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16 septembre 2007

Après Castro...qui?


Jean-Philippe Gauvin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2018
Accession de Miguel Diaz-Canel à la présidence de Cuba

septembre
2017
Ouragans sur les Caraïbes

novembre
2016
Décès de l’ex-dirigeant cubain Fidel Castro

mars
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

décembre
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

octobre
2012
Déferlement de l'ouragan Sandy sur les Caraïbes et les États-Unis

février
2008
Accession de Raul Castro à la présidence de Cuba

août
1994
Émeutes à La Havane

juillet
1989
Exécution du général cubain Arnaldo Ochoa

décembre
1988
Signature à New York d'un traité sur le conflit en Angola

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

avril
1980
Début d'un exode massif d'exilés cubains

novembre
1975
Intervention cubaine en Angola

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

janvier
1966
Ouverture de la première Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (Tricontinentale)

octobre
1962
Dévoilement par le président américain de la présence de missiles soviétiques à Cuba

janvier
1962
Exclusion de Cuba de l'Organisation des États américains

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

avril
1961
Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons

Il y a un peu plus d'un an, le chef d'État cubain Fidel Castro transférait « temporairement » ses pouvoirs à son frère Raul. Aujourd'hui, les Cubains se demandent toujours si le « Lider Maximo » sera de retour au pouvoir un jour (1). Entre-temps, l'île n'est pas laissée à elle-même : Raul, bien que peu présent devant les caméras, est bel et bien installé au pouvoir et dirige le pays.

C'est suite à une hémorragie à l'intestin que Fidel Castro transférait, le 31 juillet 2006, ses pouvoirs à son frère, le ministre de la Défense Raul Castro (2). Dès le lendemain, les autorités déclaraient la santé de Castro « secret d'État » (3). Pour sa part, le frère cadet de Fidel ne se montra pas à la télévision avant plusieurs jours. Plusieurs lui reprochent son manque de charisme. L'homme est en effet moins bon communicateur que son frère et « n'aime pas les feux de la rampe » (4).

Bien que moins connu, Raul Castro est là depuis le début de la révolution. Il a lui-même présenté Che Guevara à Fidel au Mexique et il « a été de toutes les batailles » (5). En 1989, il a également monté l'affaire Ochoa afin de faire exécuter un général prestigieux qui souhaitait l'ouverture du régime (6). Raul Castro a donc en quelque sorte une légitimité historique pour diriger le régime. De plus, étant ministre de la Défense, il contrôle l'armée, qui est la clef du pouvoir.

Depuis un an, c'est Raul qui dirige, mais pas comme Fidel. La plupart des gens sont d'ailleurs d'accord pour le dire beaucoup plus pragmatique que le « Lider Maximo » (7). Il est plus ouvert aux réformes et « certains le disent favorable à une évolution du système économique sur le modèle chinois » (8). Il a même offert par trois fois à l'administration américaine de dialoguer, offres qui furent toutes refusées. Les deux premières offres dataient du 28 août et du 2 décembre 2006, alors que la dernière fut lancée par Raul le 26 juillet 2007 lors de la fête nationale cubaine (9).

Il a également annoncé que des « changements structurels » dans l'économie étaient à l'étude, incluant un appel aux investissements étrangers (10). L'objectif est donc « d'accroître la production et surtout d'augmenter la productivité d'une économie où les salaires dérisoires n'incitent pas à travailler » (11). Raul a assuré que les changements seraient graduels. Voudrait-il donc instaurer un socialisme de marché? Une chose est certaine, tant qu'il sera dans l'ombre de son frère, jamais il n'ira jusqu'à renier les fondements de la Révolution.

Fidel Castro n'est pas mort

Malgré la maladie et la transition des pouvoirs, Fidel Castro est toujours en vie et n'est pas totalement éloigné du pouvoir. En juin 2007, il accordait une entrevue de 52 minutes à la télévision cubaine (12). Il a également été filmé en compagnie de ses alliés Evo Morales, Hugo Chavez et Daniel Ortega, présidents respectifs de Bolivie, du Vénézuela et du Nicaragua. Malgré sa santé vacillante par moments, il continue d'écrire sporadiquement dans les journaux, son premier article datant du 29 mars 2007 (13).

Dans un de ses récents articles, en date du 8 août 2007, Fidel Castro faisait savoir que Cuba pourrait priver des boxeurs cubains de se présenter aux qualifications à Chicago en vue des Jeux olympiques de Beijing (14). Jusqu'à quel point le « Lider Maximo » influence-t-il encore les décisions du Parti communiste? Difficile à dire. Il avait quand même assuré le 1er août 2007 qu'il était consulté sur toutes les décisions importantes (15). Personne ne sait s'il reprendra un jour le pouvoir ou s'il continuera à jouer un rôle similaire à celui de l'ex-dirigeant de la Chine Deng Xiaoping vers la fin de sa vie. Une chose semble certaine : l'état de santé de Castro restera un mystère pour tous. Comme le disait le chef de police de Miami, John F. Timoney : « Depuis que je suis là, Fidel est déjà mort quatre fois » (16).

