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1 avril 2007

L'indépendance ghanéenne: de l'or à la politique économique


Kevin Chaput
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2000
Élection de John Kufuor à la présidence du Ghana

janvier
1997
Assermentation de Kofi Annan au poste de secrétaire général des Nations unies

décembre
1981
Renversement du gouvernement de Hilla Limann au Ghana

janvier
1979
Retour au multipartisme au Ghana

janvier
1972
Renversement du gouvernement de Kofi Abrefa Fusia au Ghana

août
1969
Tenue d'élections législatives au Ghana

février
1966
Renversement du président Kwame Nkrumah au Ghana

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

avril
1960
Proclamation de l'indépendance du Togo

octobre
1958
Proclamation de l'indépendance de la Guinée

mars
1957
Proclamation de l'indépendance du Ghana

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

février
1951
Premières élections législatives au suffrage universel sur la Côte-de-l'Or (Ghana)

Le 6 mars 2007, le Ghana célébrait le cinquantenaire de son indépendance. Alors que ses débuts prometteurs ont montré la voie de l'indépendance à l'Afrique noire, les cinquante ans d'autonomie de ce pays ont été marquées par les difficultés financières. Dans cet article, nous aborderons son histoire et son parcours politique en présentant ses origines, son développement et ses enjeux actuels.

La Côte-de-l'or

À la suite du traité de Tordesillas au XVe siècle (1), le territoire du Ghana se trouvait sous le contrôle des Portugais. Ceux-ci ont été impressionnés par les quantités d'or utilisées par les souverains achantis. Cette région de l'Afrique de l'Ouest, surnommée Côte-de-l'or, est devenue le premier fournisseur d'or de l'Europe avant la découverte des ressources de l'Amérique latine. Après quoi la région fut principalement exploitée pour le commerce des esclaves. Ce marché lucratif amena les autres puissances coloniales européennes à s'établir en Afrique. D'ailleurs, en 1642, après avoir chassé les Portugais, les Hollandais ont pris possession de la Côte-de-l'or. Les liens commerciaux avec l'Europe favorisaient le peuple achanti au détriment des autres, réduits à l'esclavage (2).

Les luttes de pouvoir en Europe se sont soldées par la domination britannique sur la Côte-de-l'or. Malgré l'abolition de l'esclavage en Grande-Bretagne dès 1807, les Britanniques ont fait l'acquisition des possessions danoises et hollandaises en Afrique. Toutefois, les Achantis se sont opposés à la colonisation anglaise durant tout le XIXe siècle. Le territoire de la colonie de la Côte-de-l'or fut délimité en 1901 après l'annexion du territoire achanti. En 1922, la partie frontalière du Togo allemand y fut ajoutée. La Côte-de-l'or était à l'époque la plus prospère des colonies britanniques sur le continent africain. Les autorités britanniques y ont imposé l'anglais et leurs institutions. Les langues locales furent quant à elles tolérées dans les écoles. Les Britanniques y gouvernaient par administration directe à l'exception des territoires achanti et du Nord qui bénéficiaient d'une gestion indirecte. En 1925, les premières élections ont été organisées, mais la vie politique s'est surtout développée après la Seconde Guerre mondiale (3).

Fin de la domination coloniale

Les Britanniques étaient confrontés à un mouvement nationaliste fort, ce qui les a poussés à adopter progressivement des mesures menant à l'indépendance de l'État ghanéen. Le docteur Kwame Nkrumah, qui avait auparavant étudié en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a fondé en 1949 le Parti de la convention du peuple (CPP) et a remporté les élections législatives de 1951. Au pouvoir, il a collaboré avec les autorités britanniques afin de préparer l'indépendance. Elle fut proclamée en janvier 1957.

C'est officiellement le 6 mars 1957 que le Ghana devenait la première colonie britannique africaine, ainsi que le premier pays d'Afrique noire, à être indépendant. Le premier ministre Nkrumah a déclaré : « Enfin, Ghana, notre cher pays, est libre. La domination étrangère et l'impérialisme ne sont plus. À partir d'aujourd'hui, vous devez changer votre attitude, car vous devez comprendre que vous n'êtes plus un peuple colonial, mais un peuple indépendant et libre » (4). Par la suite, la République du Ghana fut déclarée le 1er juillet 1960 et Nkrumah est devenu président (5).

Nkrumah est devenu le porte-parole du panafricanisme et il s'engage à aider tous les pays africains qui recherchent l'indépendance. Qualifiant les sacrifices des Ghanéens de « première étape de l'avancement général de tous nos frères africains », il espère que, « devenu un État libre et souverain, le Ghana pourra servir de centre de discussion à tous les problèmes africains, de sorte que les problèmes africains recevront l'attention qu'ils n'ont pas eu (sic) depuis longtemps » (6). Les dix années qui ont suivi l'indépendance ghanéenne ont montré l'importance du Ghana dans la politique africaine. Cependant, les tendances marxistes du président déplaisent aux dirigeants anglo-saxons.

