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7 octobre 2007

Moubarak et l'opposition égyptienne


Josée Dufresne
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Le 6 octobre 1981, le président égyptien Anouar Sadate est assassiné par un commando de musulmans fondamentalistes. Rapidement, son vice-président, Hosni Moubarak, prend la relève comme président et chef du Parti national démocrate (PND). Le 13 octobre, cette décision obtient l'approbation de l'unanimité de la population grâce à un référendum. Depuis plus de 25 ans, Hosni Moubarak dirige l'Égypte avec la tête haute et une main de fer. Sa popularité était en hausse au début de son mandat grâce à des actions telles que la libération de tous les prisonniers politiques. Mais rapidement, au cours des années 1990, la légitimité de sa présidence fut remise en question par l'importante opposition qui se dresse contre lui à travers l'ensemble du pays.

L'Égypte politique de Moubarak

Moubarak a remporté avec une écrasante majorité (plus de 95% de votes) les élections présidentielles de 1987, de 1993 et de 1997. Beaucoup de personnes qualifient ces élections de peu démocratiques, l'État entretenant jusqu'en 2005 un régime à parti unique. Grâce à la modification de l'article 76 de la Constitution, Moubarak a eu des adversaires pour la première fois lors de l'élection présidentielle de septembre 2005. Son principal opposant était Ayman Nour, le chef du Al-Ghad, un des partis d'opposition. Malgré cette opposition, Moubarak a été réélu pour une cinquième fois avec 88,6% des voix. Le taux de participation à ce scrutin était de 25%, une hausse de 7% comparativement aux dernières élections. Mais cette dernière a été le terrain d'une importante corruption et fut qualifiée de « non libre » par l'International Institute for Democracy and Electoral Assistance (1).

En plus de l'achat des votes et de la falsification du décompte, plusieurs irrégularités mettent en doute la légitimité de la gouvernance de Moubarak. En mars 2007, 34 amendements à la Constitution ont été émis à la demande du PND. Le Président Moubarak a spécifié que ces réformes ont été faites afin de renforcer la démocratie. Mais plusieurs députés les ont qualifiées de « monologue gouvernemental et non un véritable débat démocratique (2)». Le régime reste de glace : aucune négociation ou dialogue n'est possible, malgré le manque flagrant de transparence des amendements. La date du référendum a même été devancée afin d'empêcher l'opposition de s'organiser. La modification de l'article 88 de la Constitution est un excellent exemple. Cet article contient la loi concernant la supervision des élections par des magistrats. Or, l'amendement modifiant l'article 88 prévoit que les magistrats seront désormais remplacés par des fonctionnaires.

Une histoire d'opposition

L'opposition au Président Moubarak est très importante en Égypte. Divers groupes politiques, sociaux et religieux sont au coeur même de cette opposition. Les Frères musulmans, dirigés par Ayssam El Aryane, sont le principal parti d'opposition. Ils occupent 88 sièges sur 454 au Parlement, nombre six fois plus élevé qu'à la précédente Assemblée. Une représentation parlementaire aussi grande est du jamais-vu, d'autant plus que cette formation bénéficie d'un statut particulier : un parti « interdit mais toléré (3)». Ce statut porte à confusion : les Frères musulmans n'ont jamais atteint des résultats qui pourraient être trop inquiétants pour la présidence. Le gouvernement s'assure simplement de surveiller leurs activités afin de les limiter le plus possible. La peur des dirigeants reste qu'une explosion du parti pourrait amener la naissance de diverses cellules radicales.

Né sous l'étendard religieux en 1928, le parti des Frères musulmans avait pour objectif premier la création d'un État islamique en Égypte. Mais leur entrée dans le monde politique leur a fait délaisser cet objectif. C'est en 1984 que le parti crée une alliance avec le parti Wafd et réussit à faire entrer six députés au Parlement. Les Frères musulmans ont ainsi fait place à un programme qui prône le libéralisme et l'égalité entre tous, autant au niveau religieux et politique que sexuel. L'amendement à l'article 76, en 2005, a fait naître chez les Frères musulmans un espoir de voir leur parti légalisé. Rien n'est encore fait, mais le parti se dit prêt à assumer des responsabilités gouvernementales dès que la légalisation aurait lieu.

Le Parti Al-Ghad est un autre groupe qui fait partie de l'opposition au Parlement égyptien. Leur leader, Ayman Nour, est détenu en prison depuis décembre 2005 à cause d'une histoire de falsification de documents officiels. Il est un des plus farouches critiques du Président Moubarak en plus d'avoir été son premier opposant lors de l'élection présidentielle de septembre 2005 où il est arrivé second. Ayman Nour a aussi perdu son siège aux élections législatives au profit du candidat du PND. Le Al-Ghad est un parti libéral non islamique qui possède un journal dans lequel sont véhiculées les idées et la programmation du parti. Actuellement au Parlement, les divers partis de l'opposition (excepté les Frères musulmans) possèdent 14 sièges répartis entre le Al-Ghad, le Wafd, le Karama, le Tagammou et des députés indépendants.

