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4 novembre 2007

Les Kurdes : entre l'espoir et la crainte


Amin Moilim
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2017
Tenue d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien

juillet
2017
Annonce par le gouvernement irakien de la libération de Mossoul

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

décembre
2006
Exécution de l'ex-président irakien Saddam Hussein

janvier
2005
Tenue d'élections législatives en Irak

mars
2003
Début d'une offensive militaire d'envergure en Irak

janvier
1991
Début d'une intervention militaire au Koweït

août
1990
Invasion du Koweït par l'Irak

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

juillet
1979
Accession de Saddam Hussein à la présidence de l'Irak

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

juillet
1968
Coup d'État dirigé par le général Ahmed Hassan al-Bakr en Irak

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

juin
1961
Proclamation d'indépendance du Koweït

septembre
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

Le Proche-Orient est sans doute la région la plus instable du monde à cause de ses nombreux conflits et tensions. Le bourbier irakien, le conflit israélo-palestinien, la crise au Liban et le nucléaire iranien ne font qu'accentuer la fragilité de la région.

Depuis quelques semaines, un nouveau front semble s'ouvrir, opposant d'un côté l'armée turque et, de l'autre, le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Ce conflit potentiel met en scène le peuple kurde. D'origine indo-européenne, les Kurdes vivent à cheval entre quatre pays : la Turquie, l'Iran, la Syrie et l'Irak. Vivant sous l'empire ottoman jusqu'à son démantèlement après la Première Guerre mondiale, ils n'ont pu avoir un territoire propre à eux malgré les promesses franco-anglaises. De confession musulmane sunnite, les Kurdes comptent environ 35 à 40 millions d'habitants répartis à travers le monde dont la grande partie, soit 19 millions, se trouve en Turquie et plus de 6 millions dans le Kurdistan irakien (1).

Le peuple kurde, comme le peuple palestinien, revendique depuis plusieurs années l'autodétermination et la création d'un État national : le Kurdistan. L'Iran, la Syrie et la Turquie refusent d'octroyer une autonomie aux Kurdes « par crainte de perdre une partie de leurs territoires nationaux » (2). Le cas de l'Irak est particulier dans la mesure où, depuis les années 1970, date de l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein et du Parti Bass, les Kurdes, par la voix de leur leader Mustafa Barzani, bénéficient d'un pacte de reconnaissance des «droits nationaux et culturels». Par contre, le régime de Saddam adoptera une politique de marginalisation et de répression envers les Kurdes, en particulier des attaques aux gaz contre la ville de Halabja dans les années 1980 qui causeront des dizaines de milliers de morts.

L'espoir d'un peuple

La première guerre du Golfe, en 1991, marque un tournant pour les Kurdes irakiens. La défaite de l'Irak contre la coalition menée par les États-Unis permet aux Kurdes de se constituer une sorte de territoire autonome dans le Kurdistan irakien, sous protection aérienne anglo-américaine. Mazoul Barzani, qui dirige le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), s'impose sur les traces de son père (Mustafa), mais en opposition avec l'autre grande faction kurde, l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). Ce début d'autonomie froisse le gouvernement turc, compte tenu des désirs indépendantistes des Kurdes de Turquie.

En 2003, la deuxième guerre du Golfe, aussi appelée guerre contre l'Irak vient consolider la position des Kurdes irakiens par rapport à 1991. En effet, avec la chute de Saddam et la situation de guerre civile qui prévaut dans le pays, les Kurdes ont su tirer leur «épingle du jeu». Alors que le pays est à feu et à sang, côté Kurde, on constate une certaine sécurité accompagnée d'une prospérité, mais surtout d'une plus grande autonomie. De plus, pour la première fois de leur histoire, les Kurdes irakiens participent activement à la vie politique de l'Irak à partir de 2003. D'ailleurs, le chef de l'UPK, Jalal Talabani, est l'actuel président de l'Irak.

Mais au-delà de l'implication politique des Kurdes, la création d'un Kurdistan irakien autonome et fort reste l'objectif ultime, d'où les pressions des Kurdes pour que l'Irak devienne une fédération fortement décentralisée. L'intervention américaine en Irak, en 2003, a permis aux Kurdes irakiens de croire que l'espoir d'un Kurdistan irakien est réalisable par le renforcement des institutions kurdes, notamment la présence d'une milice kurde, les fameux Peshmergas. Par contre, le nord de l'Irak étant complètement entre les mains des Kurdes irakiens, le PKK trouve dans les régions montagneuses du nord de l'Irak un lieu ami, mais surtout une base arrière contre l'armée turque.

