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30 mars 2008

Lueur d'espoir dans l'unification de la péninsule coréenne ?


Simon-Pierre Lussier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

juin
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

avril
2018
Sommet entre les leaders de la Corée du Sud et de la Corée du Nord

juillet
2017
Lancement d’un missile nord-coréen qui serait capable d’atteindre les États-Unis

décembre
2011
Décès du leader nord-coréen Kim Jong-il

février
2007
Entente sur un éventuel démantèlement du programme nucléaire nord-coréen

octobre
2006
Premier essai nucléaire en Corée du Nord

juin
2000
Tenue d'une rencontre historique entre les chefs d'État des deux Corées

juillet
1994
Décès du président nord-coréen Kim Il-sung

juin
1950
Déclenchement de la guerre de Corée

Le deuxième sommet intercoréen tenu à Pyongyang en Corée du Nord, s'est déroulé du 2 au 4 octobre 2007. L'objectif de ces sommets est d'établir une communication, déficiente en temps normal, de haut niveau entre les dirigeants des deux Corée sur des sujets politiques et économiques. Bien que l'objectif central soit d'établir un lien de communication, ces sommets sont d'une importance capitale dans le contexte actuel des deux Corée. Celui-ci est marqué par des divergences économiques et politiques profondes, la menace nucléaire ainsi que des pressions internationales sur les deux pays. Ce travail a pour but de montrer le déroulement de l'événement et comment ce sommet ad hoc a pu avoir lieu.

Le genèse des Corée

Tout d'abord, il est important de revisiter l'histoire ayant mené à la division de la péninsule coréenne. Après la reddition du Japon et la fin de la Seconde Guerre mondiale, les forces alliées se sont réparties sur le territoire coréen auparavant contrôlé par les Japonais. Les Russes ont pris le Nord jusqu'à Pyongyang, l'actuelle capitale de la Corée du Nord, alors que les Américains ont occupé le Sud. En 1946, la commission conjointe États-Unis/URSS visant à la création d'un gouvernement coréen est dissoute et les deux pays sont établis en 1948(1).

À partir de ce moment, l'organisation politique des deux Corée a suivi le régime qui en assurait la gouvernance intérimaire. La Corée du Sud a tenu une élection présidentielle et les Soviétiques ont nommé le Secrétaire général du Parti du travail de Corée, Kim Il-sung, en tant que Premier ministre de la Corée du Nord(2).

À la suite des élections de 1950 en Corée du Sud, la Corée du Nord exige que celles-ci soient tenues à nouveau. Cette demande est restée lettre morte et l'armée nord-coréenne traverse la frontière le 25 juin 1950 afin de réunir la péninsule, ce qui déclencha la guerre de Corée. Le conflit s'insérant dans le cadre plus large de la guerre froide, les forces occidentales et de la Chine communiste o-nt ainsi pris part au conflit. L'armistice, toujours en vigueur, est obtenu le 27 juillet 1953. Il résulte pratiquement en un statu quo de la frontière nord-sud par rapport à la frontière d'avant-guerre(3).

Le retour de la menace nucléaire

S'il y avait un seul dossier marquant les relations entre les deux Corée au cours des dernières années, ce serait sans contredit celui du programme nucléaire nord-coréen. Le développement de l'arsenal nucléaire a en fait commencé dès les années 1950, mais c'est dans les années 1970 que Kim Il-Sung déclare que la dissuasion nucléaire est nécessaire à la survie du régime(4).

Il faut cependant attendre l'année 2003 pour que Pyongyang montre explicitement ses intentions, c'est-à-dire en se retirant du Traité de non-prolifération [nucléaire] (TNP). Cela va déclencher ce qu'on appelle les « pourparlers à six »(5), dont la première ronde a lieu en août de la même année. Ces pourparlers tournent autour de l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire, de la normalisation des relations diplomatiques et des échanges (ou des sanctions) économiques ainsi que du désarmement nucléaire(6).

