Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

22 janvier 2019

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

30 septembre 2007

Il y a trente ans... Le Caire et Tel-Aviv se souviennent


Alexandre Lemieux-Côté
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Le 19 novembre 1977, se déroulait une rencontre historique pour Israël et l'Égypte. Anouar Sadate, le président de l'Égypte, se rendit alors en Israël afin de changer le climat géopolitique du Moyen-Orient. Rappelons-nous les évènements qui servirent de préambule à cette rencontre encore mémorable aujourd'hui.

Les tensions initiales

Depuis la création de l'État d'Israël, en 1948, les tensions entre Arabes et Juifs sont majeures et les provocations courantes. L'escalade des tensions engendrées par ces provocations successives semblait avoir pour objectif de pousser l'État juif à prendre les armes en premier, afin de justifier une attaque arabe (1). Le président égyptien de l'époque, Gamal Abdel Nasser, exprima en 1965 les buts de la nation arabe comme étant : «...la restauration complète des droits des Palestiniens. En d'autres mots, nous visons la destruction de l'État d'Israël » (2). Selon le Palestine Facts, en 1965, 35 attaques terroristes furent dirigées contre Israël. Ce nombre s'éleva à 41 en 1966 et, durant les quatre premiers mois de 1967, l'État hébreu essuya 37 attaques (3).

Les conflits armés

La guerre désormais connue sous le nom de guerre des six jours débuta le 5 juin 1967. La coalition militaire dirigée par l'Égypte était constituée de forces en provenance de sept pays arabes (4). Encerclant Israël, ceux-ci n'attendaient que le moment de l'offensive pour marcher sur l'État hébreu. Or, l'offensive surprise d'Israël fut cinglante, anéantissant en une seule journée les forces aéroportées de l'Égypte, de la Jordanie et la moitié de celles de la Syrie. Le reste de la bataille, qui se déroula au sol, permit aux Juifs de tripler le territoire sous leur contrôle (5). Le conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) adoptera par la suite la résolution 242, basant une paix israélo-arabe sur la restitution d'une partie des territoires conquis par Israël. Cette résolution servira de base aux négociations entre Israël et le monde arabe pour les années à venir (6). La victoire de l'État hébreu démontra sa détermination à combattre pour leurs droits, et sonna également le glas à court terme pour toute menace de l'Égypte.

En 1970, Anouar Sadate, le nouveau président d'Égypte, tenta de reprendre en main un État encore étourdi par la défaite de 1967. Malgré le refus de l'Égypte d'appuyer la résolution 242, une paix relative planait entre Le Caire et Tel-Aviv. Mais en 1973, les hostilités reprirent à la suite de l'attaque surprise coordonnée de l'Égypte et de la Syrie sur les soldats israéliens présents dans le canal de Suez. La guerre du Kippour venait d'être lancée. Encore une fois appuyée par plusieurs États arabes, l'Égypte livra bataille à Israël. Bien que les Israéliens subirent des pertes beaucoup plus importantes que lors de la guerre des six jours, l'issue s'avéra la même qu'en 1967. Avant que les Égyptiens ne subissent une autre défaite, l'ONU adopta la résolution 338 (7), soit un arrêt complet des hostilités au canal de Suez et un retour aux positions antérieures au cessez-le-feu imposé par l'ONU (8).

Les esprits se refroidissent

L'issue de ce dernier conflit a eu pour effet de dissuader les pays arabes de prendre l'État d'Israël par la force, vu les capacités militaires de celui-ci. De plus, les Israéliens s'étaient prévalus d'un appui militaire accru des États-Unis. Ainsi, la souveraineté de l'État d'Israël se trouvait renforcée par ce revers imposé au monde arabe par le minuscule État hébreu. Loin d'être reconnu et accepté par ses voisins, celui-ci multiplia ses relations diplomatiques. Pour sa part, l'Égypte étant toujours dans une situation difficile à la suite de la défaite du Kippour, n'avait rien à gagner à maintenir les hostilités.

