Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

12 décembre 2018

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30 October 2005

Le Venezuela deviendra le cinquième membre du Mercosur


Julien Domingue
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2017
Élection controversée d’une Assemblée constituante au Venezuela

December
2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

March
2013
Décès du président vénézuélien Hugo Chavez

October
2012
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

February
2009
Tenue d'un référendum au Venezuela

December
2006
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

April
2002
Tentative de coup d'État contre Hugo Chavez au Venezuela

December
1999
Pluies torrentielles et inondations au Venezuela

December
1998
Élection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

January
1994
Émeute dans la prison de Maracaibo, au Venezuela

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

May
1969
Création du Pacte andin

September
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

April
1960
Dévoilement de la doctrine Betancourt à Caracas

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1958
Retour de Romulo Betancourt à la présidence du Venezuela

April
1958
Début de la visite du vice-président américain Richard Nixon en Amérique latine

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

À l'occasion du 15e sommet ibéro-américain qui se tenait à Salamanque (Espagne), on a appris que le Venezuela deviendrait membre en règle du Mercosur (marché commun du Sud de l'Amérique). Le 15 octobre dernier, le ministre uruguayen des Affaires étrangères, Reinaldo Gargano, a annoncé officiellement que l'adhésion de Caracas devait être signée en décembre lors du prochain sommet du Mercosur à Montevideo, capitale de l'Uruguay. Le Venezuela, qui dispose d'un statut de membre associé au Mercosur depuis 2004, joindra les rang de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay. L'entrée prochaine du Venezuela comporte d'importants enjeux économiques et politiques et suscite de nombreuses réactions, aussi bien en Amérique qu'en Europe.

Sur le plan économique, le Venezuela profite de la flambée des prix du pétrole pour multiplier les initiatives. En effet, comme l'avance la section économique du quotidien français Le Monde, « les pétrodollars permettent au président vénézuélien de multiplier les investissements dans les pays voisins (1)». Pour ne citer qu'un exemple, le Venezuela est à la base d'un projet d'intégration régionale de l'Amérique du Sud. Toujours selon Le Monde, cette initiative, l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), est la concurrente directe du « grand projet continental de zone de libre-échange des Amériques porté par les États-Unis (2) ». Dans cet enjeu central de l'économie américaine, le Venezuela pourrait jouer un rôle majeur lors d'un éventuel accord de libre-échange entre le Mercosur et la Communauté andine des nations (CAN), formée du Venezuela, de la Colombie, de l'Équateur, du Pérou et de la Bolivie (3).

Sur le plan politique, le quotidien Les Échos affirme que « le père de la révolution bolivarienne [Chavez], (...) la bête noire du président américain George Bush (...) ne manque pas une occasion d'afficher sa proximité avec le régime cubain. [Le 17 octobre], il s'en est de nouveau pris à « l'empire américain », qu'il a qualifié de « première menace pour le monde » (4) ». Manifestement, les tensions sont vives entre le Venezuela et les États-Unis. De son côté, le quotidien l'Humanité laisse entendre que Washington a ouvertement taxé Hugo Chavez de « force négative » en Amérique Latine en raison des positions anti-impérialistes de son gouvernement.

En Europe, les relations avec le Venezuela sont davantage positives. Le président français, Jacques Chirac, affiche ouvertement son soutien à Hugo Chavez. Lors de la récente visite du président vénézuélien à Paris, le premier ministre français, Dominique de Villepin, s'est félicité de la « vision commune » qui unissait le Venezuela et la France. Du même souffle, il a salué la naissance de Petrocaribe, « un instrument majeur de la diplomatie du pétrole de Hugo Chavez (5) ». Ce programme permet aux pays des Caraïbes, déficitaires en énergie, d'obtenir une alimentation en pétrole vénézuélien en échange d'un soutien diplomatique. Cet échange est important, puisqu'au sein de l'OÉA (Organisation des États Américains), l'appui des Caraïbes « permet de bloquer toute tentative américaine d'isoler le Venezuela (6) ».

Juste avant la visite officielle d'Hugo Chavez à Paris, « le ministre vénézuélien des [F]inances a présenté devant le Congrès un budget en hausse de 27 %. Huitième producteur mondial de pétrole, le Venezuela prévoit pour 2006 une croissance de 5 %. (7) » Cette rencontre avait pour objectif de renforcer le partenariat économique qui unit les deux pays. Selon l'Humanité, Chavez avait déjà, lors de son passage de mars dernier à Paris, émis le souhait que son pays devienne « un fournisseur sûr et continu de la France (8) ». Cette volonté d'accroître les échanges économiques entre les deux pays est liée, entre autres, à l'importante présence de la compagnie pétrolière Total dans l'exploitation des gisements d'hydrocarbures vénézuéliens (9).