La crainte d'un peuple

Cette évolution de la situation des Kurdes dans le nord de l'Irak inquiète au plus haut point l'État-major turc. En effet, la Turquie redoute les velléités autonomistes des Kurdes de Turquie, plus particulièrement le fait que l'autonomie kurde permet au PKK de se renforcer, ce qui est inacceptable pour la Turquie. Ankara accuse souvent les autorités kurdes irakiennes « de tolérer et d'aider le PKK contre la Turquie » (3). Fondé en 1978 par Abdullah Öcalan, le PKK se présente comme un mouvement armé pour l'indépendance des Kurdes, en particulier ceux vivant en Turquie. Ce mouvement considéré comme «terroriste» par l'Occident et la Turquie, mène une lutte armée contre la Turque depuis plusieurs années, malgré la capture d'Öcalan par les autorités turques en 1999.

Depuis le mois d'octobre 2007, il y a une recrudescence des tensions entre l'armée turque et les rebelles du PKK à la frontière irako-turque. Ces derniers temps, les rebelles du PKK ont mené des attaques sporadiques contre des éléments de l'armée. En réponse à ces attaques, le gouvernement d'Ankara demande à son parlement d'autoriser une offensive militaire contre les positions du PKK dans le nord de l'Irak. La volonté du gouvernement turc d'en découdre avec les rebelles du PKK inquiète à leur tour les Kurdes d'Irak. La menace est palpable puisque plus de 100 000 soldats, appuyés par des chars et des hélicoptères de combat, prennent position à la frontière et n'attendent que le feu vert du gouvernement pour mener une incursion (4).

Un avenir incertain

La crise actuelle risque sans doute de déstabiliser davantage le Proche-Orient. « Une offensive militaire turque dans le nord de l'Irak engendrera inévitablement une résistance de la part des Kurdes irakiens » (5) selon Massoud Barzani. Malgré de nombreux efforts diplomatiques, rien ne semble empêcher le déploiement de la belliqueuse armée turque. Selon les Kurdes irakiens, cette éventualité menace l'autonomie acquise depuis la chute de Saddam Hussein, mais plus encore, elle menace leur propre survie. De leur coté, les Américains s'inquiètent d'une offensive turque qui pourrait ébranler la seule région stable du pays. Toujours selon les Kurdes, la balle est dans le camp des Américains puisqu'ils sont les seuls capables de dissuader le gouvernement turc de ne pas intervenir.

Le 5 novembre 2007, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan rencontre le président américain George Bush à Washington. Cette rencontre est considérée cruciale dans la décision de la Turquie de mener ou non une incursion militaire dans le nord de l'Irak pour y combattre les séparatistes du PKK. Il est évident que les Américains détiennent une partie de la solution, mais les Kurdes irakiens en détiennent une autre puisqu'ils permettent au PKK de se servir de leur territoire comme base arrière. Le choix semble donc difficile, soit soutenir le PKK et vivre sous la menace turque, soit chasser le PKK et s'aliéner le reste de la communauté kurde.




Références:

(1) PATRICE, Claude, « Dans les montagnes du Kurdistan avec le PKK », Le Monde.fr, 25 octobre 2007, p.1-5

(2)Anonyme, « Les Kurdes », Courriel International, 24 octobre 2007, p-1-2

(3)VERRIER, Michel, « Paysages kurdes avant la bataille », Monde Diplomatique, 12 octobre 2007, p.1-15

(4)Anonyme, « Irak les Kurdes riposteront », Radio canada, 19 octobre 2007, p.1-3

(5)Anonyme, « les Kurdes d'Irak se préparent au combat », AFP, 19 octobre 2007, p.1-4

LAGOURGUE, Domitille, « De quoi ont peur les Kurdes d'Irak », L'Expresse.fr, 14 octobre 2003, p. 1-3

VERRIER, MICHEL « Quelle autonomie pour les Kurdes d'Irak », Monde Diplomatique, 24 mars 2004, p.1-10

Sur Internet

http://www.institutkurde.org/ (consulté le 2 novembre 2007)

http://www.alternatives.ca/article600.html (consulté le 2 novembre 2007)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guer... (consulté le 2 novembre 2007)

http://www.monde-diplomatique.fr/... le 2 novembre 2007)

Dernière modification: 2007-11-09 08:11:57

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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