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1 avril 2007

Quand les réalités du conflit irakien rattrapent les États-Unis...


Audrey Jean-Baptiste dit Parny
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Alors que les États-Unis entraient en guerre, le 20 mars 2003, contre le régime dictatorial irakien de Saddam Hussein, rares sont ceux qui auraient pu prédire les conséquences d'un conflit pourtant si asymétrique. Face à un bilan humain désastreux, l'opinion américaine tend à exprimer son mécontentement avec de plus en plus de véhémence, remettant en question une invasion coûteuse tant sur les plans économique que humain. Face à la multiplication des manifestations populaires et bien que 132 000 soldats soient encore déployés sur le sol irakien, le Sénat américain a, le 14 mars 2007, ouvert le débat sur la possibilité d'un retrait des troupes étasuniennes du bourbier irakien. Dans cette perspective, et alors que le conflit entre dans sa cinquième année, il importe de faire le bilan des répercussions de la guerre en Irak aux États-Unis.

L'économie américaine plie, mais ne rompt pas

Tandis qu'aujourd'hui la facture s'avère bien plus élevée que ne l'avait prévu l'administration du président George W. Bush avant l'invasion de l'Irak en 2003, les spéculations vont bon train sur les conséquences économiques de cette « guerre contre le terrorisme ».

Malgré un conflit coûteux, les performances de l'économie américaine restent bonnes. La croissance constante du PIB de près de 4% ainsi que la baisse du taux de chômage résultent non seulement de l'augmentation des dépenses gouvernementales, mais également du remplacement de la main-d'oeuvre représentée par les réservistes déployés (1). De plus, contrairement aux précédentes guerres américaines, Washington n'exige pas de lourds sacrifices de sa population pour financer l'effort de guerre (2). Celle-ci a même pu bénéficier d'une baisse significative de l'impôt propice à l'augmentation de la consommation.

Certes la détérioration des finances publiques, aggravée par les dépenses militaires, inquiète de plus en plus les économistes, mais la thèse d'une économie, forte de sa consommation et vaccinée contre les chocs extérieurs, est de plus en plus répandue (3).

L'Irak absorbe mensuellement 8 milliards de dollars, ce qui constitue un quart des dépenses militaires des États-Unis (4). Si le conflit aura coûté, d'ici la fin de l'année 2007, déjà près de 500 milliards de dollars (USD), le ministre de la Défense Robert Gates tente cependant de relativiser. Il souligne en effet que le budget de guerre total pour 2008 ne représente que 4% du PIB national (5).

Même pour un pays riche comme les États-Unis, ce montant commence à peser. Alors que l'administration Clinton avait laissé un surplus de 300 milliards de dollars, les États-Unis font aujourd'hui face à un déficit budgétaire de près de 250 milliards de dollars (6).

Bien que le président américain se soit engagé à revenir à l'équilibre budgétaire d'ici 2012, nombreux sont les spécialistes qui prévoient une explosion du coût de la guerre. Ainsi, Linda Bilmes, économiste de l'Université Harvard, souligne que, non seulement les dépenses ne cesseront pas avec le départ des troupes d'Irak, mais qu'elle pourraient bien atteindre les 2000 milliards de dollars d'ici quatre ans si le conflit devait se poursuivre (7).

Au-delà des apparences...

Alors que débutait le conflit en Irak, le conflit armé n'était pour beaucoup qu'une simple formalité qui n'exigerait qu'un effort restreint des forces américaines. Quatre ans après et alors qu'en tout, plus d'un million et demi de soldats américains ont été déployés, le bilan humain se révèle accablant pour les États-Unis.

Depuis l'invasion de l'Irak en 2003, plus de 3200 soldats américains sont morts sur le sol irakien (8). Les statistiques du ministère de la Défense révèlent que « l'armée américaine est jeune : les moins de 25 ans représentent 53 % des pertes et seulement 22 % des morts avaient plus de 30 ans » (9).

À ce bilan s'ajoutent les 24 000 soldats qui ont été gravement blessés, victimes des balles, mines ou bombes ennemies (10). Amputés d'un membre, sourds, brûlés, les soldats blessés physiquement, s'ils sont les plus visibles, ne sont cependant pas les plus nombreux.

En effet, une étude publiée le 12 mars 2007 par The Archives of Internal Medecine, montre qu'un « soldat américain sur quatre soignés à leur retour d'Irak entre septembre 2001 et septembre 2005 souffre de troubles mentaux ». Ils avaient été évalués à 12 % l'an dernier. Et, si l'on inclut les troubles psychologiques entraînant par exemple des violences domestiques, la part des anciens combattants souffrant de troubles mentaux s'élève à 31%. Plus de la moitié des soldats diagnostiqués souffriraient donc d'une maladie mentale (11).

Une première catégorie de troubles mentaux résulte principalement de blessures engendrées par des explosions dont les souffles atteignent généralement l'ensemble des organes, à commencer par le plus sensible d'entre eux : le cerveau. Ainsi, tandis que le taux de mortalité a diminué, comparativement aux guerres américaines précédentes, le taux de blessures traumatiques au cerveau connaît, lui, une forte croissance (12). Victimes de l'excellente qualité de leurs équipements militaires, les soldats américains font aujourd'hui face à une nouvelle catégorie de blessures tout aussi permanentes et handicapantes.

Souvent détectées au retour des soldats dans leurs familles, ces blessures traumatiques présentent divers symptômes comprenant tant la perte de mémoire, la difficulté de concentration ou de raisonnement, les migraines ou la confusion que l'anxiété, l'irritabilité ou la dépression (13).