Néanmoins, les quelques gains obtenus lors des premières rondes de ces pourparlers ont été éclipsés par le test nucléaire de Pyongyang, le 9 octobre 2006. À partir des pourparlers de février 2007, il a notamment été convenu de fournir de l'aide énergétique (du pétrole) à la Corée du Nord en échange de la fermeture de sa centrale de raffinage(7).

Cet essai a certainement contribué à la tenue du deuxième sommet intercoréen dont il est question en début d'article. Ce sommet était d'une importance historique, puisqu'il s'agissait seulement de la deuxième fois en près de six ans que les leaders des deux pays se rencontraient(8). Cette rencontre s'est soldée par une déclaration conjointe en huit points dont l'essentiel se résume à : la volonté de travailler dans le respect et la confiance, réduire les tensions de toutes sortes et mettre fin à l'armistice, développer une coopération dans plusieurs secteurs - économie, culture, technologie, etc. - et augmenter la coopération humanitaire(9). Ce sommet s'insère dans le processus de réunification des deux Corée. Ce processus est graduel et, de façon générale, souhaité par les deux « nations », même s'il y a débat sur la façon de procéder.

Cahots sur le chemin de la réunification

La route vers la réunification des deux Corée en est une longue et difficile, car avant 1991 le dialogue entre les deux pays était sporadique et rarement marqué par le succès. À ce moment, un accord de fondation(10) a été signé. Celui-ci apportait des signes encourageants dans cette voie de réunification, mais il a été stoppé en raison de tensions dans le dossier nucléaire(11).

Pour voir des progrès, il a fallu attendre 1998 et la politique du rayon de soleil(12) du Président sud-coréen de l'époque Kim Dae Jung. Cette politique était marquée par trois principes de base qui expriment la volonté du Sud pour la coexistence pacifique et la coopération(13). Cela signifie implicitement que la Corée du Sud ne désire pas absorber ou déstabiliser l'autre régime et positionne la réunification comme un objectif à long terme. Cette politique était d'ailleurs à l'origine du premier sommet intercoréen(14).

La déclaration du Président américain George W. Bush décrivant la Corée du Nord comme faisant partie de l'axe du mal à la suite des attentats du 11 septembre 2001, a endommagé gravement les liens et les initiatives qui commençaient à se développer entre les deux pays. Le Président Roh Moo-hyun (2003-2008) a néanmoins poursuivi la politique de son prédécesseur avec notamment : le maintien de la zone touristique de Kumgangsan (Corée du Nord) et le développement de la région industrielle de Kaesong(15). Plusieurs centaines de millions de dollars en aide directe avaient également été fournis par la Corée du Sud jusqu'en janvier 2006, date à partir de laquelle la Corée du Nord a mis en vigueur sa décision de cesser d'accepter de l'aide(16).

En dehors des problèmes de sécurité posés par la Corée du Nord avec la poursuite du programme nucléaire et les tests de missiles balistiques en 2006, plusieurs autres obstacles sont à franchir avant que la péninsule coréenne puisse entrevoir son unification. Tout d'abord, les premières tentatives d'intégration économique ont donné des résultats timides. Néanmoins l'importance d'investir maintenant en Corée du Nord est criante pour éviter une surcharge ultérieure(17). C'est pourquoi des politiciens qui tiennent un discours normalement plus rigide tels que Lee Myung-bak, récemment élu président de la république, ont adopté le plan de la Communauté économique coréenne. Cependant, nous sommes encore loin d'en voir l'accord(18).

Des problèmes de nature politique pointent également à l'horizon. Nous avions mentionné le nouveau président Lee. Celui-ci a soulevé la controverse à plusieurs reprises dans le premier mois de son mandat, particulièrement en nommant plusieurs ministres reconnus comme étant conservateurs, dont le ministre de la Réunification, ainsi qu'en exigeant la démission de plusieurs dirigeants d'agences gouvernementales nommés par son prédécesseur(19).

