Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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28 October 2007

Retour au bercail controversé pour un réfugié politique tunisien


Marika Lussier-Therrien
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

September
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

January
2011
Démission du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali

April
2002
Attentat terroriste en Tunisie

February
2000
Manifestations et grèves en Tunisie

August
1992
Début de procès collectifs en Tunisie

November
1987
Destitution du président tunisien Habib Bourguiba

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

December
1983
Déclenchement des émeutes du pain en Tunisie

January
1978
Déclenchement d'une grève générale en Tunisie

January
1974
Dévoilement des accords de Djerba entre la Tunisie et la Libye

June
1967
Émeutes à Tunis

May
1963
Adoption d'une réforme agraire en Tunisie

May
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

September
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

July
1961
Crise de Bizerte, en Tunisie

March
1956
Proclamation de l'indépendance de la Tunisie

Le 22 octobre 2007, la Cour fédérale du Canada a ordonné que l'imam Saïd Jaziri soit renvoyé vers la Tunisie, son pays natal. L'annonce de l'expulsion de Jaziri a secoué Amnistie internationale (AI), qui s'est ralliée à lui afin qu'il conserve son statut de réfugié politique. AI s'est fermement opposée à la décision du gouvernement canadien en affirmant que Jaziri serait victime de torture en Tunisie (1). Cette réalité est quotidienne pour des milliers de Tunisiens (2).

Le cas Jaziri

En 1997, l'imam Saïd Jaziri a trouvé refuge au Canada et le gouvernement canadien lui a attribué le statut de réfugié politique (3). Cependant, Jaziri avait omis de mentionner le casier judiciaire qu'il possédait en France. En 2006, son statut a été retiré, mais l'imam demeurait toujours en liberté (4). C'est l'interception de Jaziri par l'Agence des services frontaliers, en 2007, qui a sonné une cloche aux agents. Il fut immédiatement transféré au centre de prévention d'Immigration Canada, à Laval (5).

Après avoir fait une grève de la faim et s'être barricadé dans la mosquée Al-Qods à Montréal, Jaziri a tenté deux recours pour conserver son statut (6). D'abord, un comité de soutien à l'imam de la mosquée Al-Qods a demandé à la ministre de l'Immigration, Diane Finley, de soutenir l'imam, ce qu'elle a refusé (7). Ensuite, Jaziri a tenté un ultime recours devant la Cour fédérale canadienne, qui a rejeté la requête de sursis (8). L'imam de 40 ans a été dans l'obligation de quitter le pays (9).

La torture a été l'une des raisons évoquées par l'imam afin d'annuler l'expulsion. Jaziri a affirmé : « les Tunisiens qui ont obtenu le statut de réfugié politique, au Canada ou ailleurs, sont considérés comme des opposants politiques par les autorités tunisiennes, et donc susceptibles de poursuites et de mauvais traitements » (10). D'emblée, Claudette Cardinal, la représentante d'AI, a tenu à préciser que son organisme ne partageait pas les opinions de l'imam, mais « qu'il est avant tout un être humain qui a des droits fondamentaux, dont celui de ne pas être soumis à la torture » (11).

La torture en Tunisie : une réalité

Amnistie internationale déclare dans de nombreux rapports que la torture en Tunisie vise principalement les opposants au régime politique et les défenseurs des droits humains. Il y aurait environ 1 000 prisonniers politiques dont la majorité sont incarcérés pour avoir divulgué leurs opinions (12). Depuis le 11 septembre 2001, le gouvernement tunisien utilise « la lutte anti-terroriste pour justifier la poursuite d'une répression contre tous les voix divergentes de l'ensemble du paysage politique » (13). En prison, les condamnés sont humiliés et torturés. Grâce aux actions d'AI, plus de 135 prisonniers ont retrouvé leur liberté en Tunisie (14).

Pour sa part, le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie (CRLDTH) oeuvre activement afin de dénoncer les pratiques du gouvernement tunisien. Selon le CRLDHT, plusieurs milliers de personnes ont été torturées en Tunisie entre 1990 et 2000, et environ 28 en sont décédées (15). Le CRLDTH publie également un rapport annuel qui rapporte les supplices infligés à la population. Les anciens prisonniers parlent d'ongles arrachés, de brûlures corporelles et de cheveux arrachés. Pour leur part, plusieurs femmes rapportent des abus sexuels fréquents (16). Les témoignages ont permis au CRLDTH de rédiger une liste de 133 tortionnaires (17).

Le gouvernement fait l'autruche

Le gouvernement tunisien « [a] constamment affirmé que les faits de torture signalés par les différentes organisations de défense de droits de l'homme durant cette période de plus de dix ans n'étaient que des cas isolés, des dépassements individuels » (18). Ainsi, le gouvernement nie les pratiques de tortures. Pourtant, en 1988, l'État a ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, mais actuellement aucun effort n'est fait pour enrayer ces pratiques (19).

Cette situation inquiète évidemment Jaziri qui a été accusé de diffuser des tracts et d'entretenir des activités avec une association non autorisée (20). Pour protéger cette cible potentielle, AI a donc tenu à suivre le dossier de Saïd Jaziri dans son pays natal afin de le protéger contre les actes de torture (21).




Références:

(1) ANONYME. « Saïd Jaziri s'accroche », [En ligne], 18 octobre 2007, http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2007/1... (Page consultée le 24 octobre 2007).

(2) COMITÉ POUR LE RESPECT DES LIBERTÉS ET DES DROITS DE L'HOMME EN TUNISIE. « La torture en Tunisie 1987-2000 », [En ligne], http://www.acat.asso.fr/dudh/crldth.html (Page consultée le 24 octobre 2007).

(3) NOEL, André. « Le controversé imam Saïd Jaziri arrêté », La Presse, [En ligne], 16 octobre 2007, http://www.cyberpresse.ca/article/20071016/CPACTUA... (Page consultée le 24 octobre 2007).

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) ANONYME. Op. cit.

(8) ANONYME. Op. cit.

(9) AGENCE FRANCE PRESSE. « Rejet du dernier recours d'un imam montréalais menacé d'expulsion du Canada », Le Monde, [En ligne], 21 octobre 2007, http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-32907... (Page consultée le 24 octobre 2007).

(10) Loc. cit.

(11) Loc. cit.

(12) AMNESTY INTERNATIONAL. « Tunisie », [En ligne], http://thereport.amnesty.org/fra/Regions/Middle-Ea... (Page consultée le 24 octobre 2007).

(13) Loc. cit.

(14) Loc. cit.

(15) COMITÉ POUR LE RESPECT DES LIBERTÉS ET DES DROITS DE L'HOMME EN TUNISIE. Op. cit.

(16) Loc. cit.

(17) Loc. cit.

(18) Loc. cit.

(19) Loc. cit.

(20) AMNISTIE INTERNATIONALE - SECTION CANADIENNE FRANCOPHONE. « AI déplore la décision du Canada de renvoyer Saïd Jaziri en Tunisie » [En ligne], http://www.amnistie.ca/content/view/10946/1/ (Page consultée le 24 octobre 2007).

(21) AMNISTIE INTERNATIONALE- SECTION CANADIENNE FRANCOPHONE. Pour la défense des droits humains dans le monde, [En ligne], http://www.amnistie.ca/ (Page consultée le 27 octobre 2007).

Dernière modification: 2007-11-02 08:54:12

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