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17 novembre 2007

Septième sommet sur la bonne gouvernance: les yeux rivés sur Ouagadougou


Marika Lussier-Therrien
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2015
Tentative de coup d'État au Burkina Faso

octobre
2014
Démission du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré

novembre
2004
Ouverture du dixième Sommet de la Francophonie

septembre
2002
Tentative de coup d'État en Côte d'Ivoire contre le président Laurent Gbagbo

octobre
1987
Renversement du gouvernement de Thomas Sankara au Burkina Faso

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

décembre
1985
Conflit entre le Burkina Faso et le Mali

août
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Renversement du président Jean-Baptiste Ouedraogo en Haute-Volta

novembre
1980
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mai
1978
Élection de Sangoulé Lamizana à la présidence de la Haute-Volta


1974
Famine au Sahel

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

Du 24 au 26 octobre 2007 eut lieu au Burkina Faso le septième forum africain sur la gouvernance (FAG-7). Plus de 32 pays africains et une quinzaine d'organisations internationales ont répondu à l'invitation de Blaise Compaoré, président de l'évènement et chef d'État du Burkina Faso (1). Les convives furent réunis à Ouagadougou afin d'échanger sur le rôle de l'État.

Initiative pour renforcer la bonne gouvernance

Le forum sur la gouvernance fut initié en 1997 dans le cadre d'une Initiative spéciale du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (2). Le forum permet aux chefs d'État africains de se rencontrer afin « de partager les expériences en matière de promotion de la gouvernance [...] à travers la réalisation d'un consensus autour du renforcement des capacités » (3).

Le premier forum eut lieu à Addis-Abeba, en Éthiopie, les 11 et 12 juillet 1997. Lors de cette première expérience, 14 pays africains participèrent aux discussions (4). Les thèmes abordés furent orientés autour de cinq questions relatives à la gouvernance, dont les réformes électorales et les droits de l'Homme (5). Par un consensus général, les pays participants affirmèrent qu'un forum annuel favoriserait une coopération entre les acteurs étatiques (6).

La décentralisation comme moteur de développement

Les discussions de l'actuel forum furent orientées sur le renforcement de la capacité de l'État en Afrique (7). Ce thème fut suggéré lors du sixième forum africain sur la gouvernance, qui s'est déroulé à Kigali, au Rwanda, en 2006 (8). Selon Blaise Compaoré « le constat est clair, l'Afrique, effectivement a mal à sa gouvernance. Il faut nécessairement une bonne gouvernance pour assurer la promotion, à la fois, du développement et de l'épanouissement du continent » (9). Lors des discussions, Compaoré a signalé quatre défis dont l'objectif principal est le développement du continent africain. Il propose notamment « la mise en place d'un environnement stable et d'un climat de confiance entre tous les acteurs [et] la lutte contre les maladies telles le Sida, le paludisme, la tuberculose pour préserver les ressources humaines » (10).

Les échanges furent l'occasion pour des analystes indépendants d'établir le bilan de la situation africaine actuelle et de proposer des solutions afin d'assurer une meilleure gouvernance. Les analyses furent présentées lors du processus préparatoire au forum. L'urbaniste et planificateur régional Kadmiel Wekwete propose alors une décentralisation des pouvoirs, favorisant une meilleure gestion de l'État (11). Selon son document, 15 des 30 pays étudiés présentent un niveau de décentralisation peu élevé (12). Les États les plus touchés sont la République démocratique du Congo et le Burundi. Ces deux États disposent de peu d'infrastructures locales propices à une décentralisation (12).

L'héritage colonial constitue un obstacle à la décentralisation. À la suite de l'indépendance des pays africains, la coupure avec les pays colonisateurs n'a pas été faite de façon intégrale. Les pays africains ont maintenu des régimes au sein desquels le gouvernement central a conservé sa prépondérance. D'emblée, les pouvoirs des élites se perpétuent dans des dictatures, limitant la participation et l'émancipation des citoyens.

