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28 septembre 2008

Les Tories de David Cameron ont la cote au Royaume-Uni


Emmanuel Choquette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2017
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2001
Bombardements par les Américains et les Britanniques en Afghanistan

juin
2001
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

Au Royaume-Uni, le Parti conservateur (les Tories) bénéficie actuellement de l'appui d'une forte majorité de la population. Les plus récents sondages démontrent que le parti obtient plus de 50 % des intentions de vote. Les Tories n'ont jamais été aussi populaires depuis 1988, à l'époque où les conservateurs de Margaret Thatcher obtenaient un troisième mandat (1).

Plusieurs facteurs expliquent une telle remontée. D'une part, la popularité du jeune chef tory, David Cameron, apporte un souffle nouveau à la formation conservatrice. D'autre part, Gordon Brown, l'actuel Premier ministre et chef du Parti travailliste (le Labour), n'arrive pas à s'imposer comme un véritable acteur du changement. Le Labour dirige en effet le pays depuis plus de dix ans et la décision de son ancien leader, Tony Blair, d'envoyer les troupes britanniques en Irak a considérablement assombri le règne des travaillistes (2).

Les travaillistes en chute

Les élections de 2005 confirment la baisse de popularité des travaillistes auprès de l'électorat. Bien qu'ils obtiennent la majorité des 646 sièges à pourvoir au Parlement, leur nombre d'élus passe de 413 à 356 (3). Alors qu'en 2001 la majorité du Labour était de 89 sièges, les travaillistes de Tony Blair n'ont plus que 32 élus additionnels sur les 324 nécessaires pour constituer un gouvernement majoritaire en 2005 (4).

Une bonne partie de ce transfert d'électeurs profite aux Tories qui font élire 32 députés de plus lors du scrutin de 2005 qu'aux élections de 2001 (5). Selon BBC News, Tony Blair reconnaît que le Labour a été sanctionné pour sa décision de participer à la guerre en Irak (6). Pour cette raison, et en dépit de l'obtention d'un troisième mandat consécutif, le chef des travaillistes est victime de l'usure du pouvoir. Les pressions pour l'inciter à laisser son poste de premier ministre s'intensifient, non seulement dans l'opinion publique, mais également au sein de son propre parti.

En juin 2007, Gordon Brown succède à Blair en tant que chef du Parti travailliste et Premier ministre du Royaume-Uni. Le nouveau dirigeant britannique, brillant mais plus introverti que son prédécesseur, affirme alors être en mesure de « relever le défi du changement » (7). Brown ne parvient cependant pas à faire remonter le Labour dans les intentions de vote. Au contraire, son premier test électoral à titre de Premier ministre s'avère un cuisant échec. De fait, les élections locales de mai 2008 en Angleterre et au Pays de Galles constituent la pire défaite électorale des travaillistes depuis 40 ans (8). Des 4 102 sièges à pourvoir, hormis Londres, le Parti conservateur en rafle 3 154 (9). Le leadership de Brown est aussitôt remis en cause et la présence du jeune et charismatique David Cameron, à la tête de la formation conservatrice depuis décembre 2005, contribue à alimenter les insatisfactions.

« L'effet » David Cameron

À 39 ans, David Cameron est porté à la tête du Parti conservateur lors du congrès des Tories en décembre 2005. L'arrivée de Cameron, issu d'un milieu plus aisé, tranche avec les origines modestes des anciens dirigeants du parti (10). Après son passage dans le réputé collège d'Eton, le Londonien d'origine termine des études collégiales en philosophie, en politique et en économie au prestigieux Brasenose College à Oxford (11).

Premier de classe, il fait ses débuts dans l'arène politique en décrochant un travail au sein du Conservative Research Department. Cameron gravit rapidement les échelons et devient conseiller en communication de plusieurs ministres. Il se rapproche ainsi de l'entourage du Premier ministre conservateur d'alors, John Major, en faisant partie de son équipe de conseillers politiques. Après un passage dans le secteur privé au cours des années 1990, David Cameron devient officiellement membre du Parlement britannique (MP) sous la bannière conservatrice, dans le comté de Witney, lors des élections législatives de 2001.

Selon Cameron, les Tories doivent actualiser leur programme et tendre vers un « conservatisme moderne et compatissant » (12). Il s'engage à bâtir un Parti conservateur sensible aux aspirations de la population du Royaume-Uni. Il affirme du même souffle qu'il demeure confiant de voir les conservateurs retourner au gouvernement (13). Il reproche aux travaillistes de ne pas avoir été en mesure de relever les nombreux défis auxquels le pays fait face, notamment en matière d'économie et de sécurité nationale et internationale. Outre la justice sociale, un accès universel à une éducation et à des soins de santé de qualité figurent également parmi les priorités des conservateurs de David Cameron (14).