Un autre visage de l'opposition

La principale opposition religieuse qui se dresse contre le Président Moubarak sont les Frères musulmans. Ils ont deux stratégies : un volet social et politique (vu précédemment) et un volet moral. Actuellement, les Frères musulmans sont beaucoup moins actifs au niveau religieux que durant les années 1980. Durant cette période, leur principal discours était un « appel à la pratique religieuse, au respect des coutumes et de la tradition islamique, un encouragement adressé aux femmes de porter le foulard, la critique de certaines publications ou émissions considérées comme immorales (4)». Aujourd'hui encore, le discours religieux réussit à rejoindre plusieurs groupes qui ne sont pas touchés par la lancée pluraliste des Frères musulmans.

L'Égypte a également été témoin de la naissance d'un regroupement de partis politiques et sociaux avec un objectif commun. Kefaya (ou Kifaya) est un rassemblement de nassériens, de militants de gauche, d'intellectuels et d'islamistes modérés dont le but est de créer une forte opposition à la politique de Moubarak et d'obtenir la démocratisation du pays. Ayant comme signification « Ça suffit! », cette opposition a attiré divers groupes comme les Frères musulmans et les Jeunes pour le changement. Le 12 décembre 2004, Kefaya s'est même rendu devant la Cour suprême pour réclamer le départ de Moubarak. Depuis cette date, le groupe se fait de plus en plus remarquer avec ses diverses manifestations.

Malgré les apparences, il semblerait donc que l'opposition au Président égyptien Moubarak soit de plus en plus importante considérant que Moubarak semble préparer la présidence pour son fils. Tout indique qu'une intrigante partie du chat et de la souris se dessine entre lui et ses opposants.




Références:

1. INTERNATIONAL IDEA. « Egypt ? Electoral System: TRS», International Institute for Democracy and Electoral Assistance. [En ligne], 5 octobre 2007. http://www.idea.int/vt/country_view.cfm? CountryCode=EG (Page consultée le 5 octobre 2007).

2. AFP. « Égypte ? L'opposition boycotte le référendum de Moubarak », Le Devoir. [En ligne], 23 mars 2007. http://www.ledevoir.com/2007/03/23/136298.html (Page consultée le 28 septembre 2007).

3. TAMMAM, Husam. « Révisions douloureuses pour les Frères musulmans d'Égypte », Le Monde diplomatique. [En ligne], septembre 2005. http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/TAMMAM/12793 (Page consultée le 5 octobre 2007).

4. MOOS, Olivier. « Les Frères Musulmans en Égypte : un état des lieux ? Entretien avec Amr ElChoubaki », Religioscope. [En ligne], 6 mai 2005. http://religion.info/french/entretiens/article_169.shtml (Page consultée le 5 octobre 2007). Autres références

AMNESTY INTERNATIONAL. « Rapport 2006 - Moyen-Orient et Afrique du Nord : Égypte », Amnesty International. [En ligne], 5 octobre 2006. http://web.amnesty.org/report2006/egy-summary-fra (Page consultée le 30 septembre 2007).

DEBBIH, Abdelkrim. « Moubarak entre le marteau et l'enclume », Alternatives. [En ligne], 27 juin 2005. http://www.alternatives.ca/article1915.html (Page consultée le 28 septembre 2007).

HENNION, Cécile. « Kefaya! », Al-Oufok. [En ligne], 7 mai 2005. http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=2160 (Page consultée le 5 octobre 2007).

LOUTFI, Ahmed. « Moubarak, 25 ans au pouvoir », FMES. [En ligne], 18 octobre 2006. http://www.fmes-france.net/article.php3?id_article=408 (Page consultée le 30 septembre 2007).

MAHFOUDI, Samira. « Les dilemmes de l'opposition égyptienne : Kifaya ou l'émergence d'un véritable mouvement de contestation ». [En ligne], 16 octobre 2006. http://www.dandurand.uqam.ca/download/pdf/publicat... (Page consultée le 28 septembre 2007).

MAHFOUDI, Samira. « Le tournant égyptien : Les élections législatives et la montée en puissance des Frères musulmans». [En ligne], 17 avril 2006. http://www.dandurand.uqam.ca/download/pdf/articles... (Page consultée le 30 septembre 2007).

N.A. « Égypte : Chirac doit exiger la libération du chef de l'opposition », Human Rights Watch. [En ligne], 18 avril 2006. http://hrw.org/french/docs/2006/04/18/egypt13210.htm (Page consultée le 28 septembre 2007).

N.A. « Parution du quotidien Al-Ghad après un mois de suspension », Reportes sans frontières. [En ligne], 9 mars 2005. http://www.rsf.org/article.php3?id_article=12543 (Page consultée le 30 septembre 2007)

N.A. «Suspension d'un quotidien d'opposition», Reportes sans frontières. [En ligne], 10 février 2005. http://www.rsf.org/article.php3?id_article=12543 (Page consultée le 30 septembre 2007)

SALAÜN, Tangi. « Égypte : Moubarak verrouille sa succession », Le Figaro.fr. [En ligne], 20 mars 2007. http://www.lefigaro.fr/international/20070320.FIG0... verrouille_sa_succession.html (Page consultée le 28 septembre 2007).

Dernière modification: 2007-10-12 11:59:55

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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