Finalement, il y a un manque de support international à l'idée de l'unification. En effet, certaines analyses perçoivent le maintien du régime actuel comme étant dans l'intérêt de la Chine. Ils soutiennent notamment que la Corée du Nord représente une zone tampon entre la Corée du Sud et le Japon, tous deux influencés par les États-Unis, et que la réunification réduirait les investissements de la Corée du Sud en Chine(20).




Références:

(1) EN.WIKIPEDIA.ORG, North Korea-South Korea relations, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/North_Korea-South_Kor... page consultée le 24 mars 2008

(2) Ibid.

(3) EN.WIKIPEDIA.ORG, Korean war, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Korean_War, page consultée le 27 mars 2008

(4) EN.WIKIPEDIA.ORG, Timeline of North Korea nuclear program, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/North_Korea_Nuclear_P... page consultée le 27 mars 2008

(5) Les six pays participant aux pourparlers : Chine, Corée du Nord et du Sud, États-Unis, Japon et Russie.

(6) EN.WIKIPEDIA.ORG, Six-party talks, http://en.wikipedia.org/wiki/Six-party_talks, page consultée le 27 mars 2008

(7) Ibid.

(8) BBC NEWS, Korean leaders in historic talks, [En ligne], http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/7023079.stm, page consultée le 27 mars 2008

(9) BBC NEWS, Outline of Korea summit statement, [En ligne], http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/7027336.stm, page consultée le 27 mars 2008

(10) Traduction libre de « Basic agreement », signé le 13 décembre 1991.

(11) EN.WIKIPEDIA.ORG, Foreign relations of North Korea, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Foreign_relations_of_... page consultée le 24 mars 2008

(12) Traduction de « Sunshine policy », elle origine d'une fable d'Ésope dans laquelle le soleil et le vent rivalisent pour retirer le manteau d'un homme. Ce dernier resserre son étreinte sur son manteau lorsque le vent souffle, mais le retire sous la chaleur et le beau temps apporté par le soleil.

(13) FOREIGN & COMMONWEALTH OFFICE [of the United Kingdom], Country Profile : North Korea, [En ligne], http://www.fco.gov.uk/servlet/Front?pagename=OpenM... page consultée le 24 mars 2008

(14) EN.WIKIPEDIA.ORG, Sunshine policy, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Sunshine_Policy, page consultée le 27 mars 2008

(15) Située à 6km au nord de la zone démilitarisée et à une heure de Séoul : environ 250 compagnies sud-coréennes y étaient établies en 2007, employant 100 000 Nord-coréens. Le projet est prévu pour être complété en 2012 et les objectifs visent 750 000 personnes y travaillant. Source : MOON, Ihlwan, « Bridging the Korean Economic Divide », Business Week, [En ligne], http://www.businessweek.com/globalbiz/content/mar2... page consultée le 29 mars 2008, aussi voir op. cit. EN.WIKIPEDIA.ORG, Sunshine policy

(16) op. cit. FOREIGN & COMMONWEALTH OFFICE

(17) EN.WIKIPEDIA.ORG, Korean reunification, [En ligne], http://en.wikipedia.org/wiki/Korean_reunification, page consultée le 27 mars 2008

(18) ENGLISH.CHOSUN.COM, Lee Myung-bak Unveils Inter-Korean Cooperation Plans, [En ligne], http://english.chosun.com/w21data/html/news/200709... page consultée le 27 mars 2008

(19) THE HANKYOREH, President Lee's first month in office, [En ligne], http://english.hani.co.kr/arti/english_edition/e_n... page consultée le 24 mars 2008

(20) CSIS, Octobre 1998, « Great Power Interests in Korean Reunification », page iv dans Charles L. PRITCHARD, « Korean Reunification: Implications for the United States and Northeast Asia », Uri Party Foundation : International Symposium on Peace and Prosperity in Northeast Asia, [En ligne], http://www.brookings.edu/views/papers/fellows/prit...

Dernière modification: 2008-04-04 09:55:10

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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