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25 mars 2007

L'économie sud-africaine : un paradoxe


Nicolas Carvajal-Pichette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

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L'Afrique du Sud que nous connaissons aujourd'hui, le pays du « peuple arc-en-ciel », est reconnu pour son histoire de conflits et sa forte ségrégation raciale à l'endroit des Noirs. Il s'agit en fait d'une véritable politique de discrimination envers ces derniers qui ont littéralement été tenus à l'écart de la vie économique de l'Afrique du Sud, entre 1950 et 1990, et expédiés dans des territoires nouvellement formés, des bantoustans, contrôlés à 80% par les Blancs. C'est à se demander si l'économie dudit pays, de nos jours, a su remplir le vide économique qu'a causé cette division du peuple arc-en-ciel? Pour trouver les réponses à cette interrogation, il sera important d'expliquer premièrement ce qu'est l'apartheid, puis de présenter la situation économique du pays après l'apartheid, au début des années 1990, et finalement d'exposer la situation économique actuelle du pays pour voir quel genre d'évolution il y a eu au fil du temps.

La fin de l'apartheid

Le terme « apartheid » signifie en afrikaans, une des onze langues officielles d'Afrique du Sud, « séparation ». Cette politique apparaît au début des années 1940, puis est officialisée en 1948. La politique de l'apartheid a été mise en place pour assurer une séparation raciale entre la classe blanche dominante et la classe noire. Plus précisément, ce terme signifie en fait la préservation de la suprématie blanche. Elle prétend « assurer aux différents groupes ethniques une identité et une existence propres, au sein d'« ensembles nationaux autonomes » (Homelands), appelés aussi « bantoustans » (1).

Cette politique ségrégationniste n'existe plus de nos jours. C'est au début des années 1990 que les dirigeants sud-africains ont décidé de mettre un terme à ce genre de pratique politique et, de se tourner réellement du côté de l'équité sociale. Mais qu'est-ce qui a fait en sorte que les dirigeants de l'Afrique du Sud aient changé de cap après quatre décennies d'exclusion raciale?

En fait, deux éléments ont mis fin à l'apartheid : un élément propre à l'Afrique du Sud et un autre élément externe au pays. Le premier élément survient vers la fin des années 1970; on assiste alors à de plus en plus de frustration, de colère, de révolte de la part des Noirs, principales victimes de l'apartheid, qui représentent 75% de la population de l'Afrique du Sud. Le deuxième élément est directement lié au contexte international. Ayant fait de l'apartheid un pilier important de sa politique, le gouvernement sud-africain fait face et subit les graves conséquences des sanctions économiques établies à son endroit par de nombreux pays. C'est alors qu'au début des années 1990, le nouveaux président F.W. de Klerk proclame la fin du système d'apartheid et libère l'emblème charismatique par excellence du mouvement anti-apartheid : Nelson Mandela (2).

L'ouverture sud-africaine post-apartheid

Avant les années 1990, le gouvernement avait appliqué diverses politiques qui ont favorisé la baisse de croissance et le ralentissement économique de l'époque post-apartheid. Un chercheur, Jean-Pierre Cling, présente trois volets de ces politiques. Il explique que le gouvernement de l'époque a mal investi l'agent public, c'est-à-dire qu'il l'a investi dans certains secteurs (l'industrie par exemple) pour des raisons politiques.

Ce même gouvernement s'est tourné vers le protectionnisme, ce qui a créé, à cause d'un manque d'exposition internationale, un ralentissement dans les « gains d'innovation et d'efficacité du processus productif » (3). Cela a d'ailleurs réduit la taille des marchés, ce qui n'a pas permis la mise en place d'économies d'échelle. Enfin, le dernier élément expliquant ce manque de croissance et de productivité est la présence, à l'époque, d'une importante pénurie de travailleurs qualifiés (4).

Depuis 1994, le nouveau gouvernement de Nelson Mandela a opté pour une politique économique de libéralisation du marché sud-africain pour sortir le pays du « gouffre conservateur » occasionné par l'apartheid. Les nouveaux dirigeants du pays souhaitaient une ouverture de son économie pour favoriser à nouveau l'entrée de capitaux étrangers afin d'améliorer la croissance.

