Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

12 décembre 2018

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22 March 2008

Crise en Amérique du Sud


Maxime Asselin-Blain
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

April
2016
Tremblement de terre en Équateur

November
1986
Fondation de la Confédération des nations indigènes de l'Équateur

May
1981
Décès du président de l’Équateur, Jaime Roldos Aguilera

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

April
1979
Élection de Jaime Roldos Aguilera à la présidence de l'Équateur

February
1972
Renversement du gouvernement de Jose Maria Velasco Ibarra en Équateur

May
1969
Création du Pacte andin

June
1968
Élections en Équateur

November
1961
Chute du gouvernement de José Maria Velasco Ibarra en Équateur

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

June
1948
Élection de Galo Plaza Lasso à la présidence de l'Équateur

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

Le 7 mars 2008 s'est tenu à Saint-Domingue, en République dominicaine, un sommet du Groupe de Rio. Ce regroupement est une instance régionale informelle qui rassemble 20 pays d'Amérique du Sud et des Caraïbes. Le sujet principal de cette rencontre a été la vive tension politique qui oppose depuis le 1er mars la Colombie à l'Équateur et au Venezuela. C'est un allié de Hugo Chavez, le président nicaraguayen Daniel Ortega, qui a contribué à faire diminuer la tension entre les trois États. À l'issue de la rencontre, les dirigeants des trois pays qui ont été en rivalité se sont serrés la main. Les participants ont aussi adopté la Déclaration de Saint-Domingue, dans laquelle la violation de l'intégrité territoriale de l'Équateur est dénoncée (1).

Opération de l'armée colombienne en Équateur

L'événement à l'origine de cette rencontre s'est produit le 1er mars. À l'aube, une opération de l'armée colombienne, appuyée par des forces aériennes, a eu lieu à la frontière avec l'Équateur. Le président équatorien Rafael Correa avait été informé de la présence de l'armée dans le département de Putuyamo, au sud de la Colombie. Durant l'opération, un camp des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) a été attaqué. Le campement des FARC était situé en Équateur, à moins de deux kilomètres de la frontière avec la Colombie (2).

Le bilan de l'offensive de l'armée est de 26 morts. Le numéro deux et porte-parole des FARC, Raul Reyes, a été tué lors du raid de l'armée colombienne. Reyes était le principal visage public des FARC. C'est lui qui rédigeait les communiqués et était en contact avec les journalistes. Il jouait en quelque sorte le rôle d'un ministre des Affaires étrangères. La mort de Reyes représente la provocation la plus importante de l'État colombien depuis que les FARC ont été créées en 1964. Le Département d'État américain avait offert une récompense de 5 millions de dollars à quiconque fournirait des informations permettant d'arrêter le numéro deux des FARC (3).

De plus, l'attaque de l'armée colombienne a provoqué la mort de Julian Conrado, un important commandant des FARC. Cet homme était un compositeur de chansons révolutionnaires que les membres des FARC écoutaient. Son vrai nom était Guillermo Enrique Torres Cueter. Ce sont donc deux membres importants de la guérilla d'extrême-gauche qui sont décédés (4).

L'élément déclencheur de la crise

Étant donné l'importance de l'opération militaire menée par l'armée colombienne, il est certain que les réactions ne se sont pas fait attendre. Le premier acteur à réagir a été l'Équateur, dont la souveraineté territoriale a été violée par le pays voisin. Il est à noter que le droit international interdit des manoeuvres militaires comme celle à laquelle s'est livrée la Colombie. En raison de la souveraineté que les États ont sur leur territoire, un État ne peut mener une opération militaire telle que celle qui a eu lieu en Équateur. Quito a donc manifesté son mécontentement en rappelant son ambassadeur en Colombie et en ordonnant l'expulsion immédiate de l'ambassadeur colombien. L'État équatorien a aussi ordonné la mobilisation des troupes à la frontière (5).

