Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 September 2007

Élections au Maroc : entre progrès démocratique et désillusion


Amin Moilim
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2011
Référendum sur des réformes constitutionnelles au Maroc

May
2003
Attentats terroristes à Casablanca, au Maroc

July
1999
Décès du roi Hassan II du Maroc

February
1999
Décès du roi Hussein de Jordanie

August
1994
Reconnaissance des revendications berbères au Maroc

April
1994
Signature d'une entente menant à la création de l'Organisation mondiale du commerce

December
1990
Déclenchement d'une grève générale au Maroc

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

December
1983
Début d'une crise au Maroc

June
1981
Révolte du pain au Maroc

August
1979
Retrait de la Mauritanie du Sahara occidental

November
1975
Début de la « marche verte » au Sahara occidental

May
1973
Fondation du Polisario au Sahara occidental

August
1972
Tentative de coup d'État au Maroc

July
1971
Tentative de coup d'État dans le palais de Skhirat, au Maroc

June
1965
Promulgation de l'état d'exception au Maroc

October
1963
Déclenchement de la guerre des sables entre le Maroc et l'Algérie

September
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

February
1961
Décès du roi du Maroc, Mohammed V

Le Maroc vient de connaître ses deuxièmes élections législatives depuis la montée sur le trône de Mohamed VI comme souverain, en 1999. Le Maroc est une monarchie constitutionnelle et le système électoral est la proportionnelle à un tour. Plus de 15 millions d'électeurs devaient choisir 295 députés dans 95 circonscriptions et 30 députés sur une liste nationale séparée afin d'assurer un quota aux femmes.

La surprise

Ces élections, les plus médiatisées de l'histoire du royaume, ont été suivies par des centaines de journalistes européens, américains et asiatiques, sans parler des observateurs étrangers et locaux. Trente-trois formations politiques étaient en lice, mais la lutte se concentrait entre quatre formations, à savoir le Parti de la justice et du développement(PJD), le Parti nationaliste (l'Istiqlal), le mouvement populaire (MP), et le Parti socialiste (l'USFP). Les experts et les sondages prédisaient un raz-de-marée du PJD, le Parti islamiste modéré.

La surprise est donc totale pour le PJD, qui affichait de grandes ambitions. Il termine deuxième avec 46 sièges. C'est plutôt le Parti conservateur de l'Istiqlal qui finit premier avec 52 sièges, se trouvant ainsi en position de former le nouveau gouvernement. Enfin, l'autre surprise est la débâcle du Parti socialiste, grand perdant des élections avec 36 députés, contre 50 il y a cinq ans.

Ces élections ont été saluées par plusieurs pays. D'ailleurs, les observateurs internationaux sur place ont estimé que le vote avait été marqué par « la transparence et le professionnalisme » (1). Le Maroc peut donc être fier de réussir cet exercice démocratique dans une région où les peuples sont rarement consultés afin d'élire leurs représentants. Un autre aspect positif est le quota réservé aux femmes afin d'assurer une certaine présence féminine au Parlement. En tant que pays musulman, le Maroc fait donc des progrès démocratiques non négligeables.

Le désenchantement

En revanche, ces élections législatives ont été marquées par le taux le plus bas de l'histoire du royaume. En effet, le taux de participation a à peine dépassé les 41% selon le ministère de l'Intérieur (2). Il s'agit d'une abstention record qui pourrait faire ombrage aux progrès démocratiques. Toujours selon le ministère, seulement deux inscrits sur cinq se sont déplacés pour voter. À titre de comparaison, lors des législatives de 2002, le taux de participation était de 52%. Même la représentativité des femmes a diminué, passant de 35 élues en 2002 à 34 pour cette année.

Les trois thèmes majeurs de la campagne ont été le chômage toujours grandissant, la corruption et enfin la pauvreté qui touche une large part de la population malgré les réformes sociales du roi. Mais c'est le taux de participation qui a été au coeur des préoccupations.

Pour la plupart des gens interrogés sur la rue : « les enjeux et les partis se ressemblent»(3). Selon le politicologue Mohamed Darif : « beaucoup de Marocains considèrent le Parlement comme une simple chambre d'enregistrement»(4). Pour sa part, Tamara Cofman Wittes, membre du centre de réflexion américain Saban pour le Proche-Orient, affirme que : « l'abstention reflète les interrogations des Marocains sur l'efficacité du parlement et pose un grave dilemme au roi»(5). En effet, le roi détient des pouvoirs énormes sur les institutions du pays en tant que chef de l'exécutif, des armées et dirigeant religieux. Aussi, les Marocains ont l'impression que peu importe leur choix, seul le roi a le dernier mot.

L'avenir

Désormais, c'est au roi Mohamed VI de désigner le futur premier ministre comme lui autorise la Constitution. Plusieurs prétendants sont en lice dont le favori et proche du roi, Fouad Ali El Himma, ex vice-ministre de l'Intérieur. Les autres sont : Karim Ghellab, ministre des Transports, et Taoufiq Hejira, ministre du Logement. Le Parti Istiqlal, vainqueur des législatives, voudrait voir son chef Abbas El Fassi être sur les rangs. En plus de devoir choisir un premier ministre, le roi Mohamed VI, devra tirer les leçons de ces élections, c'est-a-dire, choisir entre le statu quo ou donner plus de pouvoir aux représentants du peuple.




Références:

(1)L'apathie politique de l'électorat marocain, L'EXPRESSE.FR 09.11.07, 19H20 www.lexpresse.fr/info/quotidien/actu.asp?id=13935 (page consultée le 7 septembre 2007)

(2) Revers des islamistes, abstention record aux élections, JEUNE AFRIQUE.COM 08 07 2007. www.jeuneafrique.com/pays/maroc/acrticle_de... (page consultée le 7 septembre 2007)

(3) KRISTIANASEN, Wendy, « Les islamistes marocains tentés par le modèle turc ». Monde diplomatique, 13 09 07.

(4) FELIX, Julien, « Les islamistes restent a la porte ». Challenger.fr, 13 09 2007

(5) L'Expresse.Fr, «L'apathie politique...», op.cit.

AUTRES RÉFÉRENCES

Surprise au Maroc, LE MONDE 10.09.07, 15H10 www.lemonde.fr/web/article.html.

Maroc : Démocraties en devenir, ALL AFRICA.COM 12.08.07 19H34 www.fr.allafrica.com/stories/200709120010.h... Jihane, « Faible représentativité des femmes au niveau local » Le matin, 13 09 2007.

Législatives : les nationalistes l emportent, NOUVEL OBSERVATEUR 10 09 07, 18H00 www.nouvelobs.com/actualites/20070910.OBS4198/

Dernière modification: 2007-09-21 09:47:47

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