Wekwete cible deux défis que les gouvernements locaux doivent surmonter afin d'assurer une bonne gouvernance. D'abord, il prétend que les gouvernements locaux définissent mal leurs objectifs et se laissent dominer par un gouvernement central fort : (14) « ces collectivités locales finissent par être trop petites pour fonctionner et la densité de population relativement faible de certaines parties de l'Afrique fait qu'elles ne disposent pas de la masse critique nécessaire au niveau de la population desservie » (15).

Ensuite, Wekwete affirme que les gouvernements locaux africains ne disposent pas de moyens financiers et humains suffisants pour fournir à la population des services essentiels comme l'approvisionnement en eau potable et l'éducation. « Une des pierres angulaires de la décentralisation est », écrit-il, « le transfert de ressources financières entre les différentes sphères de gouvernement » (16). Toutefois, la corruption qui mine le gouvernement limite l'attribution de budget pour le développement.

Soutenir un État capable

Pour sa part, le chef du Service de la gouvernance et de la gestion socioéconomique de l'Organisation des Nations unies, John-Mary Kauzya, met l'accent sur le rôle de l'État comme élément central du forum africain. Kauzya base son document sur la corrélation entre le rôle de l'État et la pauvreté (17). En 2007, « une personne sur deux en Afrique subsaharienne survit avec moins d'un dollar par jour » (18).

Kauzya propose le renforcement d'États capables, intelligents et efficaces (19) : « Un État capable n'est efficace que lorsque sa capacité est utilisée intelligemment pour entreprendre une action collective en vue de satisfaire l'intérêt général » (20). La mise en place d'infrastructures utiles au développement est alors possible dans la mesure où l'État s'implique. Lorsqu'un État est victime de l'accroissement des cas de paludisme, il doit débloquer les fonds nécessaires à la construction d'hôpitaux. Cette initiative permettra un meilleur développement grâce à une population en meilleure santé.

Pour Kauzya, la place de l'État au sein du développement de la société constitue un pilier. Il croit que les gouvernements doivent se responsabiliser et mettre fin aux conflits internes qui perdurent depuis plusieurs années. Selon lui : « l'ampleur des conflits et des guerres qui ont lieu ou se poursuivent en Afrique montre l'incapacité de certains États à rétablir la stabilité, la paix et la sécurité des personnes et des biens » (21). D'emblée, l'instabilité politique nuit au développement et renforce la pauvreté. La recrudescence de violence en République démocratique du Congo a obligé des dizaines de milliers de Congolais à fuir vers les frontières de l'Ouganda (22). La mauvaise gestion de l'État a touché dramatiquement l'espérance de vie qui est passée de 54 à 43 ans en une décennie (23). 17 millions de personnes ont aussi été privées de vivres (24).

Joaquim Alberto Chissano récompensé

Le FAG-7 fut l'occasion d'entreprendre des discussions afin d'améliorer le sort de l'Afrique, mais également de récompenser les chefs d'État qui ont fait preuve d'une bonne gouvernance au cours de leurs mandats. Cette année, le prix Mo Ibrahim fut remis par l'ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, à Joaquim Alberto Chissano (25).

Le prix « le plus richement doté au monde » (26) fut remis à l'ancien président du Mozambique, car ce dernier sortit le pays « des turbulences et le hissa dans la corne de l'Afrique parmi les pays qui émergent » (27). Pour son leadership, Chissano s'est vu offrir « 5 millions de dollars sur 10 ans, suivi d'un versement annuel de 200 000 dollars par an le reste de sa vie. Il doit aussi recevoir 200 000 dollars par an destinés à financer de bonnes causes et des activités d'intérêt public » (28). Selon Mohamed Ibrahim, l'instigateur du prix et fondateur de l'entreprise Celtel, le prix encouragera les nouveaux chefs d'État à faire preuve de bonne gouvernance et à respecter les droits des citoyens (29).