Autre pays voisin de la Colombie, la Venezuela a aussi réagi vivement par rapport aux événements survenus à la frontière entre l'Équateur et la Colombie. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, a fermé l'ambassade de Bogota et a rappelé tous les diplomates. Le 2 mars, le président a mobilisé l'armée de l'air et a envoyé dix bataillons, c'est-à-dire 9000 hommes, à la frontière avec la Colombie. Chavez a indiqué qu'une incursion en sol vénézuélien serait considérée comme un motif de guerre (6).

Le 5 mars, la tension a encore monté en Amérique du Sud. La Colombie a affirmé vouloir porter plainte contre Hugo Chavez devant la Cour pénale internationale. Les autorités colombiennes accusent Chavez de financer les FARC. Quant au président équatorien, il a qualifié le président colombien Alvaro Uribe de menteur éhonté et l'a accusé de vouloir la guerre. Correa a prévenu Uribe que l'Équateur était prêt à faire face aux conséquences ultimes (7). Dans un tel climat politique, on comprend mieux pourquoi un sommet s'est avéré nécessaire pour réconcilier les différents acteurs.

Pourquoi le Venezuela s'en est-il mêlé?

La crise politique qui s'est déroulée au mois de mars soulève une question importante. À l'origine, l'incident n'impliquait que deux pays. On peut donc être porté à se demander pourquoi le Venezuela s'est retrouvé à jouer un rôle important dans le conflit. Deux raisons expliquent cela. En premier lieu, il faut savoir que Chavez et Correa sont des alliés. Les deux dirigeants sont issus du même courant idéologique. Lorsque Rafael Correa a été élu en 2006, il a fait part de sa volonté d'implanter en Équateur le socialisme du 21e siècle (8). Le Venezuela a donc appuyé l'Équateur dans ce conflit en raison des liens qui existent entre les deux présidents.

En second lieu, le Venezuela a pris part au conflit parce qu'il avait déjà de mauvaises relations avec la Colombie voisine. Comme l'explique le journaliste Saul Hudson, Chavez et Uribe vivent depuis un certain temps une tension politique importante à cause de la médiation menée par Chavez avec les FARC pour les persuader de libérer des otages (9). Uribe n'a pas apprécié l'implication de Chavez et a mis fin à la médiation au mois de novembre. Le président colombien a accusé Chavez de se mêler des affaires internes de la Colombie.

Enfin, Chavez est aussi en opposition avec la Colombie parce que les Etats-Unis fournissent une aide militaire colossale à Uribe pour qu'il combatte les FARC et le trafic de drogue. La problématique de la présence des FARC en Colombie est complexe puisque les Etats-Unis et la Colombie les considèrent comme une organisation terroriste, alors que les pays voisins pensent que les FARC sont un acteur politique engagé dans une guerre civile (10). La solution à la présence des FARC en Colombie, qui a une importance régionale, nécessitera probablement un dialogue ouvert entre les différents acteurs pour parvenir à un règlement...




Références:

(1) CAROIT, Jean-Michel. La Colombie, l'Équateur et le Venezuela se réconcilient, Le Monde, [En ligne], 10 mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(2) SEQUEIRA, Vivian. Le No2 des FARC tué par l'armée colombienne, La Presse Canadienne, [En ligne], 1er mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(5) [S.A.]. NDLR : Lundi 3 mars 2008, La Presse Canadienne, [En ligne], 2 mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(6) HUDSON, Saul. Mouvements de troupes à la frontière vénézuelo-colombienne, Le Devoir, [En ligne], 3 mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(7) [S.A.]. NDLR : Mercredi 5 mars 2008, La Presse Canadienne, [En ligne], 4 mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(8) COUTURIER, Marie. Caracas et Quito envoient des troupes à la frontière colombienne, La Croix, [En ligne], 4 mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(9) HUDSON, Saul. Mouvements de troupes à la frontière vénézuelo-colombienne, Le Devoir, [En ligne], 4 mars 2008, http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (Page consultée le 23 mars 2008).

(10) COUTURIER, Marie. Op. cit.

Dernière modification: 2008-03-31 08:01:43

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