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31 janvier 2012

Abdoulaye Wade : candidature controversée à l'élection présidentielle du Sénégal


Samuel Pépin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2014
Ouverture du quinzième Sommet de la Francophonie

mars
2012
Élection de Macky Sall à la présidence du Sénégal

mars
2000
Élection d'Abdoulaye Wade à la présidence du Sénégal

mai
1989
Ouverture du troisième Sommet de la Francophonie

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

décembre
1982
Début d'un conflit dans la région de la Casamance, au Sénégal

janvier
1982
Entrée en vigueur de la confédération de Sénégambie

janvier
1981
Accession d'Abdou Diouf à la présidence du Sénégal

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

mars
1963
Tenue d'un référendum au Sénégal

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

septembre
1960
Proclamation de l'indépendance du Mali

août
1960
Proclamation de l'indépendance du Sénégal

Le 26 février 2012, les Sénégalais iront aux urnes pour élire leur prochain président. Lors de la période de déposition des candidatures, entre décembre 2011 et le 26 janvier 2012, 16 personnes se sont portées candidates à la présidentielle(1). Toutefois, seulement 14 d'entre elles ont vu leur demande acceptée par le Conseil constitutionnel. Cette étape marque le début de la campagne électorale qui a commencé le 27 janvier 2012 et qui prendra fin en février avec l'élection.

Pour l'instant, l'enjeu de la campagne électoral est la déposition et la validation de la candidature du président actuel, Abdoulaye Wade, âgé aujourd'hui de 85 ans. Malgré de fortes pressions venant de l'opposition, celui-ci se représente à l'élection présidentielle malgré qu'il ait déjà épuisé ses deux mandats prévus par la Constitution(2).

Le Sénégal, un système politique présidentiel

Le système électoral sénégalais ressemble un peu à celui de la France. D'abord, les personnes voulant se présenter à l'élection déposent leur dossier de candidature. Ceux-ci sont ensuite examinés par le Conseil constitutionnel qui décide s'ils sont validés ou non. Pour qu'un dossier de candidature soit accepté, la personne qui se présente doit être appuyée par au moins un parti politique ou avoir réussi à récolter 10 000 signatures. Le dépôt des candidatures se fait sur un mois et finit 30 jours avant la journée du scrutin(3).

Après cette première étape, les candidats ont 30 jours pour faire campagne avant le premier tour de vote. Si aucun candidat n'a obtenu de majorité, les deux candidats ayant le plus de votes peuvent passer au deuxième tour. Le gagnant sera celui qui a obtenu le plus de votes(4). Pour s'assurer du bon fonctionnement des élections, la Commission électorale nationale autonome (CENA) fait office d'observateur(5). Son objectif est de faire en sorte que l'élection soit la plus transparente possible.

Pour sa part, le président sénégalais joue un rôle central dans l'arène politique nationale. Selon la Constitution sénégalaise, ce dernier a le loisir de choisir son vice-président, de nommer les ministres, les membres hauts gradés des forces armées et le premier ministre, qui fait office de chef du gouvernement(6).

En plus de ses pouvoirs de nomination, il est considéré comme le gardien de la Constitution du pays. À tout moment, il peut apporter des modifications à celle-ci en les soumettant à un processus référendaire. D'ailleurs, c'est ce qu'Abdoulaye Wade a fait en 2001 lorsque le mandat du président a été écourté à cinq ans et que la décision a été prise de limiter ce dernier à deux mandats. Toutefois, en 2008, lorsque le mandat a été ramené à sept ans, la Constitution a simplement fait l'objet d'une révision constitutionnelle(7).

Wade fortement contesté par l'opposition

Parmi les 14 candidats qui se présentent à l'élection, deux groupes prédominent. D'un côté, il y a ceux qui sont proches du président, et de l'autre, ceux qui s'opposent farouchement à celui-ci. Ce dernier groupe est composé, entre autres, d'anciens membres du Parti social-démocrate (PSD), qui s'était rapproché de Wade en 2007, et de personnalités connues qui sont contre la candidature du président sortant. Ceux qui en font partie sont Cheikh Bamba Dieye, maire de Saint-Louis, Doudou Ndoye, ancien membre du Fal2012 qui soutient Wade, Ousmane Tanor Dieng, représentant du Parti socialiste, et Ibrahima Fall qui est un ancien ministre des Affaires étrangères(8).

Ce groupe d'opposition conteste la validité de la candidature du président sortant, car selon eux elle est inconstitutionnelle. Il reproche à ce dernier d'avoir déjà épuisé les deux mandats que lui conférait la Constitution. Toutefois, Wade a répondu à ses détracteurs que sa candidature était légitime, car elle avait été acceptée par le Conseil constitutionnel. De plus, il rétorque que la limite de deux mandats, ajoutée en 2001 et prévue au sein de la loi organique, n'est pas rétroactive. Ce qui, selon lui, n'affecte pas le mandat qu'il a effectué entre 2000 et 2007(9).

De plus, ses opposants lui reprochent de n'avoir pas assez lutté contre la corruption et la pauvreté qui sont omniprésentes dans le pays, lui qui a passé près de 26 ans dans l'opposition et 12 ans au pouvoir(10).