Le paradoxe sud-africain

Pourquoi peut-on dire qu'il existe un paradoxe en Afrique du Sud? En fait, le terme « paradoxe » est bien choisi car, de 1994 à nos jours, on a constaté un important succès de l'économie du pays alors que, parallèlement, on a remarqué également un accroissement des inégalités. Entre 1994 et 1996, le taux de croissance est passé de 3,234% à 4,307% (5). Suite a une crise du rand (monnaie officielle) qui a fait chuter l'économie du pays, cette dernière a su se redresser en atteignant un taux de croissance de 4,8% au second trimestre de 2005 (6). Le PIB est passé de 151,113 milliards de dollars en 1995, à plus de 210 milliards de dollars en 2004, passant respectivement du 23e au 26e rang mondial (7).

L'Afrique du Sud est reconnu pour être le « golfe Persique » des minerais (8). En effet, en 1995, elle est au premier rang mondial de production de platine (48%), de chrome (35,9%), d'alumino-silicates (34,2) et l'or (23 %). Toutefois, les gouvernements post-apartheid ne font plus du secteur minier leur principale source de revenu. Ce fait est dû à une translation du secteur primaire au secteur tertiaire, comme source de revenu majeure du PIB. En 1998, ce secteur ne représentait que 6,6% du PIB (9) et, en 2004, il ne représente plus que 4% (10).

En fait, le secteur le plus important dans le le PIB depuis 1994 est le secteur tertiaire, celui des services. En effet, en 2003, par exemple, le secteur tertiaire représentait une part de 65% du PIB, comparé à 31% pour le secteur secondaire (secteur minier et industrie) (11).

Le gouvernement lui-même a, depuis 1997, entamé la mise en place de politiques sociales favorisant les services. Le programme « Growth Employement and reconstruction » a été créé pour permettre un développement d'infrastructures dans les espaces prometteurs grâce à des partenariats public-privé aidant les plus démunis. De plus, le « Black empowerment » et l'« Affirmative Action » ont permis le développement d'une classe moyenne et d'une élite noire (12).

C'est là qu'apparaît plus clairement le paradoxe. Malgré toutes ces politiques sociales mises en place pour favoriser les classes les plus démunies et ce développement de la croissance économique depuis 1994, une forte inégalité persiste dans le pays. Depuis 1994, plus d'un million d'emplois ont été perdus, amenant un taux de chômage en 2004 dépassant les 40% (13). Plus encore, malgré le fait que les logements se soient multipliés, la plupart des bénéficiaires en sont expulsés par manque de fonds pour assumer leur crédit. Plus de 45% de la population sud-africaine vit actuellement sous le seuil de pauvreté (14). Un dernier exemple de ce paradoxe sud-africain est un engagement non respecté de la part du gouvernement post-apartheid qui était de transférer 30% des terres exploitables aux populations noires: la redistribution n'a été que de 3%. Il faut savoir aussi, dans ce cas précis, que 75% des terres cultivables sont exploitées presque exclusivement par les Blancs (15).

Finalement, on peut conclure de deux façons : du point de vue économique, de 1994 à nos jours, on constate une importante progression grâce à la libéralisation de l'économie africaine. Parallèlement, cette libéralisation n'a pas contribué au développement des plus démunis. On pourrait dire qu'à ce niveau là, l'arrivée des « exclus » de l'apartheid comme faisant partie de la population active, n'a fait qu'amplifier le taux d'inégalité, problème que le gouvernement sud-africain s'était pourtant engagé à régler après l'apartheid.




Références:

(1) Collection Microsoft, Encarta, 2005

(2) Ibid.

(3) CLING, Jean-Pierre, « L'économie sud-africaine au sortir de l'apartheid », KARTHALA, Paris, 2000, pp. 52-53

(4)Ibid.

(5) PERSPECTIVE MONDE, «Croissance annuelle du PIB (%) : Afrique du Sud», [En ligne], [s.d.], http://perspective.usherbrooke.ca (Page consultée le 23 mars 2007)

(6) Ibid.

(7)Ibid.

(8) GUITARD, Odette, « L'apartheid », Que sais-je?, Presse universitaire de France, 2e édition, Paris, novembre 1986, p.6

(9) Cling, Jean-Pierre, op. cit p.61

(10) GAMBELIN, André et BEAUJEU-GARNIER, Jacqueline, « Images économiques du monde 2006 », Armand Colin, Paris, 2006, p.240

(11) Ibid.

(12) GAMBELIN, André et BEAUJEU-GARNIER, Jacqueline, loc. cit p.241

(13) Ibid.

(14)Ibid.

(15) Ibid.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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