7 décembre 2008

Canada : Une crise politique en sursis


Guillaume Cusson
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Chronologie depuis 1945

janvier 1948Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce
avril 1949Création de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord
juin 1949Élection du Parti libéral de Louis Saint-Laurent au Canada
juillet 1951Lancement du plan de Colombo
août 1953Réélection du Parti libéral de Louis-Saint Laurent au Canada
juin 1957Élection du Parti progressiste-conservateur de John Diefenbaker au Canada
mars 1958Réélection du Parti progressiste-conservateur de John Diefenbaker au Canada
mai 1958Signature de l'Accord sur le Commandement de la défense aérienne de l'Amérique du Nord entre le Canada et les États-Unis
septembre 1961Début des travaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques
juin 1962Tenue d'élections législatives au Canada
avril 1963Tenue d'élections législatives au Canada
novembre 1965Tenue d'élections législatives au Canada
avril 1967Ouverture d'une Exposition universelle à Montréal
juillet 1967Discours controversé du président français Charles de Gaulle à Montréal
juin 1968Tenue d'élections législatives au Canada
octobre 1970Déclenchement de la crise d'octobre au Québec
1971Création de Greenpeace
octobre 1972Tenue d'élections législatives au Canada
juillet 1974Tenue d'élections législatives au Canada
août 1975Signature d'un accord sur la sécurité en Europe
juillet 1976Boycott des Jeux olympiques de Montréal par des pays africains
mai 1979Tenue d'élections législatives au Canada
février 1980Tenue d'élections législatives au Canada
mai 1980Tenue d'un référendum sur la souveraineté-association au Québec
avril 1982Rapatriement constitutionnel au Canada
septembre 1984Tenue d'élections législatives au Canada
février 1986Ouverture du premier Sommet de la francophonie
novembre 1988Tenue d'élections législatives au Canada
novembre 1989Création de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique
juin 1990Échec d'un accord constitutionnel au Canada
octobre 1992Tenue d'un référendum au Canada
décembre 1992Signature de l'Accord de libre-échange nord-américain
octobre 1993Tenue d'élections législatives au Canada
octobre 1995Tenue d'un référendum sur la souveraineté du Québec
juin 1997Tenue d'élections législatives au Canada
novembre 2000Tenue d'élections législatives au Canada
juin 2004Tenue d'élections législatives au Canada
janvier 2006Tenue d'élections législatives au Canada
juin 2007Ouverture du Sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne
octobre 2008Tenue d'élections législatives au Canada
Le premier ministre du Canada et chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Stephen Harper, a mis fin le 4 décembre 2008 à une crise politique qui menaçait son gouvernement en obtenant la prorogation de la Chambre des communes et des travaux de la chambre jusqu'au 26 janvier 2009. Une prorogation signifie que « Toutes les affaires non complétées sont abandonnées ou expirent au Feuilleton et tous les comités perdent leur mandat, permettant ainsi un nouveau départ à la session suivante (1). » Cette décision fut prise avec l'accord de la gouverneure générale, madame Michaëlle Jean, qui en vertu de la Constitution canadienne est l'autorité ultime pour autoriser la dissolution ou la prorogation de la Chambre des communes (2).

L'énoncé économique de toutes les tensions

L'énoncé économique du premier ministre, prononcé le 27 novembre 2008 (3), amorça cette crise. En effet, cet énoncé du premier ministre annonçant les grandes lignes de son futur budget ne contenait aucune mesure directe pour remettre sur pied l'économie en période de récession économique (4). De plus, il annonçait le retrait du financement public des partis politiques. Selon cette mesure, chaque vote pour un parti lui rapportait 1,95 dollar du gouvernement (5). La somme retirée du financement public des partis politiques permettrait à l'État de dégager 27 millions de dollars qui pourraient être utilisés à d'autres fins (6). Mais pour l'opposition, cette somme est indispensable, ce qui explique sa résistance. La volonté du Parti conservateur derrière cet énoncé était d'ailleurs de forcer l'opposition à l'approuver, celle-ci ne souhaitant pas renverser le gouvernement sur une motion de confiance à moins de 2 mois des dernières élections (7).

