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2 mars 2008

Chypre: Entre l'Orient et l'Occident


Natacha Kalasa
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

avril
2004
Référendum à Chypre sur le plan Annan

avril
2003
Annonce de l'adhésion de dix pays à l'Union européenne

novembre
1983
Proclamation de la République indépendante du nord de Chypre

août
1977
Décès du président de Chypre, Makarios III

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

juillet
1974
Fin du régime des colonels en Grèce

juillet
1974
Intervention turque à Chypre

mars
1964
Arrivée des forces des Nations unies à Chypre

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

Le 24 février 2008, Demetris Christofias, chef d'AKEL (parti d'allégeance communiste), a été élu président de la République de Chypre. Dès le premier tour, le président sortant M. Papadopoulos (centre droit) avait été éliminé, laissant Ioannes Kasoulides (droite chypriote) et M.Christofias continuer la course. Ce sont les propositions concernant les relations à entretenir avec la République turque chypriote qui ont été les éléments déterminants du vote (1). En effet, à la suite de 4 années sans évolution dans le dialogue entre les Chypriotes turcs et grecs, M.Christofias et M.Kasoulides proposaient un rétablissement des négociations.

Histoire d'un différend

L'île de Chypre est située en mer Méditerranée. Sur cette île cohabitent difficilement une importante communauté grecque orthodoxe et des Turcs musulmans. Chypre est divisée en deux territoires. Au Sud se trouve la République de Chypre, membre de l'Union européenne et des Nations unies, et au Nord, la République turque de Chypre du Nord qui n'est reconnue que par la Turquie et qui n'existe que depuis 1983.

Les origines de la mésentente entre les Grecs et les Turcs chypriotes remontent à 1960, au moment où Chypre acquiert son indépendance du Royaume-Uni. La Constitution du pays avait été écrite dans un esprit d'entente entre les deux communautés (2). Cependant, peu de temps après son entrée en vigueur, les Chypriotes turcs se sentent mal représentés au sein du nouvel État et Chypre dépose une plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour dénoncer l'ingérence turque dans ses affaires intérieures (3). S'ensuivent 10 années durant lesquelles les crises constitutionnelles et les actes de terrorisme, tels que les tentatives d'assassinat du président Makarios, se succèdent.

La division de Chypre en deux parties date du mois de juillet 1974. Elle fait suite à un coup d'État de la garde nationale qui voulait que Chypre soit rattachée à la Grèce. Le président Makarios est renversé. Le gouvernement turc envoie dans le nord de l'île des soldats pour protéger la minorité turque chypriote et le gouvernement grec réagit en envoyant lui aussi des soldats à Chypre. Très rapidement, les troupes turques progressent sur le territoire jusqu'à Nicosie (capitale du pays). D'importants mouvements de population ont été remarqués en 1974 lors du déploiement de l'armée turque à Chypre : près de 180 000 Chypriotes grecs se sont déplacés vers le sud (4).

Face à l'enchaînement rapide des évènements, le Conseil de sécurité des Nations unies décide de changer le mandat de la Force des Nations unies chargée du Maintien de la Paix à Chypre (UNFICYP). Cette mission, créée en 1964, avait pour mandat d'empêcher la reprise des hostilités entre les communautés grecques et turques à la suite de l'indépendance de l'île (5). La UNFICYP est donc chargée de faire respecter le cessez-le-feu entre les deux parties et d'établir une zone tampon qui traverse Chypre de l'est à l'ouest, coupant la capitale en deux. Cette ligne appelée « ligne verte », ou encore « ligne Attila », est longue de 180 Kms et sépare Chypre en deux zones de superficie inégale, la zone nord consistant en 40% du territoire. Un mur assez semblable à celui de Berlin a été construit à Nicosie et sépare les zones grecques et turques.

Tendre la main vers l'Ouest

La question de la division de l'île n'est toujours pas réglée. L'annonce de l'entrée de dix nouveaux pays dans l'Union européenne (UE) en 2004, dont Chypre, laissait entrevoir une solution à ce problème ayant survécu à la Guerre froide. La République turque de Chypre du Nord n'étant reconnue que par la Turquie, l'adhésion à l'UE n'était valide que pour la partie grecque de l'île. Aussi, l'Organisation des Nations unies (ONU) avait conçu un plan pour établir une fédération entre la République chypriote et la République turque chypriote avec une présidence alternée. Le plan a été soumis à un référendum le 24 avril 2004 dans les deux parties de l'île. Le plan a été rejeté à 76% par les Chypriotes grecs mais approuvé par 65% des Chypriotes turcs (6). Hors il était prévu qu'en cas de rejet par l'une des parties, ce qui fut le cas, seule la République de Chypre entrerait dans l'UE.