À qui la succession?

La question de la succession de Castro mérite d'être posée, puisqu'à la mi-juillet, Raul Castro convoquait les élections générales. Celles-ci débuteront en octobre avec les élections des 15 000 délégués aux assemblées municipales (17). Qui donc se présentera à la présidence? Le sujet est difficile à débattre, puisqu'il tient exclusivement de la spéculation. En effet, aucun candidat n'a postulé pour la présidence (18).

Il est peu probable que Raul Castro se présente, puisqu'il est lui-même âgé et que sa santé n'est pas de fer non plus. Il pourrait toutefois rester président dans le but d'effectuer ses réformes économiques et d'aider le peuple cubain, si son frère le lui demandait. Après tout, en vertu de la Constitution, Raul Castro est l'héritier légitime de Fidel. Il ne faudrait toutefois pas négliger un possible retour de Fidel aux rênes du pays. Déjà en mars 2007, le président bolivien Evo Morales prétendait que le « Lider Maximo » serait de retour au poste le 28 avril 2007 et les hauts dirigeants cubains envoyaient une « série de signaux accréditant » cette possibilité (19). À la mi-juillet 2007, c'est le président de l'Assemblée nationale cubaine (ANPP), Ricardo Alarcón, qui disait : « Je suis sûr qu'il [Fidel] sera dans un état idéal pour continuer à assumer sa responsabilité [de président] » (20).

Deux autres membres du régime sont souvent nommés pour succéder à Castro. Ricardo Alarcón, président de l'ANPP, fut ambassadeur aux Nations unies de 1966 à 1978. Il est donc « un spécialiste de la politique américaine » et pourrait jouer un rôle important « en vue d'une éventuelle levée de l'embargo américain » (21). Pour sa part, Felipe Pérez Roque est ministre des Affaires étrangères depuis 1999. Il est secrétaire de Fidel Castro depuis l'âge de 21 ans et a aujourd'hui 41 ans (22).

Peu importe le successeur de Fidel Castro, Raul doit continuer de solidifier les institutions s'il souhaite éviter une transition difficile. Car ne l'oublions pas, 80 % des Cubains n'ont jamais connu un autre leader que Fidel Castro (23).




Références:

(1) AFP, « Un an sans Fidel Castro : Cuba en convalescence », Le Figaro, 28 juillet 2007, p. 2.

(2) Will WEISSERT, « Fidel Castro entame sa deuxième année de convalescence », La Presse Canadienne, 1er août 2007.

(3) Lamia OUALALOU, « Les inconnues de l'après-Castro », Le Figaro, 12 août 2006, p. 5.

(4) Dominique AUDIBERT, « Raul, le ?lider minimo? », Le Point, 1er mars 2007, p. 49.

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) AFP, « Cuba veut ?perfectionner l'entreprise socialiste? à sa manière », Le Devoir, 1er septembre 2007, p. C3.

(8) Pierre ROUSSELIN, « Comment les Cubains apprennent à vivre sans Fidel Castro », Le Figaro, 4 décembre 2006, p. 2.

(9) AFP, « Un an sans Fidel? », op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) Jean-Michel CAROIT, « ?Castro light? peut-il changer Cuba? », Le Monde, 17 août 2007, p. 2.

(12) Géraud de MAINTENANT, « Raul Castro, un an d'intérim à la présidence de Cuba », La Croix, 31 juillet 2007, p. 6.

(13) Loc. cit.

(14) ANONYME, « Fidel Castro pourrait priver des boxeurs cubains des Jeux olympiques », La Presse Canadienne, 8 août 2007.

(15) Will WEISSERT, op. cit.

(16) Jose de CORDOBA. « Finale for Fidel? Castro Gets Buried in Rumors ? Again », Wall Street Journal, 31 août 2007, p. A1. Traduction libre de : « Since I've been here, Fidel has died four times already ».

(17) Jean-Hébert ARMENGAUD, « Fidel Castro pourrait être réélu », Libération, 12 juillet 2006, p. 6.

(18) AFP, « Raúl Castro convoca a elecciones generales en Cuba », Cubanet News, 9 juillet 2007.

(19) AFP, « Fidel Castro de retour au poste le 28 avril? », Le Soleil, 29 mars 2007.

(20)AFP, « Raúl Castro convoca a? », op. cit. Traduction libre de : « Estoy seguro de que estará en perfectas condiciones para seguir asumiendo esa responsabilidad ».

(21) ANONYME, « Les visages de l'après-Castro », L'Actualité, Vol. 32, No. 3, 1er mars 2007, p. 14.

(22) Loc. cit.

(23) Gwynne DYER, « Cuba : et si Fidel revient? », Le Droit, 7 avril 2007, p. 21.

Dernière modification: 2007-09-21 09:49:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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