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18 October 2009

Chili : Un parcours long et sinueux vers la démocratie


Ariane Yengayenge
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

December
2013
Élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili

October
2010
Sauvetage de 33 mineurs au Chili

January
2010
Élection de Sebastian Pinera à la présidence du Chili

January
2006
Élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili

June
1991
Tenue du Sommet de l'Organisation des États américains à Santiago

October
1988
Référendum défavorable au président chilien Augusto Pinochet

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

September
1976
Assassinat de l'ex-ministre chilien Orlando Letelier

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

September
1974
Assassinat du général chilien Carlos Prats

September
1973
Renversement du gouvernement de Salvador Allende au Chili

November
1970
Accession de Salvador Allende à la présidence du Chili

October
1970
Assassinat du général chilien René Schneider

May
1969
Création du Pacte andin

October
1965
Création du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) au Chili

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

December
1959
Signature d'un traité international protégeant l'Antarctique

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

Le 14 décembre 1989, le Chili connut ses premières élections organisées librement après la dictature militaire du général Augusto Pinochet qui aura duré seize ans. Le candidat démocrate-chrétien Patricio Aylwin remporta ces élections avec 55,2% des voix au premier tour de scrutin. Néanmoins, le général Pinochet resta commandant en chef de l'armée jusqu'au 11 mars 1998, date à laquelle il devint sénateur à vie. Il démissionna finalement de ce poste en juillet 2002, perdant du même coup son immunité parlementaire. Vingt ans après les événements de décembre 1989, un rappel sur les circonstances qui ont mené à l'instauration d'une dictature au Chili s'impose pour pouvoir comprendre le retour de la démocratie, ou « la redémocratie », à la fin des années 80 (1).

Renversement du gouvernement socialiste de Salvador Allende

L'histoire ne retiendra pas uniquement la date du 11 septembre 2001. Celle du 11 septembre 1973 également. C'est à cette date que le général Augusto Pinochet prenait les rênes du Chili par un coup d'État militaire qui fit de nombreuses victimes. D'ailleurs, le président de la République de Chili, Salvador Allende, trouva également la mort lors de l'assaut du palais présidentiel par l'armée (2).

Ce dernier avait remporté l'élection présidentielle du 4 septembre 1970. Il devint alors le premier président élu sur un programme socialiste dans un pays non communiste. Il nationalisa les mines de cuivre, les banques étrangères et les entreprises monopolistiques (3). Il augmenta les salaires et institua un contrôle des prix, mais la situation se détériora en 1973 : le Chili était au bord du chaos avec l'inflation grandissante, la pénurie alimentaire, les grèves et la violence politique. Les États-Unis, méfiants à l'endroit d'Allende, imposèrent également un blocus financier au pays. Ce contexte favorisa l'intervention de Pinochet qui avait l'appui de l'armée.

La dictature militaire du général « chef suprême de la nation »

Moins d'une année après sa prise de pouvoir dans le sang, Augusto Pinochet adopta en juillet 1974 le titre de « chef suprême de la nation ». Il suspendit la Constitution, dissout le Parlement, imposa la censure absolue et interdit tous les partis politiques. Il lança par ailleurs le pays dans une campagne de terreur contre la gauche et de répression sanglante (4). Des milliers de personnes furent arrêtées, beaucoup d'autres furent exécutées, torturées ou durent s'exiler. Le régime autoritaire du général Pinochet est ainsi connu pour ses multiples atteintes aux droits de l'Homme.

Mais avec le temps, son emprise sur le pays s'est relâchée. Lors du plébiscite du 5 octobre 1988 visant à perpétuer sa dictature, les Chiliens refusèrent à 55% de prolonger son mandat. Bien que le « non » l'ait remporté, Augusto Pinochet annonça qu'il le prolongerait quand même jusqu'en 1990. Toutefois, en décembre 1989, le peuple chilien mit fin à dix-sept ans de totalitarisme militaire en élisant le démocrate-chrétien Patricio Aylwin à la tête du pays.

Un regain d'espoir pour le peuple chilien

Une fois en fonction, un des plus grands défis du nouveau gouvernement de Patricio Aylwin a été de répondre à l'immense espoir des plus défavorisés. Il s'attela d'ailleurs à mettre en oeuvre des réformes économiques visant à maintenir un taux de croissance élevé et à instaurer une intégration sociale. Le Chili s'ouvrit sur l'extérieur en multipliant les exportations.