Cette situation est particulièrement problématique pour l'opposition officielle formée par le Parti libéral du Canada (PLC), dirigé par le chef démissionnaire Stéphane Dion. Cette formation a en effet besoin de temps afin d'assurer la venue d'un nouveau chef avant les prochaines élections. La position des partis de l'opposition est donc divisée entre, d'une part, le refus d'aller en élection si tôt après la précédente et, d'autre part, éviter un suicide politique. Suicide politique, car le retrait du financement public des partis par le gouvernement réduirait considérablement la caisse électorale des différentes formations et la capacité qu'aurait celles-ci à faire valoir leur vision et leurs idées sur la scène publique. Le Parti conservateur échappe à ce retrait du financement public car il dispose d'une machine de financement privé beaucoup plus efficace que tous les autres partis.

La coalition de toutes l'opposition

Au Canada, il existe une convention constitutionnelle par laquelle la gouverneure générale du Canada peut refuser la dissolution de la Chambre et demander à l'opposition de former une coalition afin d'assurer la gouvernance de l'État (8). C'est ainsi que le 1er décembre 2008, le rejet catégorique de tous les partis de l'opposition d'appuyer l'énoncé économique favorisa la création d'une coalition formée du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti libéral du Canada (PLC). Cette coalition est toutefois minoritaire au sein de la Chambre des communes et nécessite l'appui d'un autre parti, le Bloc québécois, pour pouvoir gouverner. La coalition NPD-PLC, appuyée par le Bloc québécois, s'est donc entendue pour assurer deux ans de stabilité politique au Canada durant lesquels le Bloc québécois entend supporter le gouvernement de coalition pour toutes les questions de motions de confiance (9).

« Tous les moyens légaux à ma disposition » (10)

Les conservateurs de Stephen Harper dénoncent cette formation d'une coalition des partis de l'opposition qui souhaiterait prendre le pouvoir sans passer par des élections législatives. Leurs partisans précisent que personne n'aurait jamais voté pour ce type de coalition (11). Dans un message à la nation, le premier ministre Harper indiquait le 4 décembre 2008 qu'il n'hésiterait pas à : « employer tous les moyens légaux à sa disposition » pour rester au pouvoir (12).

La décision de proroger la Chambre des communes entre donc dans cette ligne de pensée. Cette stratégie adoptée par les conservateurs de proroger le pouvoir législatif jusqu'au 27 janvier tente de répondre à deux point cruciaux : gagner l'opinion populaire pour la gouvernance des conservateurs au Parlement canadien et l'espoir que, d'ici au 27 janvier, la coalition se soit fracturée par les frictions entre les divers partis (13).




Références:

(1) RADIO-CANADA, « Parlement fermé jusqu'au 26 janvier » [en ligne] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/200... (page consultée le 7 décembre 2008)

(2) MARISSAL, Vincent. « Grosse semaine, petite politique », La Presse, 5 décembre 2008, p. A-9.

(3) RADIO-CANADA. « Crise politique à Ottawa : Chronologie des évènements » [en ligne] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/200... (page consultée le 14 décembre 2008)

(4) CASTONGUAY, Alec. « Aucune mesure pour stimuler l'économie », Le Devoir, 28 novembre 2008, p. A1.

(5) RADIO-CANADA. « Crise politique à Ottawa : Chronologie des évènements » [en ligne] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/200... (page consultée le 14 décembre 2008)

(6) DIB, Lina et FANNIER, Olivia. « L'opposition dénonce l'intention d'Harper d'annuler les subventions de partis », La presse canadienne, 27 novembre 2008.

(7) PRATTE, André. « Irresponsable, M. Harper! », La Presse, 28 novembre 2008, p. A-24.

(8) GIROUX, Raymond. « Vers de nouvelles élections? », Le Soleil, 28 novembre 2008, p. 3.

(9) RADIO-CANADA. « Crise politique à Ottawa : Chronologie des évènements » [en ligne] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/200... (page consultée le 14 décembre 2008)

(10) MARISSAL, Vincent. « Situation désespérée, stratégie du désespoir », La Presse, 4 décembre 2008, p. A-4.

(11) LAGACÉ, Patrice. « Stephen Harper, superstar » Cyberpresse[en ligne] http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/pa... (page consultée le 7 décembre 2008)

(12) MARISSAL, Vincent. « Situation désespérée, stratégie du désespoir », La Presse, 4 décembre 2008, p. A-4.

(13) RADIO-CANADA. « Crise politique à Ottawa : Chronologie des évènements » [en ligne] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/200... (page consultée le 14 décembre 2008)

Dernière modification: 2008-12-19 07:50:33.0

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