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1 avril 2007

Fin des négociations frontalières entre la Russie et la Lettonie


Guillaume Béliveau Côté
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

avril
2003
Annonce de l'adhésion de dix pays à l'Union européenne

L'Union européenne (UE) a toujours des frontières internationales qui ne sont pas reconnues par un de ses voisins, la Russie. Difficile à croire, mais comme l'Estonie et la Lettonie n'avaient toujours pas officialisé leur frontière avec la Russie lors de leur adhésion à l'UE, cela porta cette complication à l'Union. Le 27 mars 2007, un premier accord vint régler une partie du problème. Le premier ministre letton, Aigars Kalvitis, et son vis-à-vis russe, Mikhail Fradkov, signèrent un Traité qui officialisa la frontière entre les deux pays.

Un problème de longue date

Cette bisbille frontalière a pour origine la signature du Traité de paix de Riga, en 1920, par lequel la Russie et la Lettonie se mirent d'accord sur le tracé de la frontière qui les sépare. Ce Traité, signé le 11 août 1920, marqua aussi l'indépendance de la Lettonie. Par la suite, l'invasion soviétique en Lettonie occasionna son annexion au sein de l'Union soviétique (URSS). Le Pacte germano-soviétique de 1939 vint confirmer les changements territoriaux qui touchèrent les Lettons. Lors de la chute de l'URSS, la Lettonie retrouva sa pleine indépendance et, par le fait même, hérita d'un nouveau tracé pour sa frontière avec la Russie. Le Traité de Réunification de l'Allemagne de 1990 imposa la frontière russo-lettonne actuelle, en excluant toute modification frontalière en Europe (1).

Aujourd'hui, nous pouvons constater que la frontière émanant du Traité de Riga et celle délimitée en 1990 ne sont pas concordantes. C'est pour cette raison que les Lettons invoquaient que leur pays avait perdu du territoire par rapport aux périodes présoviétique et postsoviétique (2). Pour le gouvernement letton, le territoire qui a été perdu durant l'ère soviétique n'est aucunement une revendication, mais bien un droit (3). Pour le vice-ministre russe, Vladimir Tchizkhov, cela est inacceptable et il affirme en 2005 que « nous [la Russie] serons prêts à signer le Traité, dès que la partie lettone aura désavoué cette déclaration inacceptable » (4).

Le véritable enjeu

Mais que signifierait une reconnaissance de la perte du territoire letton lors du règne soviétique, pour la Russie d'aujourd'hui? En fait, l'aspect géographique de la frontière ne reste qu'un élément mineur dans les négociations. C'est plutôt la reconnaissance ou non de l'occupation russe lors de l'époque soviétique qui prend l'avant-scène (5). Certains affirment que reconnaître la frontière russo-lettonne de 1920 viendrait confirmer l'occupation soviétique en Lettonie (6). Selon Antoine Jacob, journaliste du Soir : « Pour Moscou, cela reviendrait implicitement à reconnaître l'occupation de ces pays [Estonie et Lettonie], ce qu'elle se refuse à faire, de crainte que cela n'aboutisse à des dédommagements financiers et à la rétrocession de parcelles de territoire » (7).

Le 27 mars 2007, la Lettonie et la Russie ont donc signé un traité qui garderait intacte la frontière dessinée en 1990. La Lettonie a donc fait une croix sur les territoires reconnus obtenus en 1920 : « Riga a retiré cette exigence pour permettre aux deux pays de reprendre leur coopération économique, notamment dans le domaine gazier » (8). Ainsi, lors de la signature du Traité de 2007, Riga abandonna une partie du territoire letton perdu entre les deux guerres au détriment de l'URSS. Cela s'explique par le fait que les Lettons « ont préféré profiter du dégel actuel plutôt que de reporter le problème à l'après-Poutine [président russe] » (9).

C'est donc après 15 ans de négociation que la frontière émanant du Traité de Réunification de l'Allemagne a été officialisée par la Russie et la Lettonie. De son côté, l'Estonie n'accepte toujours pas que sa frontière russe soit autre que celle dessinée en 1920. Cela rend tout accord impossible, vu la position ferme du Kremlin. On peut maintenant se demander si l'après-Poutine sera bénéfique pour les Estoniens. L'UE pourrait aussi s'imposer plus activement dans les négociations afin d'éliminer toute frontière non officielle.




Références: (1). REINHARDS, Ansis, « Lettonie (62) réunification allemande contre les baltes », [En ligne], 30 novembre 2000, http://www.letton.ch/lvreunif.htm, (page consultée le 1er avril 2007).

(2). SHEETER, Laura, « Latvia, Russia sign border deal », [En ligne], 27 mars 2007, http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2 /hi/europe/6498049.stm, (page consultée le 28 mars 2007).

(3). SORBA, Marie-Anne, « Frontière russo-balte : négociation au point mort », [En ligne], 28 mars 2007, http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=591, (page consultée la 28 mars 2007).

(4). Ibid.

(5). SHEETER, Laura, « Latvia, Russia sign border deal », op.cit.

(6). Ibid.

(7). JACOB, Antoine, « Bisbille frontalière au nord-est de l'Europe », Le Soir (Belgique), 28 mars 2007, p. 14.

(8). AFP, « Riga signe un traité frontalier avec Moscou », Le Monde (France), 30 mars 2007, p. 6.

(9). JACOB, Antoine, « La Lettonie et la Russie fixent leur frontière », La Croix (France), 29 mars 2007.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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