Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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25 November 2007

XVIIe Sommet ibéro-américain : le développement passe par la cohésion sociale


Sabrina Bossé
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

December
2013
Élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili

October
2010
Sauvetage de 33 mineurs au Chili

January
2010
Élection de Sebastian Pinera à la présidence du Chili

January
2006
Élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili

June
1991
Tenue du Sommet de l'Organisation des États américains à Santiago

October
1988
Référendum défavorable au président chilien Augusto Pinochet

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

September
1976
Assassinat de l'ex-ministre chilien Orlando Letelier

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

September
1974
Assassinat du général chilien Carlos Prats

September
1973
Renversement du gouvernement de Salvador Allende au Chili

November
1970
Accession de Salvador Allende à la présidence du Chili

October
1970
Assassinat du général chilien René Schneider

May
1969
Création du Pacte andin

October
1965
Création du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) au Chili

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

December
1959
Signature d'un traité international protégeant l'Antarctique

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

Du 8 au 10 novembre 2007, la ville de Santiago, au Chili, accueillait le 17e Sommet ibéro-américain dont l'hôte était la présidente chilienne Michelle Bachelet. Durant ces trois journées de rencontres, les quelque 22 chefs d'État et de gouvernement d'Espagne, du Portugal et d'Amérique du Sud, se sont réunis dans le but d'entamer des discussions sur l'avenir de la région sud-américaine. Cette zone profite actuellement d'une forte croissance économique, mais demeure encore l'une des plus inégalitaires sur la planète (1).

Multilatéralisme oblige

C'est en juillet 1991 que les dirigeants des pays latino-américains, sous l'initiative du président mexicain Carlos Salinas de Gortari, ont pris part au premier sommet ibéro-américain à Guadalajara, au Mexique. Les thèmes étaient alors la coopération politique et le développement économique (2). Ce n'était cependant pas la première fois qu'une telle coopération avait lieu entre pays hispanophones et lusophones. Déjà, en 1949, un premier congrès ibéro-américain se tenait à Madrid sur le thème de l'éducation (3).

C'est dans l'optique de favoriser une plus grande ouverture des frontières, à la suite de l'éclatement de l'URSS, que les 21 pays latino-américains se donnent rendez-vous en 1991 à Guadalajara. Les relations internationales sont alors en pleine mutation. Qualifié de véritable «succès» par le président mexicain, le premier sommet ibéro-américain semble avoir été motivé par le nouvel ordre mondial fondé sur le multilatéralisme (4). L'absence des États-Unis, volontairement écartés de la liste des invités, aurait, selon le journaliste Bertrand de la Grange, «facilité ces premières retrouvailles de l'Amérique latine avec ses deux anciennes métropoles. (5)»

«Il était une fois ...»

Les 18 et 19 juillet 1991, les fondements d'une institution ibéro-américaine sont mis en place. Les discussions des participants tournent alors principalement autour des droits de l'Homme, de la liberté et de la démocratie. Ces principes trouvent écho à l'intérieur de la «Déclaration de Guadalajara», affirmant l'union des 21 pays signataires en lien avec ces thèmes (6). Cette déclaration affirme également le droit au développement des pays signataires, dénonce les risques d'une polarisation entre le Nord et le Sud et aborde des thèmes allant de l'environnement au trafic de drogues (7). À l'instar de la Francophonie et du Commonwealth, la déclaration prévoit l'établissement d'un mécanisme de rencontres et de consultations annuelles intitulé «Conférence des nations ibéro-américaines», dans le but d'assurer le rayonnement du monde hispanique. Cet organisme permanent a la responsabilité de préparer les sommets à venir, notamment celui d'Espagne, en 1992, et du Brésil, en 1993.

Bien que le premier sommet ibéro-américain se soit déroulé rondement, cela n'a pas empêché certains dirigeants de dévier de la trajectoire et de faire pression sur le président cubain Fidel Castro afin de le convaincre d'amorcer un virage idéologique vers la démocratie. Les allusions au manque de liberté à Cuba n'ont aucunement fait reculer le Lider maximo. Ce dernier s'est plutôt concentré à diriger ses attaques vers les États-Unis, en concluant qu'il ne «céderait jamais aux pressions, y compris de la part des pays les plus puissants (8)».

Le sommet de Bolivie : un pas en avant

Un des points tournants de ces rencontres entre pays hispaniques est certainement le sommet de Bolivie, en 2003. Les 21 pays participant au XIIIe Sommet ibéro-américain ont alors affirmé leur désir d'acquérir une plus grande place sur la scène internationale en créant un secrétariat général ainsi qu'un comité permanant, tous deux basés à Madrid. Financées à 80% par l'Espagne, ces institutions permettraient «de renforcer la coordination politique et de créer une véritable communauté ibéro-américaine (9)».

D'entrée de jeu, certains pays comme Cuba, le Mexique, et le Venezuela ont fait connaître leurs inquiétudes quant à la création prématurée de ces institutions, «craignant de perdre leur représentativité et leur poids sur la scène internationale au profit de l'Espagne (10) ». Selon le journal bolivien La Razon, les négociations ont été très ardues entre les participants, évitant de près l'échec de ce sommet (11).