Les réactions à l'annonce de l'entrée prochaine du Venezuela au sein du Mercosur sont nombreuses. Le quotidien l'Humanité résume ainsi la situation : « plébiscitée par les pays fondateurs [du Mercosur], cette arrivée a suscité, en revanche, des réactions mitigées en Europe (10) » .

D'entrée de jeu, Hugo Chavez, visiblement enthousiaste, a qualifié la décision d'historique et affirmé que l'axe Caracas - Buenos Aires - Brasilia est « le plus fort de l'intégration de l'Amérique du Sud (11) ». Allant dans le même sens, le ministre des Affaires étrangères brésilien, Celso Amorim, a souligné que l'adhésion du Venezuela était « parfaitement possible » à condition d'une « volonté politique (12)».

Toutefois, l'adhésion du pays au sein du Mercosur, suscite un certain scepticisme au sein de l'opposition vénézuélienne. Pour l'économiste Emeterio Gomez, cette annonce est surtout politique. Il ajoute que « l'économie sous l'égide de Chavez est centrée sur la coopération, la solidarité et les valeurs morales supérieures de l'être humain, et non sur les trois concepts définissant le Mercosur comme n'importe quelle entreprise capitaliste : rentabilité, compétitivité et nécessité d'engranger du capital. (13) » Plus radicaux encore, certains économistes de l'opposition soutiennent que le Venezuela n'obtiendra pas son adhésion puisqu'il est déjà membre de la Communauté andine des nations (CAN). Alexander Guerrero affirme que « ceux qui appartiennent à un autre accord d'intégration ne peuvent entrer dans le Mercosur (14) ». L'adhésion « n'est pas une affaire qui se décrète par les gouvernements de manière unilatérale », assène-t-il.

Finalement, sur la scène internationale, le président espagnol du Parlement européen, Josep Borrell, a tempéré l'enthousiasme politique dont certains font preuve. Selon Borrell, l'entrée du Venezuela pourrait « compliquer (15)» les négociations concernant l'éventuel accord de libre-échange entre le Mercosur et l'Union européenne. Borrell a toutefois soutenu que l'arrivée du Venezuela, cinquième exportateur de pétrole au monde, apporterait au Mercosur « une nouvelle dimension énergétique et stratégique fondamentale (16) ». Reste encore à attendre la réaction du gouvernement des États-Unis qui ne s'est toujours pas exprimé explicitement sur le sujet.




Références:

(1) SANTISO, Javier, « Hugo Chavez renforce son influence régionale », Le Monde, Économie, 11 octobre 2005.

(2) Ibid.

(3) « L'Amérique latine contre l'impérialisme étasunien », Courriel International, no. 779, 6 octobre 2005, p. 50.

(4) DENIS, Anne, « Hugo Chavez plaide à Paris l'importance du Mercosur », Les Échos, no. 19523, International, 19 octobre 2005, p. 8.

(5) OUALALOU, Lamia, « Jacques Chirac affiche son soutien à Hugo Chavez », Le Figaro, no. 19039, 20 octobre 2005, p.4.

(6) Ibid.

(7) COCHEZ, Pierre, « France. Vénézuela. Hugo Chavez veut tirer un profit maximum des revenus du pétrole. Économie. Le président vénézuélien, accompagné d'une trentaine de chefs d'entreprise, planche devant une centaine de patrons français et renégocie son contrat avec Total. », La Croix, Monde, 20 octobre 2005, p.7.

(8) CEÏBE, Cathy, « Chavez en visite officielle à Paris », L'Humanité, Monde, 19 octobre 2005, p. 15.

(9) La France est le second investisseur étranger au venezuela.

(10) CEÏBE, Cathy, « Chavez en visite officielle à Paris », L'Humanité, Monde, 19 octobre 2005, p. 15.

(11) DENIS, Anne, « Hugo Chavez plaide à Paris l'importance du Mercosur », Les Échos, no. 19523, International, 19 octobre 2005, p. 8.

(12) « Le Venezuela adhère au Mercosur », 18 octobre 2005, site Internet : www.lemonde.fr, site consulté le 30 octobre 2005.

(13) Ibid.

(14) Ibid.

(15) Ibid.

(16) Ibid.

Dernière modification: 2008-01-08 16:11:10

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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