Le régime Nkrumah est devenu autoritaire après qu'il ait été visé par plusieurs tentatives de coups d'État. Nkrumah s'autoproclame d'ailleurs président à vie et interdit les autres partis politiques. Il est également surveillé par l'administration américaine qui craint la contagion communiste. Le 24 février 1966, lors d'une visite en Chine, le président est renversé par un coup d'État militaire soutenu par les États-Unis. Malade, ce leader charismatique s'est déplacé à Bucarest où il décède en 1972 (7).

Un lent redressement

Depuis, quelques gouvernements militaires se sont succédés au pouvoir jusqu'à l'accession de Jerry John Rawlings en 1979. Celui-ci se retire en faveur d'un président civil, mais reprend le pouvoir par la force le 31 décembre 1981 parce que la situation économique ne cesse de se détériorer. Entre 1981 et 1992, Rawlings mène le pays strictement. En avril 1992, une nouvelle Constitution est adoptée. Reporté à la présidence en janvier 1993, Rawlings proclame la IVe République. Aux élections de 1996, il conserve son titre et son parti remporte la majorité des sièges à l'Assemblée nationale (8).

En décembre 2000, lors des élections, J.J.Rawlings ne peut demander un troisième mandat comme le prévoit la Constitution qu'il a lui-même signée. C'est donc John Kufuor de l'opposition qui remporte l'élection présidentielle face à l'ancien vice-président John Atta Mills. Le Nouveau Parti patriotique (NPP) de Kufuor vise un renouveau politique pour répondre aux difficultés économiques du pays (9).

Son premier mandat sert à stabiliser l'économie nationale et à réduire l'inflation. Cette bonne gouvernance lui assure le soutien des organisations monétaires internationales. En 2004, le Ghana obtient un allègement de sa dette grâce au programme des pays pauvres très endettés (PPTE) de la Banque mondiale et un important financement du Fonds monétaire international pour réduire la pauvreté.

Malgré le redressement économique du Ghana, les conditions socio-économiques de sa population demeurent difficiles : le taux de chômage approche les 20% et près de 45% des Ghanéens vivent sous le seuil de la pauvreté. D'autre part, la population ghanéenne est parmi les plus développées de l'Afrique. L'indicateur de développement humain (IDH) du Ghana est de 0,532 pour 2004, ce qui le place au 13e rang du continent sur 48 pays évalués. Nonobstant ses difficultés économiques, le Ghana est l'un des pays d'Afrique noire les plus prospères. Son produit intérieur brut (PIB) par habitant de 2234$ en 2003 le positionne au 13e rang sur les 45 États africains comptabilisés. En ce qui concerne la liberté politique, le Ghana se classe aussi parmi les meilleurs pays africains. La « Freedom House » accorde un indice global de droits politiques et un indice global de libertés civiles de 2, ce qui situe le Ghana dans les cinq meilleurs États africains. Seul son indice de corruption est faible, 3,3 sur 10, mais il demeure parmi les résultats les plus élevés du continent en étant 8e sur 45 en 2006 (10).

Globalement, le Ghana se distingue des autres pays d'Afrique noire puisqu'il se positionne parmi les meilleurs pays du continent.

Bref, l'indépendance du Ghana a marqué l'histoire par la rupture qu'elle créait avec les empires coloniaux, mais aussi pour avoir été un moment clef dans le développement et la progression du pays. Depuis le 6 mars 1957, le Ghana a servi de modèle pour bon nombre d'Africains. Son défi actuel est de retrouver cette image, de recréer le modèle de leadership ghanéen des premières années qui ont suivi l'indépendance, afin de fortifier son économie pour répondre aux besoins criants de sa population.




Références:

(1) En 1494 le pape Alexandre VI Borgia a initié ce traité qui séparait le nouveau monde entre l'Espagne et le Portugal. Tout ce qui serait découvert à l'Ouest du méridien appartiendrait à l'Espagne et à l'Est (Brésil et Afrique), au Portugal.

(2) LECLERC, Jacques, République du Ghana, L'aménagement linguistique dans le monde, Université Laval, [En ligne], http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/ghana.htm, page consultée le 26 mars 2007.

(3) Encyclopédie Microsoft Encarta, version 2005, Redmond, Washington.

(4) YANGE, Paul, 6 mars 1957 : la Gold Coast devient le Ghana, 7 mars 2006, [En ligne], http://www.grioo.com/info6395.html, page consultée le 30 mars 2007.

(5) Encyclopédie Microsoft Encarta, op. cit.

(6) YANGE, op. cit.

(7) LECLERC, op. cit.

(8) Encyclopédie Microsoft Encarta, op. cit.

(9) Ibid.

(10) Perspective Monde, Statistiques, Université de Sherbrooke, [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... page consultée le 26 mars 2007.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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