La réunion des deux parties de l'île apporterait des avantages certains aux Chypriotes grecs, mais surtout aux Chypriotes turcs. En effet, la République turque de Chypre du Nord est sous l'embargo de la République de Chypre. De plus, ne disposant pas de la reconnaissance internationale, mise à part celle de la Turquie, le gouvernement turc chypriote est dans l'incapacité d'établir des liens commerciaux avec le reste du monde.

Le gouvernement de M.Papadopoulos, au pouvoir au moment du référendum, avait appelé les citoyens à s'opposer au projet. Le plan de l'ONU avait ainsi été approuvé par les Chypriotes turcs au nord, mais refusé au sud. La partie nord subissant un embargo économique souhaitait un allègement de celui-ci, mais en contrepartie le gouvernement chypriote grec demandait un retrait des troupes turques (7). Ces négociations n'ont pas donné suite à des changements d'un côté comme de l'autre. Depuis, il n'y a pas eu de reprise du dialogue entre les deux parties.

Ce point est important, compte tenu de la volonté manifeste de la Turquie de participer aux institutions politiques et économiques européennes. La question chypriote est, avec d'autres, une des raisons pour lesquelles la Turquie voit sa demande d'adhésion rejetée depuis de nombreuses années. Une solution à ce problème représenterait donc un obstacle en moins dans les rapports entre l'UE et la Turquie.

Renouer avec l'Est

Demetris Christofias, candidat d'AKEL (parti progressiste des travailleurs) et vainqueur de l'élection présidentielle chypriote a, comme son rival du deuxième tour, promis de rétablir le dialogue avec la partie turque de l'île. Son voeu est la réunification de l'île. Contrairement aux autres candidats, M.Christofias est en contact avec la partie turque de l'île, ce qui a été un avantage pour lui dans la course électorale (8). À la suite de son élection, il a déclaré : « Je tends une main de l'amitié au peuple chypriote turc et à ses dirigeants » (9). Deux jours après son élection, il a été annoncé que M.Christofias avait fait une demande à l'ONU pour qu'une réunion soit organisée entre lui et son homologue Chypriote turc.

En conclusion, l'élection de M. Christofias à la présidence chypriote semble être un nouveau départ pour les négociations entre les différentes parties de l'État divisé. En mars 2007, un point de passage a été ouvert dans le centre ville de Nicosie (10). Bien que cela n'aie pas provoqué de modifications radicales dans les habitudes des habitants de chacune des parties, l'espoir de la réunification est toujours présent et les attentes renforcées par l?arrivée de M.Christofias.




Références:

(1)Anonyme, « Chypre: Papadopoulos battu dès le premier tour de la présidentielle », La Presse Canadienne, 17 février 2008

(2) Anonyme, « Profil:Chypre »http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/CYP/... consultée le 26 février 2008)

(3) Anonyme, « Historique:UNFICYP »http://www.un.org/french/peace/peace/cu_mission/u... (page consultée le 26 février 2008)

(4) Anonyme, « Cyprus:Divided Island », BBC http://news.bbc.co.uk/2/shared/spl/hi/europe/... (page consultée le 26 février 2008)

(5) Anonyme, « Historique:UNFICYP »http://www.un.org/french/peace/peace/cu_mission/u... (page consultée le 26 février 2008)

(6) Delphine NERBOLLIER, « Les enjeux de la présidentielle chypriote », Le Temps, 16 février 2008.

(7) Anonyme, « Cyprus:Divided Island », BBC http://news.bbc.co.uk/2/shared/spl/hi/europe/... (page consultée le 26 février 2008)

(8)Delphine NERBOLLIER, Op.cit.

(9)Guillaume PERRIER, « Elu président, Demetris Christofias tend la main aux chypriotes turcs », Le Monde, 26 février 2008.

(10)Anonyme, « Greek Cypriots dismantle barrier », BBC http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/6433045.stm(page consultée le 26 février 2008)

Autres références Anonyme, « Cypriot Victor rallies for unity », BBC http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/7261195.stm (page consultée le 24 février 2008)

Tabitha MORGAN, « Can Christofias heal the Cyprus divide?», BBC http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/7262050.stm (page consultée le 24 février 2008)

Anonyme, « Cyprus leaders seek fresh talks », BBC http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/7262534.stm (page consultée le 26 février 2008)

« Communist wins in Cyprus, Pledging Reunification Effort » , New York Times http://www.nytimes.com/2008/02/25/world/eur... (page consultée le 26 février 2008)

Dernière modification: 2008-03-14 09:32:02

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