Le gouvernement Aylwin mit également sur pied en 1990 la « Commission nationale chilienne pour la vérité et la réconciliation », aussi connue sous le nom de Commission Rettig, du nom de son président (5). Cette commission avait pour mandat « d'aider à clarifier d'une manière compréhensive la vérité concernant les violations des droits de l'homme les plus graves commises au Chili, dans le but de réconcilier tous les Chiliens » (6).

Dans le rapport de cette commission, accueilli très positivement par la population chilienne, les Chiliens ont pu se rendre à l'évidence de l'ampleur véritable de la répression militaire sous le régime Pinochet. Entre 1989 et 2000, la transition démocratique au Chili était prise en charge par l'aile démocrate-chrétienne. De nombreuses politiques ont été adoptées au fil des ans pour amortir les rigueurs de la privatisation. Certaines d'entre elles touchaient à l'éducation primaire et universitaire, considérée comme un secteur-clé dans la lutte contre les inégalités (7). Le gouvernement a également instauré en 1990 un fonds de solidarité et d'investissement social (FOSIS) pour contrer la pauvreté dans le pays. Dans la même année, il mit aussi en place le Programme d'amélioration de la qualité des écoles, aussi appelé « programme des 900 écoles », pour assurer la qualité et l'équité de l'éducation.

Une démocratisation encore fragile selon la presse internationale

Le jour même de ces élections si particulières de 1989, les médias occidentaux adoptaient une attitude encore hésitante à parler du retour de la démocratie au Chili. Augusto Pinochet a réussi à laisser une empreinte indélébile sur plusieurs. Les médias rapportaient en effet que le nouveau gouvernement démocratique qui serait élu devra se faire à la présence du personnage quelque peu anachronique, mais encore si puissant du général Pinochet. De quoi générer bien des conflits, et complexifier notablement le processus de démocratisation encore si fragile (8).

La presse française évoquait même que les cicatrices du passé, celles de la dictature, n'étaient pas encore complètement refermées. Elle rappelait qu'il ne faudrait pas non plus négliger les nombreuses poches de résistance à la démocratisation. Elle faisait allusion notamment aux forces armées, en raison de la participation de certains de leurs membres aux multiples violations des droits de l'homme, ainsi que de l'ambiguïté qui subsistait quant à leur futur rôle institutionnel. Le candidat Aylwin a cependant vite fait de réaffirmer le rôle prépondérant qui lui reviendrait de droit et le « devoir d'obéissance des militaires » une fois élu président (9). Une fois cette page tournée, le Chili ne regardera plus en arrière.




Références:

(1) Silvia Fehrmann, Goethe Institut, 1989/2009 Conception de la liberté, Impuissance et révolte en Amérique latine, publié en juillet 2009, http://www.hausderdeutschensprache.de/ges/pok/dos/... consulté le 17.10.09.

(2) Le Site de l'Amérique latine, « Histoire du Chili », http://www.americas-fr.com/histoire/chili.html, consulté le 17.10.09.

(3) Ibid.

(4) Le Site de l'Amérique latine, « La dictature du Général Pinochet », http://www.americas-fr.com/histoire/chili.html, consulté le 17.10.09.

(5) Track Impunity Always (TRIAL), « Commission nationale chilienne pour la vérité et la démocratie », http://www.trial-ch.org/es/commissions-verite/chili.html, consulté le 17.10.09.

(6) Ibid.

(7) Claire d'Hennezel, Le Journal des Alternatives, « Le Chili quinze ans après la fin du régime militaire », publié le 19.01.06, http://www.alternatives.ca/fra/journal-alternative... consulté le 17.10.09.

(8) Pierre Mouterde, « Les Chiliens élisent aujourd'hui leur nouveau président », Le Devoir, vol. LXXX, n° 290, publié le 14.12.1989 et consulté le 09.10.2009.

(9) Gilles Baudin et Denis Hautin-Guiraut, « Transition sans passion au Chili », Le Monde, publié le 14.12.1989, consulté le 19.10.09.

Dernière modification: 2009-10-27 09:21:18

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