Devant un Parlement égyptien abasourdi, Anouar Sadate proposa le 9 novembre 1977 de se rendre en Israël, de s'adresser à la Knesset (le Parlement israélien) et d'amorcer des discussions de paix entre les deux États. Deux jours plus tard, le premier ministre israélien Menahem Begin adressa une invitation formelle à Sadate à venir en territoire hébreu, le 19 novembre 1977 (9). Les tentatives de Sadate afin de rallier le reste du monde arabe à cette mission pacifique se butèrent à de vives oppositions. L'Égyptien dut se résigner à poursuivre seul la démarche qu'il avait initiée et qui était accueillie par la communauté internationale avec enthousiasme, mais aussi avec incrédulité et ébahissement. En effet, le premier rapprochement entre un État du monde arabe et son voisin hébreu pouvait paraître comme surréaliste, voire impossible. D'autant plus que l'initiateur de ces rapprochements est le leader du monde arabe qui fut également l'instigateur des agressions d'autrefois contre Israël. Mais l'histoire est imprévisible. Parfois, les ennemis d'hier peuvent devenir les amis de demain.

Une visite historique

L'avion transportant Sadate en territoire israélien se posa à l'aéroport de Tel-Aviv, où le président égyptien fut accueilli par son homologue israélien ainsi que par le premier ministre Begin et une flopée de dignitaires et d'hommes politiques hébreux. Une cérémonie protocolaire a eu lieu à l'aéroport à l'arrivée de Sadate, qui se dirigea ensuite vers Jérusalem avec Menahem Begin afin de s'entretenir avec ce dernier. Le 20 novembre, Sadate visita la mosquée d'Al-Aqsa, à Jérusalem, afin de s'y recueillir. Par la suite, Begin accompagna son invité au mémorial de Yad Vashem, érigé en mémoire des victimes de l'Holocauste.

L'évènement principal de cette visite de trois jours fut sans équivoque le discours historique qu'a tenu Sadate devant la Knesset. Un discours dans lequel il réaffirma la nécessité de rendre les territoires conquis par Israël en 1967 ainsi que l'obligation de corriger la situation des Palestiniens. Il mentionna cependant : « Aujourd'hui je vous dit et le déclare au monde entier : Nous acceptons de vivre avec vous dans une paix juste et durable » (10). Une page d'histoire venait d'être tournée. Cette rencontre déboucha ensuite sur des négociations triangulaires entre l'Égypte, Israël et les États-Unis en 1978. Finalement, des accords de paix furent signés à Camp David en 1979. Ils valurent à Sadate et Begin le prix Nobel de la paix. Deux ans plus tard Sadate perdra la vie, assassiné par un intégriste islamique.




Références:

(1) Anonyme, Palestine Facts, Israel 1967-1991: Six Day War Background, http://www.palestinefacts.org/pf_1948to1967_sixday... [Page consultée le 29 septembre 2007]

(2) loc.cit.

(3) loc.c... Mitchell, Jewish Virtual Library, The 1967 Six-Day War, http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Histor... [Page consultée le 29 septembre 2007]

(6) loc.cit.

(7) Anonyme, Palestine Facts, Israel 1967-1991: Yom Kippur War Background, http://www.palestinefacts.org/pf_1967to1991_ykwar_backgd.php [Page consultée le 29 septembre 2007]

(8) Anonyme, Jewish Virtual Library, United Nations Security Council Resolution 338, http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/UN/unres338.html [Page consultée le 29 septembre 2007]

(9) Anonyme, Palestine Facts, Israel 1967-1991 : Sadat Visits Israel, http://www.palestinefacts.org/pf_1967to1991_sadat_1977.php, [Page consultée le 29 septembre 2007]

(10) loc.cit.

Dernière modification: 2007-10-17 15:46:16

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

La dette égyptienne : difficile de s'en sortir
>octobre 2018


Le canal de Suez : un tremplin pour l'économie égyptienne
>mars 2017


Boutros Boutros-Ghali : un « dirigeant mémorable » des Nations unies
>février 2017


La justice égyptienne sévère à l'endroit d'un ex-président
>novembre 2016


Al-Sissi : de l'armée à la présidence égyptienne
>novembre 2015


Afrique : un pas de plus vers l'intégration économique
>septembre 2015


Égypte : la liberté d'expression en danger
>février 2015


L'armée égyptienne : acteur immuable du pouvoir présidentiel
>décembre 2014


Égypte : une économie asphyxiée, une destination délaissée
>avril 2014


Deux ans après la révolution, les manifestations continuent en Égypte
>mars 2013


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016