Un combat qui s'annonce inégal

Malgré le grand nombre de candidats qui se sont présentés à l'élection, l'opposition au président sortant, Abdoulaye Wade, n'a pas réussi à s'organiser. Il n'y a pas eu de coalition assez forte qui a réussi à présenter un candidat unique pour lui faire face(11). Cela permet donc au président de bénéficier de la division du vote. De plus, Wade n'en est pas à sa première campagne électorale; il en est à sa sixième en 33 ans. Nous ne pouvons en dire autant de ses opposants. Lors des deux dernières élections, il avait réussi à obtenir 31 % des voix en 2000 et à gagner au premier tour en 2007(12). Son plus proche rival lors de cette dernière élection n'avait obtenu qu'un maigre 14,9 % des voix.

En ce qui concerne les intentions de vote des électeurs, il n'y a pas beaucoup d'informations qui circulent. À cause de la loi sur les sondages du 14 avril 1986, il est interdit de publier des « sondages en période préélectorale(13) ». Malgré tout, les résultats d'un sondage mené auprès de 12 500 Sénégalais sont en circulation dans les bureaux de campagne des différents candidats. Il fait état d'une forte avance pour Wade avec 53% des intentions de vote, suivi par Ousmane Tanor Dieng avec 18%, Macky Sall 11%, Idrissa Seck 9%, Moustapha Niasse 4%, et 5% pour les neuf autres candidats(14). La source du sondage n'a pu être révélée à cause de la loi sur les sondages.

Étant donné une opposition divisée et une forte avance d'Abdoulaye Wade dans les intentions de vote, la table semble mise pour la réélection de ce dernier au poste de président de la République du Sénégal. Selon ses propos, Wade souhaite toutefois que cette élection soit la plus transparente et honnête possible, même si son choix de se représenter est vivement contesté par ses opposants(15).




Références:

(1) XINHUA. Présidentielle 2012 au Sénégal : Seize candidatures déposées, 27 janvier 2012, [En ligne], http://www.afriquinfos.com/articles/2012/1/27/afri... (page consultée le 31 janvier 2012).

(2)AFP. Abdoulaye Wade, le vieil opposant devenu président qui s'accroche au pouvoir, La dépêche Diplomatique, 30 janvier 2012, [En ligne], http://www.ladepechediplomatique.com/Abdoulaye-Wad... (page consultée le 31 janvier 2012).

(3)GOUVERNEMENT SÉNÉGALAIS. Constitution de la République du Sénégal du 22 janvier 2001, [En ligne], http://www.gouv.sn/IMG/pdf/Constitution.pdf (page consultée le 31 janvier 2012).

(4)Loc. cit.

(5)MADIOR FALL, Ismaila et Al. « Sénégal : Organes de gestion des élections en Afrique de l'Ouest », Organes de gestion des élections en Afrique de l'Ouest : Une étude comparative de la contribution des commissions électorales au renforcement de la démocratie, sous la direction de Open society foundations, Johannesbourg, 2011, p. 183-230.

(6) GOUVERNEMENT SÉNÉGALAIS. Op. cit.

(7) LE RÉPUBLICAIN LORRAIN. Présidentielle contestée : le Sénégal a les nerfs à vif, 29 janvier 2012, [En ligne], http://www.republicain-lorrain.fr/france-monde/201... (page consultée le 31 janvier 2012).

(8) ALL AFRICA. Sénégal : Le Président Abdoulaye Wade sur la ligne de départ, 27 janvier 2012, [En ligne], http://fr.allafrica.com/stories/201201280004.html (page consultée le 31 janvier 2012).

(9) BARBIER, Stéphane. Abdoulaye Wade : Le vieil homme et le pouvoir, El Watan.com, 28 janvier 2012, [En ligne], http://www.elwatan.com/international/abdoulaye-wad... (page consultée le 31 janvier 2012).

(10)BA, Diadie. L'opposition appelle à « résister » à Abdoulaye Wade au Sénégal, Le Monde.fr, 28 janvier 2012, [En ligne], http://www.lemonde.fr/depeches/2012/01/28/l-opposi... (page consultée le 31 janvier 2012).

(11) CARAYOL, Rémi. Présidentielle au Sénégal : un sortant, quatre outsiders et neuf seconds rôles, RFI, 30 janvier 2012, [En ligne], http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB201201... (page consultée le 31 janvier 2012).

(12) VALANTIN, Christian. L'élection présidentielle de 2000 au Sénégal, [En ligne], http://democratie.francophonie.org/IMG/pdf/bamako.340.pdf (page consultée le 31 janvier 2012).

CARAYOL,Rémi. Op. cit.

(13) CORREAU, Laurent. Sénégal : la loi sur les sondages dépassée par la demande politique, RFI, 9 novembre 2011, [En ligne], http://www.rfi.fr/afrique/20111109-senegal-sondage... (page consultée le 31 janvier 2012).

(14) BANE,Mouth. Le sondage qui bouleverse l'opposition, Sene News Actu, 22 novembre 2011, [En ligne], http://www.senenews.com/2011/11/22/le-sondage-qui-... (page consultée le 31 janvier 2012).

(15) AFRIQUINFOS. Afrique en marche du 27 janvier, 27 janvier 2012, [En ligne], http://www.afriquinfos.com/articles/2012/1/27/cont... (page consultée le 31 janvier 2012).

Dernière modification: 2012-02-06 08:50:49

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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