Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

16 décembre 2018

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26 July 2014

Vers une crise humanitaire


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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La question de l'immigration s'est transformée au cours de l'été 2014 en une crise humanitaire. En 2008, le gouvernement fédéral américain mit sur pied un programme pour accueillir 8000 enfants réfugiés. Or, le nombre a atteint 20 000 en 2013. Pour l'année 2014, les services américains ont donné déjà refuge à 60 000 mineurs et ils anticipent que le nombre atteindra 90 000 à la fin de l'année budgétaire au 30 septembre.

La large majorité des enfants demandant refuge aux États-Unis proviennent d'El Salvador, du Guatemala et du Honduras, trois pays en proie à la violence des gangs, le chaos et la pauvreté. Ces enfants ont presque tous des expériences vécues horribles à raconter. Une mère a répondu ceci à un journaliste qui lui demandait pourquoi elle avait envoyé son enfant vers les États-Unis : « Je préfère voir mon enfant mourir sur le chemin des États-Unis que de le voir mourir à ma porte. »

Pour envoyer leurs enfants aux États-Unis, les parents ont dû payer pas moins de 3000 $ par enfant à des passeurs qui s'occupent de les faire entrer illégalement aux États-Unis. Des dizaines de milliers d'enfants ont parcouru près de 5000 km en traversant tout le Mexique souvent accroché sur le toit des trains. Entre-temps, ils sont aussi victimes de viols et autres sévices aux mains des passeurs.

Toute cette question découle de l'application d'une loi fédérale adoptée en 2008 et signée par le président George W. Bush qui force les autorités américaines à accorder le refuge à tout enfant non accompagné d'un parent provenant de l'Amérique centrale. Cette loi a été conçue comme moyen de protéger les enfants qui ont été victimes de traite illégale, d'abus sexuels et autres crimes.

En conséquence, la loi exige comme moyen de protection des auditions par les services d'immigration pour déterminer si ces enfants immigrants doivent être expulsés ou admis comme réfugiés. Entre-temps, ils doivent être remis aux services sociaux et traités avec humanité. Or, ce processus de vérification peut prendre des mois, voire des années.

Les jeunes immigrants sont ainsi placés dans des centres de détention à travers tout le pays. Or, il apparaît que le coût des soins prodigués à un jeune mineur non accompagné s'élève entre 250 $ et 1000 $ par jour. Beaucoup de personnes trouvent que la note est trop élevée pour les contribuables américains.

Mais avec l'afflux de ces enfants réfugiés, la situation a dégénéré en une crise politique. Les villes situées dans le sud des États-Unis, le long de la frontière mexicaine, sont devenues de véritables champs de bataille entre les partisans de la loi et ceux qui préconisent un refoulement à la frontière des enfants réfugiés. En juin et juillet 2014, le débat politique s'est élargi à l'ensemble des États-Unis. Partout aux États-Unis, on voit des centaines de résidents s'opposer à l'ouverture dans leur ville de centres d'hébergement pour les jeunes réfugiés.

Les groupes de la droite américaine se sont organisé et ont tenu deux journées nationales de protestation les 18-19 juillet contre cette immigration illégale. Des protestations publiques étaient organisées dans plus de 250 villes américaines dans lesquelles les manifestants agitaient des drapeaux américains en scandant des slogans comme « Nous sommes envahis » ou « retour à l'expéditeur »

Pas de photos

Entre-temps, les républicains pressent le président Obama de se rendre à la frontière mexicaine pour constater la situation de crise sur place. Obama a refusé de s'y rendre. Les républicains ont alors comparé le refus d'Obama de ne pas visiter les installations frontalières à la réponse de George W. Bush à l'ouragan Katrina. Mais Obama ne voulait pas que l'on puisse ensuite l'accuser d'avoir incité plus d'enfants à venir aux États-Unis par la publication de photos le montrant accueillant des enfants réfugiés.

En cette année électorale de mi-mandat, il est facile de voir comment la question de l'immigration pourrait être un enjeu en novembre. Un tiers du sénat et les 435 sièges de la chambre des représentants sont en jeux. Les deux partis veulent tirer un avantage politique de la question.

Face à la crise, le président Obama a demandé au Congrès une aide humanitaire d'urgence de 3,7 milliards de dollars : 1,8 milliard de dollars pour fournir des soins temporaires aux enfants réfugiés, 1,6 milliard de dollars pour renforcer les contrôles aux frontières contre les passeurs illégaux et 300 millions de dollars pour venir en aide aux pays de l'Amérique centrale afin qu'ils découragent les parents d'envoyer leurs enfants vers les États-Unis.

Jeh Johnson, le secrétaire américain à la sécurité intérieure qui est responsable de l'immigration, souhaite que le Congrès adopte le budget spécial demandé par le président Obama et qu'il modifie la loi sur l'immigration pour la rendre plus efficace. Mais les démocrates ne sont pas capables de s'entendre avec les républicains sur cette question. Ces derniers veulent simplement modifier la loi pour forcer les jeunes mineurs à retourner chez eux sans audition.

Un sondage commandé par ABC et le Washington Post montre que la question représente un enjeu important. Toutefois, 53 % des Américains endossent la proposition de Barack Obama. Par contre, seulement 23 % des personnes interrogées déclarent approuver la position des républicains au Congrès.

Entre-temps, le président a promis de faire un nouvel effort pour fixer le système d'immigration américaine, même s'il devait agir sans le consentement du Congrès en recourant au pouvoir exécutif. Toutefois, le président John Boehner l'a lors accusé de vouloir agir seul en gouvernant par décret et l'a menacé de le poursuivre pour tentative de contournement du Congrès.

La question d'immigration aux États-Unis représente un problème majeur. La solution repose dans une approche bipartite. Mais pour cela, il faut que les républicains contrôlent les éléments extrémistes anti-immigration de leur partie. S'ils n'agissent pas rapidement, ils vont perdre tout soutien politique au sein de la communauté latino. À long terme, cela pourrait mettre en danger leur propre survie politique.



Dernière modification: 2014-08-25 09:07:01

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