Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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16 March 2008

Les Conservateurs toujours plus forts en Alberta ?


Sébastien Labelle
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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En s'attardant un peu à la politique albertaine, le terme qui nous apparaît spontanément est celui de la stabilité! Avec une victoire écrasante aux élections du 3 mars 2008, le Parti progressiste-conservateur de l'Alberta (PC) confirme sa position prédominante dans la province dont il dirige les destinées depuis des décennies. Depuis les élections de 2004, le PC « régnait » déjà au Parlement avec une majorité appréciable de 62 députés sur une possibilité de 83 (1). Mais c'est un résultat encore plus significatif qu'est allé chercher Ed Stelmach. Il a en effet fait élire 72 députés conservateurs à l'Assemblée législative de l'Alberta, récoltant au passage 54% du vote total (2). Stelmach, chef du PC depuis le 3 décembre 2006 (3), a donc bien réussi son pari, celui de renforcer la majorité de son groupe parlementaire et de se faire élire premier ministre.

À la suite du départ précipité de Ralph Klein, en décembre 2006, le PC avait confié les rênes du pouvoir et du parti à Ed Stelmach. S'il devenait premier ministre de facto, ce dernier se devait de réussir le test des élections pour asseoir son leadership au PC. Avec cette victoire sans équivoque aux élections, Stelmach remporte une double victoire, celle de voir confirmer la vision conservatrice de l'économie et celle d'accentuer la chute des libéraux en Alberta. Les troupes de Kevin Taft, chef du Parti libéral, ne faisant élire que 9 députés, obtiennent néanmoins le rôle d'opposition officielle (4). Autre chiffre sans surprise, celui du faible taux de participation à l'élection, soit 41%. « Le désintérêt politique en Alberta se traduit par le plus faible taux de participation électorale des provinces canadiennes » (5). Ce phénomène, surtout observable chez les nouveaux résidents, suivrait l'idée que ces nouveaux travailleurs sont peu intéressés à la politique d'une province qui n'est pas la leur. La plupart de ces gens ne sont là que pour un court moment avant de quitter pour leur province d'origine, ce qui explique leur peu d'intérêt pour la chose politique (6).

Enjeux : économie et environnement

Le principal enjeu de cette campagne a été l'avenir économique de la province. L'on a surtout évoqué la problématique et les conséquences d'un éventuel ralentissement économique aux États-Unis, principal marché d'exportation de l'or noir albertain. L'économie, par laquelle passe le « développement des sables bitumineux est un enjeu omniprésent de cette campagne, de façon explicite ou implicite. Que l'on parle de la santé financière future de la province, d'infrastructures ou de services publics insuffisants, de crise du logement, de pénurie de main-d'oeuvre ou d'inflation galopante, tout revient à ce développement débridé des sables bitumineux » (7). L'exploitation des ressources naturelles, dont le pétrole et le gaz naturel, représente une large part du PIB albertain, en croissance de 3,7% cette année. De plus, environ 20 % des employés de la province sont rattachés d'une manière directe ou indirecte à un emploi relevant de l'exploitation des ressources naturelles (8).

Rappelons que les surplus monstres engrangés par le gouvernement albertain ont permis une annulation complète de l'impôt provincial chez les contribuables de la province et même une remise financière à chaque famille. Pour mousser leur campagne, les conservateurs se sont notamment appuyés sur leur bilan économique des dernières années, en rappelant la croissance économique phénoménale, le plein emploi et l'enrichissement collectif. Les libéraux ont tenté de soulever le débat sur d'autres thèmes : l'inflation grandissante, la hausse de l'indice du coût de la vie, les problèmes d'accueil des travailleurs et les infrastructures insuffisantes. Les libéraux ont tenté d'amener les conservateurs à reconnaître les mauvais côtés de cette croissance rapide de l'économie albertaine en soulignant ses aspects négatifs.

