La tension serait à un seuil critique entre l'
Érythrée et l'
Éthiopie. Environ 7 ans après la signature d'un accord de paix entre les deux belligérants, « les signes pointent clairement vers une rés
urgence du conflit » (1), selon Yves Sorokobi, porte-parole des Nations unies (ONU). En fait, l'ONU a été contrainte de délocaliser les troupes de la Mission des Nations unies en
Éthiopie et en
Érythrée (MINUEE) à cause du manque de coopération de l'
Érythrée. Le
président Issayas Afeworki a dénoncé la présence de soldats éthiopiens sur le territoire de son pays et le manque d'impartialité de la MINUEE. Il a alors décidé de cesser l'approvisionnement de la MINUEE en carburant, paralysant ainsi la Mission. Un bref retour dans le passé sera utile à la compréhension de la situation actuelle.
Portrait du plus jeune pays d'Afrique
L'
Érythrée obtient son indépendance de l'
Éthiopie par voie référendaire en mai 1993. Les résultats de la consultation populaire - 99,8 % de oui - mettent fin à une longue guerre de libération qui a duré 30 ans et qui a contribué à créer un fort sentiment national (2). Les différentes ethnies, religions et langues n'ont pas été une barrière à la création du nouvel État. En contrepartie, les quelques décennies de guerre ont ravagé le pays aux prises avec des famines chroniques, un manque d'activité économique et un taux d'analphabétisme élevé (environ 70 %). La pauvreté du pays et de sa population le rend d'ailleurs dépendant de l'aide extérieure.
L'indépendance faite, l'
Érythrée est dirigée par le
président Issayas Afeworki, élu par les membres du Parlement. Il est toujours en poste en 2008. Pour bien comprendre l'organisation politique du pays, il faut savoir que le Parlement est composé uniquement de membres du Front populaire pour la
démocratie et la justice (FPDJ). Ce groupe est l'extension du Front populaire de libération de l'
Érythrée (FPLE) qui a mené à l'indépendance. Une
Constitution prévoyant le multipartisme et des institutions
démocratiques a été ratifiée en mai 1997. Cependant, elle n'a jamais été appliquée, car elle nécessite la tenue d'élections législatives et
présidentielle qui ont été repoussées indéfiniment.
Officiellement, c'est un contentieux territorial qui est à l'origine de la guerre de 1998 entre l'
Érythrée et l'
Éthiopie. Officieusement, plusieurs avancent l'hypothèse que l'
Éthiopie voulait retrouver le chemin vers la mer Rouge et le port d'Assab, perdu en 1993 (3). La guerre se termine deux ans plus tard après avoir fait plus de 80 000 morts.
L'
Accord d'Alger, signé en décembre 2000, met fin aux hostilités. Les deux pays approuvent la mise en place de la MINUEE et s'entendent sur les délimitations frontalières. Néanmoins, à la lumière des événements des derniers mois, il est évident qu'une véritable paix n'a pas vu le jour en décembre 2000. Qui plus est, le pays est aux prises avec une crise humanitaire considérable. Les quatre dernières années de sécheresse ont provoqué une pénurie alimentaire pour plus de la moitié de la population du pays. L'accès à l'eau potable est rare et le nombre de personnes réfugiées et déplacées des suites de la guerre se chiffre à un million (4).
Une mauvaise réputation
L'
Érythrée ne jouit pas d'une très bonne réputation en ce qui a trait à ses politiques intérieures. Par exemple, l'
organisation non gouvernementale (
ONG) Reporters sans frontières (RSF) classe l'
Érythrée au tout dernier rang des 169 pays dans son classement mondial de la liberté de presse (5). Human Rights Watch fait état de cas de tortures, de détentions de prisonniers dans des conditions inhumaines et de persécutions liées à la religion, et ce, depuis la création du nouvel État (6). L'
ONG Amnesty International déplore le fait que l'
Érythrée ne respecte pas les
traités relatifs aux droits de l'homme auxquels elle s'est engagée par ratification (7). En fait, aucune
ONG n'est tolérée sur le territoire érythréen. De plus, Freedom House classe le pays dans la catégorie peu convoitée des États non libres. L'organisation atteste que le système judiciaire est défaillant, faisant état de procès expéditifs, secrets et sans droit à un avocat pour l'accusé (8). À la lumière de ces exemples, il semble clair que la politique intérieure de l'
Érythrée est loin d'être
démocratique.
En matière de relations internationales, l'
Érythrée ne semble pas jouir d'une bonne réputation non plus. Concrètement, les relations avec les
États-Unis ne font que se détériorer. D'une part, l'
Érythrée accuse les
États-Unis de favoriser les revendications de l'
Éthiopie dans l'épineux dossier de la frontière. Et de l'autre, les
États-Unis incriminent l'
Érythrée de commanditer le
terrorisme international, surtout en ne respectant pas le
blocus de vente d'armes vers la
Somalie (9). Les relations avec l'Union européenne ne vont pas dans le bon sens non plus.
Seul partenaire d'envergure du pays, la
Chine contribue largement à l'aide humanitaire et aux investissements dans les infrastructures. Il ne faut pas oublier que l'
Érythrée posséderait vraisemblablement des ressources inexploitées en or et en hydrocarbures (10).
Enfin, 15 ans après son accession à l'indépendance, l'
Érythrée reste un pays sous-développé - 70 % de sa population vit sous le seuil de la pauvreté -, non
démocratique et dépendant de l'aide étrangère. Il semble aussi peu probable que le conflit territorial se résorbe d'ici peu. Malgré tout, la jeunesse du pays, qui compte pour 41 % de la population (moins de 16 ans), vit de plus en plus à la manière occidentale (11). Certains y verront une lueur d'espoir.