En conclusion, le forum a défini 11 recommandations « pour changer le visage de l'État africain » (30). Elles seront soumises lors du prochain sommet de l'Union africaine. L'intérêt porté au forum incite les États africains à vouloir poursuivre l'expérience en 2008. Le 8e forum se tiendra probablement en Algérie (31).




Références:

(1) NDIAYE, IBRAHIMA KHALILOULLAH. « 7ème FORUM AFRICAIN SUR LA GOUVERNANCE : Le rapport du Sénégal fort apprécié », Le Soleil, [En ligne], http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=30105 (Page consultée le 16 novembre 2007).

(2) Loc. cit.

(3) Loc. cit.

(4) HARSCH, ERNEST. « Priorité à la bonne gouvernance », Afrique Relance, [En ligne], vol. 11, no 4, http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/v... (Page consultée le 16 novembre 2007).

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) BICABA, ISMAEL. « Afrique : Bonne gouvernance ? Un forum pour renforcer les capacités de l'État », All Africa, [En ligne], 25 octobre 2007, http://fr.allafrica.com/stories/200710250463.html (Page consultée le 16 novembre 2007).

(8) Loc. cit.

(9) Loc. cit.

(10) Loc. cit.

(11) WEKWETE, KADMIEL. « Renforcement de la performance de l'État au moyen d'une gouvernance décentralisé », [En ligne], http://www.undp.org/africa/agf/documents/fr/backgr... (Page consultée le 16 novembre 2007).

(13) WEKWETE, KADMIEL. Op. cit.

(14) Loc. cit.

(15) Loc. cit.

(16) Loc. cit.

(17) KAUZYA, JOHN-MARY. « Le rôle de l'État et les problèmes de développement de l'Afrique », [En ligne], http://www.undp.org/africa/agf/documents/fr/backgr... (Page consultée le 16 novembre 2007).

(18) KAUZYA, JOHN-MARY. Op. cit.

(19) Loc. cit.

(20) Loc. cit.

(21) Loc. cit.

(22) HUMAN RIGHTS WATCH. « R.D Congo : arrêtez Laurent Nkunda pour crimes de guerre », Human Rights Watch, [En ligne], 1 février 2006, http://hrw.org/french/docs/2006/01/31/congo12584.htm (Page consultée le 16 novembre 2007).

(23) AGENCE FRANCE PRESSE. « Le pays oublié ? L'ONU lance un plan d'aide pour la RDC », Le Devoir, [En ligne], 14 février 2006, http://www.ledevoir.com/2006/02/14/101985.html (Page consultée le 16 novembre 2007).

(24) ANONYME. « Congo-Kinshasa : Parachutage d'aide alimentaire en R.D. du Congo », All Africa, [En ligne], 7 avril 2007, http://fr.allafrica.com/stories/200604070921.html (Page consultée le 8 avril 2006).

(25) BARRY, ISSA K. « Forum sur la gouvernance : Le héros du jour est, Joaquin Chissano, Le Faso, [En ligne], 25 octobre 2007, http://www.lefaso.net/spip.php?article24159 (Page consultée le 16 novembre 2007).

(26) Loc. cit.

(27) Loc. cit.

(28) Loc. cit.

(29) ZOUNGRANA, ZOWENMANOGO DIEUDONNÉ. « Bonne gouvernance : Le parcours d'un combattant », L'Observateur Paalga, [En ligne], 25 octobre 2007, http://www.lefaso.net/spip.php?article24159 (Page consultée le 16 novembre 2007).

(29) TAO, ABDOULAYE. « Forum africain sur la gouvernance ? Onze recommandations pour changer le visage de l'État africain », [En ligne], 29 octobre 2007, http://fr.allafrica.com/stories/200710291150.html (Page consultée le 17 novembre 2007).

(30) TOUNA, RICHARD. « Développement : Les voies et voix de l'Afrique pour la Gouvernance », Repères, [En ligne], 7 novembre 2007, http://www.reperes-cm.com/1194436721.php (Page consultée le 17 novembre 2007).

Dernière modification: 2007-11-23 09:48:00

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