il éprouve envers elle. Cette expulsion peut être qualifiée de controversée, considérant que l'indice de développement humain de la Bolivie se trouve à la 108e place sur 177 pays (15). Les raisons pour ce classement résident entre autres dans le trafic de drogues et les multiples coups d'Etat (quelque 130 sur 188 années d'indépendance (16)). L'aide au développement étant nécessaire, l'USAID a investi environ deux milliards de dollars en Bolivie depuis qu'elle y est arrivée en 1964 (17).

En 2011, les relations diplomatiques reprenaient à partir d'une convention-cadre. Elle prévoit le respect de la souveraineté des deux Etats et le développement économique et social de la Bolivie, donc on se penchera possiblement sur cette convention pour résoudre les irritations actuelles.




Références:

(1) BBC, «Bolivian President Evo Morales expels USAID», 1er mai 2013, http://www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-22371275, (page consultée le 6 septembre 2013).

(2) AUSTRIA PRESSE AGENTUR, «USAID aus Bolivien ausgewiesen», derStandard.at, le 1er mai 2013, http://derstandard.at/1363709754744/USAID-aus-Boli... (page consultée le 6 septembre 2013).

(3) CASTILLO, Mariano, «Bolivian President Evo Morales orders expulsion of USAID», CNN, 1er mai 2013, http://www.cnn.com/2013/05/01/world/americas/boliv... (page consultée le 6 septembre 2013).

(4) loc. cit.

(5) BEUTLER, Benjamin, «Bolivien verweist USAID des Landes», Portal amerika21.de, 3 mai 2013, http://amerika21.de/2013/05/82708/bolivien-usaid-morales, (page consultée le 6 septembre 2013).

(6) loc. cit.

(7) ACHTENBERG, Emily, «Bolivia: USAID Out, Morales In For Re-Election Bid», North American Congress on Latin America, le 11 mai 2013, http://nacla.org/blog/ 2013/5/11/ bolivia-usaid-out-morales-re-election-bid, (page consultée le 6 septembre 2013).

(8) loc. cit.

(9) CALMUR, Krishnadev, «Bolivian President Evo Morales Expels USAID», the two-way: Breaking news from NPR, 1er mai 2013, http://www.npr.org/blogs/thetwo-way/2013/ 05/01/ 180382925/bolivian-president-evo-morales-expels-usaid, (page consultée le 6 septembre 2013).

(10) ACHTENBERG, Emily, op. cit.

(11) BBC, op. cit.

(12) USAID, «Bolivia», 18 juin 2013, http://www.usaid.gov/where-we-work/latin-american-... (page consultée le 6 septembre 2013).

(13) CASTILLO, op. cit.

(14) loc. cit.

(15) PNUD, «Bolivie: Profile de pays: Indicateurs de développement humain», 16 septembre 2013, http://hdrstats.undp.org/fr/pays/profils/BOL.html, (page consultée le 16 septembre 2013).

(16) RÉMOND, René. Le XXe siècle de 1914 à nos jours: Introduction à l'histoire de notre temps, Paris, Éditions du Seuil 2002, p. 254.

(17) GLOBAL POST, «Bolivian President Evo Morales tells USAID to leave country», le 1er mai 2013, http://www.globalpost.com/dispatch/news/politics/a... (page consultée le 6 septembre 2013).

Dernière modification: 2013-09-26 07:35:29

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