La démocratie selon David Cameron

Lors d'un discours livré en septembre 2008 à Islamabad, capitale du Pakistan, David Cameron déclare être un « conservateur libéral » (15). Selon lui, ses convictions libérales relèvent de sa foi en la liberté et en la démocratie et de sa préoccupation envers les droits humains. Son réalisme et sa profonde conviction en la pertinence de l'État nation face aux institutions internationales en font par ailleurs un authentique conservateur.

Dans son allocution, le chef des Tories exprime sa vision de la démocratie, qui s'inscrit à son avis dans un long processus et ne peut s'imposer par la force. Proclamant son universalité et soulignant qu'elle n'appartient ni à l'Occident, ni à l'Orient, il ajoute qu'il revient à chacune des nations de trouver son propre chemin vers la démocratie (16). Faisant allusion au conflit iraquien, Cameron prend ses distances des néo-conservateurs et insiste sur l'impossibilité de répandre la démocratie par les moyens militaires.

Les enjeux d'une éventuelle campagne

La popularité de David Cameron ne garantit pas pour autant la victoire des conservateurs aux prochaines élections. À cet égard, le quotidien français Le Figaro soumet quelques réserves (17). Selon ce journal, le charisme et la fraîcheur du discours du leader des Tories pourraient masquer une certaine superficialité. Son défi résiderait donc dans la bonification de son programme, notamment en matière d'économie. Il faut dire que les politiques économiques de l'ancienne Première ministre du Royaume-Uni, Margaret Thatcher, ont considérablement influencé les gouvernements subséquents, peu importe leur allégeance. Il semble également tout aussi difficile pour Cameron de se distancier des travaillistes sur les questions de politiques extérieures, en raison de l'appui des conservateurs au déploiement de troupes britanniques en Irak. Toujours selon Le Figaro, les domaines de l'éducation et de l'immigration pourraient toutefois permettre à Cameron de s'imposer sur son rival travailliste, Gordon Brown.

De toute évidence, les conservateurs ont actuellement le vent en poupe. Une enquête récente révèle que 54 % des Britanniques considèrent que les Tories sont prêts à former le prochain gouvernement (18). Selon ce même sondage, le parti de David Cameron possède 28 points d'avance sur les travaillistes de Gordon Brown. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir puisque les élections doivent se tenir au plus tôt à la mi-2009 et au plus tard en 2010. Néanmoins, force est de constater que le temps semble jouer en faveur des conservateurs.




Références:

(1) LE FIGARO. « Cameron, le conservateur britannique qui monte », [En ligne], 11 janvier 2008, http://www.lefigaro.fr/international/2007/12/25/01... page consultée le 20 septembre 2008.

(2) L'EXPRESS. « Gordon Brown promet le renouveau du Labour », [En ligne], 25 juin 2007, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/brown-prome... page consultée le 24 septembre 2008.

(3) BBC NEWS. « Elections 2005 », [En ligne], 2008, http://news.bbc.co.uk/2/shared/vote2005/flash_map/... page consultée le 24 septembre 2008.

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) BBC NEWS. « Blair secures historic third term », [En ligne], 2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/vote_2... page consultée le 24 septembre 2008.

(7) L'EXPRESS. Op. cit.

(8) NOUVEL OBS. « La pire défaite du parti travailliste depuis 40 ans », [En ligne], 23 juin 2008, http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/internat... page consultée le 20 septembre 2008.

(9) Loc. cit.

(10) BBC NEWS. « The David Cameron story », [En ligne], 6 décembre 2005, http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/4502656.stm, page consultée le 20 septembre 2008.

(11) Loc. cit.

(12) BBC NEWS. « Cameron chosen as new Tory leader », [En ligne], 6 décembre 2005, http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/4502652.stm, page consultée le 24 septembre 2008.

(13) Loc. cit.

(14) LE FIGARO. Op. cit.

(15) THE INDEPENDANT. « David Cameron: We cannot impose democracy at the barrel of a gun », [En ligne], 5 septembre 2008, http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/... page consultée le 20 septembre 2008.

(16) Loc. cit.

(17) LE FIGARO. Op. cit.

(18) LE FIGARO. « GB : les Conservateurs très populaires », [En ligne], 18 septembre 2008, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/09/18/01011... page consultée le 20 septembre 2008.

Dernière modification: 2008-10-03 08:43:27

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