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7 octobre 2007

Bokassa : Napoléon 1er de Centrafrique


Marika Lussier-Therrien
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Démission du président centrafricain Michel Djotodia

mars
2013
Renversement du président François Bozizé en République centrafricaine

mars
2003
Renversement du président centrafricain Ange-Félix Patassé

septembre
1993
Élection d'Ange Félix Patassé à la présidence de la République centrafricaine

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

septembre
1981
Renversement du gouvernement de David Dacko en République centrafricaine

septembre
1979
Renversement de l'empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa 1er

décembre
1977
Couronnement de l'empereur centrafricain Jean-Bédel Bokassa 1er

janvier
1966
Renversement du président David Dacko en République centrafricaine

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

août
1960
Proclamation de l'indépendance de la République centrafricaine

Le 4 décembre 1977, Jean-Bédel Bokassa s'est proclamé « Empereur de Centrafrique par la volonté du peuple Centrafricain » (1). La scène de prestige, à la manière de Napoléon 1er, s'est déroulée devant plus de 5 000 personnes (2). Aucun chef d'État ne fit acte de présence. Seul le ministre français de la Coopération, Robert Galley, s'est présenté à la cérémonie (3). L'absence de personnalités politiques confirme que la proclamation fut contestée par la communauté internationale à cause des antécédents dictatoriaux de l'empereur.

Un dictateur en formation

Né en 1921, Bokassa entra rapidement en contact avec la politique centrafricaine. À ses débuts, il s'est joint à l'armée française comme officier. Pendant ses années de service, il observa son oncle, Barthelemy Boganda, alors président de la Centrafrique (4). En 1959, David Dacko, le cousin de Bokassa, prit les rênes de l'État à la place de Boganda (5).

Dans l'espoir de stabiliser la Centrafrique, Dacko nomma Bokassa chef d'état-major en 1964. Un an plus tard, un coup d'État de la gendarmerie permit à Bokassa d'être proclamé président (6). Sa popularité et son soutien par la France lui permirent d'élaborer une politique contre la corruption et la bourgeoisie (7). Cependant, un climat de violence n'a pas tardé à s'installer et les actes de torture se sont multipliés.

En 1972, le président adopta une approche de plus en plus autoritaire, lorsqu'il se déclara président à vie (8). En 1977, après avoir dissous le gouvernement, il se proclama empereur de la République centrafricaine (9). Cependant, son règne prit fin le 21 septembre 1979. Lors d'un voyage en Libye, Dacko et l'armée française orchestrèrent l' « Opération Barracuda » (10). Ce coup d'État permit le retrait du président Bokassa et le retour de Dacko.

Poursuivi pour 14 chefs d'accusation, le dictateur a dû s'exiler pendant plusieurs années (11). À son retour au pays, la France le condamna à la peine capitale. Néanmoins, la sentence fut réduite à la détention pour absence de preuves. Il fut libéré en septembre 1993, trois ans avant sa mort à Bangui (12).

Une opinion internationale tranchée

L'hebdomadaire « Jeune Afrique » conteste le couronnement « du petit caporal » (13) de façon claire. Rappelant les évènements et la richesse des biens étalés, Marc Teynier affirme que l'évènement était une « plaisanterie » (14). Pour confirmer ses dires, il relate la situation des Centrafricains qui ont dû être taxés davantage pour rendre la cérémonie possible. Il conclut en affirmant : « Reste que le ridicule de ce grand barnum du 4 décembre laisse dans la bouche un goût de cendre » (15). Teynier se permet également de remettre en question les actions de la France qui a appuyé le dictateur en subventionnant la cérémonie.

Malgré le passage d'une décennie, l'article du quotidien « Le Monde » de 1987 sur le couronnement de Bokassa est teinté de sarcasme. Au sujet de la cérémonie dite « kitsch » (16), l'auteur affirme : « Il eut, [...], sa citrouille de bronze et d'or, tirée par des chevaux importés de Normandie, peints gris et montés par des palefreniers centrafricains » (17). Des métaphores subtiles au sujet de l'empereur Bokassa viennent confirmer la colère de l'auteur devant le dictateur. D'emblée, il n'épargne pas Robert Galley qu'il tente de discréditer pour sa présence. L'auteur du quotidien français met également sur table les fautes de la France. Enfin, il clôt sur un doute quant aux lectures de Bokassa : « Bokassa a beaucoup et probablement mal lu Napoléon, ce qui, d'un maréchal d'opérette fit un empereur de tragi-comédie, une cérémonie burlesque débouchant sur une bouffonnerie sanglante, façon grand guignol » (18).

Pour sa part, l'« Associated Press » reste prudente quant au couronnement de Bokassa. En effet, un rappel des objets de prestige et des caprices de l'empereur est fait, mais sans toutefois porter jugement. Georges Pierre mentionne entre autres la couronne de 5 millions de dollars, le gâteau de 1,5 mètre de hauteur et le budget de la cérémonie qui s'élève à 30 millions de dollars, soit le quart du budget du pays (19). Il n'en demeure pas moins que l'auteur n'oublie pas de souligner que 90% de la population était illettrée à cette époque, ce qui est paradoxal par rapport à la richesse des évènements (20).




Références:

(1) WIKIPÉDIA : L'ENCYCLOPÉDIE LIBRE. « Jean-Bédel Bokassa », [En ligne], 28 septembre 2007, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Bedel_Bokassa (Page consultée le 4 octobre 2007.

(2) ANONYME. Jour par Jour, Bokassa, [En ligne], http://www.linternaute.com/histoire/motcle/1736/a/... (Page consultée le 6 octobre 2007).

(3) SOUDAN, FRANÇOIS. « Jean-Bédel Bokassa : Le soudard saisi par la mégalomanie », [En ligne], Jeune Afrique, 28 septembre 1999, http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_... (Page consultée le 4 octobre 2007).

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) Loc. cit.

(8) Loc. cit.

(9) SOUDAN, FRANÇOIS. Op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) ANONYME. « Bokassa raconte V.G. Destaing », [En ligne], 27 décembre 2006, http://www.zozweb.com/edito42acte2.html (Page consultée le 4 octobre 2007).

(12) Loc. cit.

(13) TEYNIER, Marc. « Bokassa s'autoproclame empereur de Centrafrique », [En ligne], Jeune Afrique, 30 novembre 2003, http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_... (Page consultée le 4 octobre 2007).

(14) Loc. cit.

(15) Loc. cit.

(16) PIERRE, GEORGES. « Il y a dix ans : Le sacre bouffon de Jean-Bedel Bokassa », Le Monde, Paris, 7 décembre 1987, p.2.

(17) Loc. cit.

(18) Loc. cit.

(19) ASSOCIATED PRESS. « Bokassa, empereur de Centrafrique : dans une cérémonie inspirée de Napoléon 1er », Le Devoir, Montréal, 5 décembre 1977, p.15.

(20) Loc. cit.

Dernière modification: 2007-10-17 15:45:46

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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