La déclaration de Santiago : un pacte social

Tous les grands dirigeants latino-américains invités, du Vénézuélien Hugo Chavez en passant par la future présidente argentine Cristina Kirchner, ont pris part au Sommet ibéro-américain de 2007. Absent à cette rencontre internationale, Fidel Castro était représenté par le vice-président cubain, Carlos Lage. La présidente chilienne, Michelle Bachelet, a donné le ton à ce sommet dès son discours inaugural, appelant les participants à fournir « des résultats tangibles pour les citoyens latino-américains», notamment en mettant au premier plan la cohésion sociale (12). Plusieurs membres, dont le président équatorien Rafael Correa, ont tenu à rappeler l'élargissement croissant du fossé entre les pays les plus à gauche et les plus libéraux : «Notre région, la plus inégalitaire au monde, n'a jamais été un exemple de cohésion. Ici, les pauvres sont parfois plus pauvres qu'en Afrique, et les riches plus riches qu'en Suisse.» (13).

Le désir d'agir des membres a mené à l'instauration d'un pacte social. Les initiatives proposées pour lutter contre la pauvreté ont été regroupées dans la «déclaration de Santiago», qui insiste sur la nécessité de mettre en place des politiques sociales et d'investir dans l'éducation et la santé (14). Selon Bachelet, ce document, véritable espoir pour plus de 220 millions de pauvres sud-américains, vise à «accroître le niveau de protection sociale, développer l'éducation, améliorer le sort des plus pauvres [et] moderniser les systèmes fiscaux (15)». L'Espagne a exprimé son désir de financer une partie de ces nouvelles mesures à la hauteur de près de 1 milliard d'euros pour 2008.

Bien que le 17e Sommet ibéro-américain se soit soldé par des mesures concrètes, il se termine aussi par une féroce prise de bec entre le président vénézuélien, Hugo Chavez, et le roi d'Espagne, Juan Carlos. «Pourquoi tu ne te tais pas», a lancé le monarque espagnol en direction de Chavez, avant de quitter la salle durant quelques instants. Le roi semblait excédé d'entendre le président vénézuélien, une fois de plus, traiter l'ancien premier ministre espagnol, Jose Maria Aznar, de fasciste. Au sujet d'Aznar, Hugo Chavez a rajouté que «les fascistes ne sont pas humains. Un serpent est plus humain», et ce, devant les chef d'État et de gouvernement présents (17).

Enfin, au terme de ces trois jours de travaux, les participants sont arrivés à la conclusion que la lutte contre la pauvreté passe aussi par la coopération régionale. De concert, ils ont signé un accord permettant à 6 millions de travailleurs migrants de transférer leurs prestations de sécurité sociale entre les pays signataires (16).Ils n'ont pas manqué non plus de discuter de la lutte au terrorisme et d'appeler les États-Unis à lever l'embargo économique sur Cuba.

À la différence du Commonwealth, la Conférence des nations ibéro-américaines est un outil qui est utilisé, entre autres, pour régler les contentieux régionaux entre les modérés et les gauchistes. Bien que ces pays souhaitent un rayonnement de la communauté hispanique, ils auront préalablement comme tâche de développer des mécanismes de coopération pour remettre sur les rails un continent affecté par les inégalités (18). Ils pourront vérifier si les mesures de ce sommet porteront leurs fruits, lors du 18e Sommet ibéro-américain qui aura lieu au Salvador.




Références:

(1) BOULANGÉ, Jean. «L'Amérique latine met le cap sur le social», l'Humanité, le lundi 12 novembre 2007, p. 14.

(2) AFP. «Différents mais unis», La Presse, le dimanche 21 juillet 1991, p. B4.

(3) ORGANISATION DES ÉTATS IBÉRO-AMÉRICAINS. «Organización de Estados Iberoamericanos para la Educación, la Ciencia y la Cultura : Presentación», [En ligne], http://www.oei.es/acercaoei.htm, (page consultée le 22 novembre 2007).

(4) AFP. Op. cit.

(5) LA GRANGE, Bertrand de. «Réuni au Mexique : Le sommet ibéro-américain confirme l'isolement de M. Fidel Castro». Le Monde, lundi le 22 juillet 1991, p. 4.

(6) AFP. Op. Cit.

(7) Loc. cit.

(8) LA GRANGE, Bertrand de. Op. Cit.

(9) ENAULT, Marianne. «Le XIIIe sommet ibéro-américain vu par la presse bolivienne». Le Monde, mercredi le 19 novembre 2003, p. 19.

(10) Loc. cit.

(11) Loc. cit.

(12) BOULANGÉ, Jean. Op. cit.

(13) Loc. cit.

(14) Loc. cit.

(15) OGIER, Thierry. «Appel à plus de protection sociale au sommet ibéro-américain», Les Echos, no. 20044, le lundi 12 novembre 2007, p. 10.

(16) GALLARDO, Eduardo. «Quand le roi d'Espagne demande à Chavez de se taire...». La Presse Canadienne, le samedi 10 novembre 2007, 22:43ET.

(17) Loc. cit..

(18) RTL INFO. «Le XVIIe sommet ibéro-américain au Chili à la recherche de la cohésion sociale».[En ligne], http://www.rtlinfo.be/news/article/55613/--Le+XVIIe+sommet +ib%C3%A9ro-am%C3%A9ricain+au+Chili+%C3%A0+la+recherche +de+ la+co h%C3%A9sion+sociale, (page consultée le 23 novembre 2007).

Dernière modification: 2007-11-30 08:41:43

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