La seconde catégorie de troubles mentaux résulte davantage de facteurs émotionnels fragilisant la résistance psychologique des soldats. Ainsi, l'armée américaine enregistre un taux exceptionnellement élevé de troubles post-traumatiques parmi ses troupes. Si plusieurs symptômes sont similaires à ceux expérimentés lors de blessures cervicales, les soldats psychologiquement atteints connaissent l'isolation, le détachement, l'insomnie ou les « flashbacks » (14).

Bien que les troubles post-traumatiques ont été le plus communément diagnostiqués chez 13 % des combattants américains, l'anxiété (6 %), la dépression, l'abus de stupéfiants et d'alcool (5 %) ainsi que le suicide sont souvent des conséquences de l'une ou l'autre des catégories de troubles mentaux (15). Pas moins de 30 suicides ont été rapportés parmi les soldats en poste en Irak (16). Cependant, ce nombre doit s'accroître significativement si l'on considère l'ensemble des suicides d'anciens combattants ayant servi en Irak, qui sont survenus sur le sol américain.

L'inefficacité de l'aide psychologique accordée aux vétérans du Moyen-Orient peut avoir des conséquences désastreuses, comme en témoigne la multiplication du nombre d'anciens soldats devenus Sans Domicile Fixe. S'adonnant à la boisson ou à la drogue pour lutter contre leurs troubles mentaux, ils finissent par perdre le soutien de leurs proches et se trouvent pris dans une spirale descendante qui les conduit dans la rue (17).

Qu'importe la nature de leurs blessures, physiques ou psychologiques, nombreux sont ceux qui porteront à jamais les stigmates de leur passage en Irak, marquant de leur douleur une société américaine de plus en plus réfractaire à cette mission militaire.

Un prix politique ?

Alors que les deux tiers des Américains étaient favorables à l'invasion de l'Irak en 2003, aujourd'hui plus de « 6 américains sur 10 considèrent que la campagne militaire irakienne est une erreur et souhaitent qu'elle se termine le plus vite possible » (18). L'élection en novembre 2006 d'une majorité de députés démocrates au Congrès, demeure la preuve la plus cinglante d'un mécontentement national envers la politique républicaine. Alors que se profile l'élection présidentielle de 2008, la guerre en Irak s'affirme comme le point sensible du débat opposant les deux tendances politiques. Si le retrait rapide des troupes d'Irak semble représenter la volonté d'une majorité, le clan démocrate a toutes les chances de voir l'un des siens à la tête de l'État américain. Cependant, les États-uniens nous ont maintes fois surpris par le passé. La véhémence des détracteurs s'affirme généralement davantage que l'approbation de la majorité silencieuse.




Références:

(1) ROBB, Greg. « Guns, butter and the Fed : Iraq war may have consequences for end-game on interest rates », MarketWatch, [en ligne], 14 avril 2006, http://www.marketwatch.com/News/Story/Story.aspx?g... (page consultée le 28 mars 2007)

(2) ASSOCIATED PRESS, « États-Unis: le coût discuté de la guerre en Irak », Le Nouvel Observateur, [en ligne], 19 mars 2007, http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/internatio... (page consultée le 28 mars 2007)

(3) ANONYME, « Irak : la guerre va-t-elle peser sur l'économie américaine ? », La Tribune, [en ligne], 28 mars 2007, http://www.latribune.fr/info/Irak---la-guerre-va-t... (page consultée le 31 mars 2007)

(4) Ibid.

(5) ASSOCIATED PRESS, Op. cit

(6) DUGUA, Pierre-Yves, « À Washington, le nouveau Congrès surveillera mieux le coût de la guerre en Irak », Le Figaro, [en ligne], 8 janvier 2007, http://www.lefigaro.fr/debats/20070108.FIG00000013... (page consulté le 26 mars 2007)

(7) ASSOCIATED PRESS, « États-Unis: le coût discuté de la guerre en Irak », Le Nouvel Observateur, [en ligne], 19 mars 2007, http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/internatio... (page consultée le 28 mars 2007)

(8) AGENCE FRANCE PRESSE, « Une étude évoque les troubles mentaux des soldats américains rentrés d'Irak ou d'Afghanistan », Le Monde, [en ligne], 13 mars 2007, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-... (page consultée le 26 mars 2007)

(9) AGENCE FRANCE PRESSE, « Le tiers des Américains tués en Irak avaient moins de 22 ans », La Croix, no. 37643, mardi 9 janvier 2007, p. 6

(10) VINOGRADOFF, Luc. « Quatre ans Irak : le bilan critique de la presse américaine », Le Monde, 19 mars 2007, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-... (page consultée le 25 mars 2007)

(11) PETITNICOLAS, Catherine. « Irak : troubles mentaux chez les soldats américains », Le Figaro, [en ligne], 13 mars 2007, http://www.lefigaro.fr/sciences/20070313.FIG000000... (page consultée le 26 mars 2007)

(12) KELLY, Rick. «US soldiers in Iraq suffer horrific brain and mental injuries », World Socialist Web Site, [en ligne], 20 November 2004, http://www.wsws.org/articles/2004/nov2004/sold-n20.shtml, (page consultée le 25 mars 2007)

(13) Ibid.

(14) Ibid.

(15) PETITNICOLAS, Catherine. Op. Cit.

(16) KELLY, Rick. «US soldiers in Iraq suffer horrific brain and mental injuries », World Socialist Web Site, [en ligne], 20 November 2004, http://www.wsws.org/articles/2004/nov2004/sold-n20.shtml, (page consultée le 25 mars 2007)

(17) CHILDRESS, Sarah. « Quand les anciens combattants d'Irak se retrouvent SDF », Courrier International, no. 853, 8 mars 2007, p. 20

(18) ANONYME, « L'erreur irakienne, 4 ans après », Armée.com, [en ligne], 20 mars 2007, http://www.armees.com/L-erreur-irakienne-quatre-an... (page consultée le 28 mars 2007)

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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