En ce qui concerne les enjeux environnementaux en Alberta, la question a intéressé, somme toute, un auditoire attentionné et grandissant chez des électeurs et ce, malgré la tiédeur du PC sur le sujet. Pourtant, il n'y aura pas de grands bouleversements dans ce dossier, Stelmach refusant l'idée proposée par les libéraux d'un moratoire sur l'exploitation des sables bitumineux. Selon ce dernier, il n'est pas question de fragiliser l'économie provinciale et de renforcer les normes restrictives à l'industrie dans le domaine de réduction des gaz à effet de serre (GES). Selon les dires des députés conservateurs, l'adoption de normes restrictives appliquées à l'industrie ferait fuir les capitaux étrangers vers des régions du monde ou de telles normes n'existent pas. La solution des conservateurs dans le domaine environnemental s'échelonne sur beaucoup plus longtemps et prévoit des réductions majeures des GES à partir de 2020 seulement. Ce plan prévoit des réductions de GES de l'ordre de 200 mégatonnes annuellement vers 2050 (9).

Les 37 ans du Parti Conservateur

En regardant en arrière, on se rend compte que la domination du PC remonte à plusieurs années déjà. En faisant élire son premier gouvernement aux élections générales de 1971, le PC posait ainsi les assises du futur politique albertain pour les trente années à venir. Durant cette époque, ce ne sont pas moins de 11 gouvernements conservateurs qui se sont succédé à l'Assemblée législative albertaine jusqu'à ce jour et ce, sans aucune interruption (10).

On peut trouver plusieurs explications plausibles à cette longévité. Tout d'abord, nombreux sont les partisans albertains d'une relative autonomie de la province face à Ottawa. Les courantes immixtions du gouvernement fédéral dans les affaires de la province, notamment en ce qui concerne l'exploitation pétrolière, en agaceraient plusieurs. Le PC joue depuis longtemps la carte de « l'indépendance », sinon de l'affrontement face au pouvoir fédéral, ce qui pourrait expliquer une part du vote pour ce parti « qui se tient face à Ottawa ».

Il y aurait également la crédibilité du parti qui, sans promettre mer et monde, s'en tient toujours à une vision simple et plutôt bien appliquée des différentes politiques choisies. D'autres y voient également la peur du changement politique et de voir arriver un Parti libéral qui aurait perdu l'habitude du pouvoir. Selon Bruce Foster, professeur de politique au Mount Royal College de Calgary, « Les Albertains souffrent du syndrome de Stockholm. Ils aiment leurs ravisseurs et craignent d'abandonner ce qu'ils connaissent. Ils se sont tellement habitués aux conservateurs après 37 ans de règne qu'ils sont mal à l'aise ou même incapables d'envisager voter pour un autre parti » (11).

Parions que le PC, sachant tirer profit de la manne que lui offre le pétrole et de l'intérêt des Albertains pour la gestion serrée de cette ressource, est là pour encore longtemps. Il peut garantir un plein emploi et une faible incursion fédérale dans l'Économie albertaine, ce qui est certainement un atout pour se faire élire à répétition.




Références:

(1) Elections Alberta, Welcome to elections Alberta, 4 mars 2008, (En ligne) http://results.elections.ab.ca/wtResults.htm, (page consultée le 15 mars 2008)

(2) Elections Alberta, op. cit.

(3) Parti conservateur-progressiste de l'Alberta, Change that works for Albertans, 12 mars 2008 (En ligne) http://www.albertapc.ab.ca/admin/contentx/default.... (page consultée le 15 mars 2008)

(4) Elections Alberta, op. cit.

(5) Société Radio-Canada, Le Téléjournal/Le Point, 29 février 2008, lectrice Céline Galipeau, (En ligne) http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (page consultée le 14 mars 2008)

(6) Société Radio-Canada. Dossier- Élections en Alberta, 15 mars 2008 (En ligne) http://www.radio-canada.ca/regions/electionsAlbert... (page consultée le 156 mars 2008)

(7) CORNELLEIR, Manon. « On veut du changement! », Le Devoir, lundi 3 mars 2008, p a-1 (En ligne) http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... page consultée le 15 mars 2008

(8) Statistiques Canada, Études spéciales, 13 mars 2008, (En ligne) http://www.statcan.ca/francais/ads/11-010-XPB/pdf/... (page consultée le 14 mars 2008)

(9) Société Radio-Canada, Dossier Alberta op. Cit.

(10) CORNELLIER, Manon. Op. cit.

(11) CORNELLIER, Manon, « Apathique les Albertains ? », Le Devoir, samedi 8 mars, p. b-2 (En ligne) http://www.biblio.eureka.cc.ezproxy.usherbrooke.ca... (page consultée le 15 mars 2008)

Dernière modification: 2008-03-21 08:26:08

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