Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 décembre 2018

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30 November 2008

L'opposition à Hugo Chavez se fait de plus en plus vive


Hugo Desrosiers
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2017
Élection controversée d’une Assemblée constituante au Venezuela

December
2015
Victoire de l'opposition aux législatives vénézuéliennes

March
2013
Décès du président vénézuélien Hugo Chavez

October
2012
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

February
2009
Tenue d'un référendum au Venezuela

December
2006
Réélection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

April
2002
Tentative de coup d'État contre Hugo Chavez au Venezuela

December
1999
Pluies torrentielles et inondations au Venezuela

December
1998
Élection de Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

January
1994
Émeute dans la prison de Maracaibo, au Venezuela

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

May
1969
Création du Pacte andin

September
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

April
1960
Dévoilement de la doctrine Betancourt à Caracas

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1958
Retour de Romulo Betancourt à la présidence du Venezuela

April
1958
Début de la visite du vice-président américain Richard Nixon en Amérique latine

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

À plusieurs reprises depuis son arrivée au pouvoir, le président vénézuélien Hugo Chavez a donné la parole à son peuple. Ainsi, aux élections régionales et municipales du 23 novembre 2008, une majorité de Vénézuéliens a, une fois de plus, profité de son droit de vote pour témoigner ou non de son appui au président. Avec près des deux tiers de la population qui s'est déplacée pour l'occasion, il s'agit d'une participation record depuis bon nombre d'années pour ce genre d'élections (1). Toutefois, à la lumière des dépouillements, il s'agit d'un message troublant pour Chavez : l'opposition semble peu à peu gagner du terrain avec ses trois sièges ajoutés aux deux déjà acquis, sur un total de 22 sièges disponibles (2).

Un parcours difficile

Bien que controversé, Hugo Frias Chavez a toujours su rallier la majorité de la population à ses idées. C'est après deux tentatives de coup d'État et quelques années d'emprisonnement que celui-ci est arrivé au pouvoir, en 1998, à la suite de l'élection du parti de gauche qu'il présidait. À ce moment, ses opposants, les sociaux-démocrates et les sociaux-chrétiens, deux partis corrompus, se partageaient le pouvoir depuis 1958 (3). Ceux-ci, bien que moins puissants, existent toujours aujourd'hui. Bref, Chavez a remporté les élections législatives grâce à des majorités jusqu'à présent jamais égalées au pays (5).

Somme toute, tout ne fut pas rose pour le président vénézuélien. Comme il l'a avoué publiquement, il vécut une « grande épreuve de sa vie » le 11 avril 2002, alors qu'il fut capturé par des cadres d'une compagnie pétrolière et des dirigeants militaires. Supportés par l'Église, le patronat, les chaînes de télévision privées ainsi que par l'ambassade des États-Unis, les putchistes ont aussi été appuyés par une foule de 300 à 350 000 personnes. À la tête de cette grande coalition, se trouvait celui qui a volé le pouvoir aux chavistes : le président de la Chambre de commerce du Venezuela et de la fédération du patronat, Pedro Carmona. Dans les jours qui suivirent, d'importantes manifestations l'obligèrent à céder sa place au vice-président jusqu'à ce que Chavez soit retrouvé, quelque six mois après l'enlèvement. Aujourd'hui, Carmona et ses complices putchistes seraient, pour la plupart, tous exilés aux États-Unis (6).

Dès son retour à la présidence, Chavez dut aussi faire face à des manifestations, des tentatives d'attentat, des exodes de capitaux ainsi qu'à une grande grève pétrolière (7). Du coup, le pouvoir du président socialiste s'essouffle : en 2007, un référendum constitutionnel, lancé dans le but d'avoir la possibilité d'être en poste plus longtemps, s'est soldé par un échec. Ainsi, après ses deux mandats de 6 ans, il devra annoncer son départ de la présidence en 2013, à moins qu'un autre référendum permette la réouverture de la Constitution (8).

D'autre part, aux élections régionales et municipales, les cinq régions gagnées par l'opposition sont les plus peuplées et les plus riches, notamment grâce à la proximité des sources d'hydrocarbures (9). La mairie de la capitale est d'ailleurs elle aussi passée aux mains de l'opposition (10). Autre signe d'essoufflement, Chavez a exigé la fermeture de RCTV, une chaîne de télévision privée anti-chaviste. Le même sort attendrait Globovisión, une station similaire, et des menaces d'emprisonnement sont envoyées à l'endroit de l'un des principaux adversaires du président (11).

Des opposants de longue date

Bien que le président Chavez soit responsable des actuels déboires, l'opposition est aussi en cause. Celle-ci, bien qu'elle ait pris de l'ampleur au cours des derniers mois, a toujours été présente dans la vie politique vénézuélienne. D'abord, on retrouve l'Accion democratica (Action démocratique ou AD), le parti qui, il y a une cinquantaine d'années, a mené le pays vers une transition démocratique. Il y a aussi le COPEI, un parti social chrétien présent dans plusieurs pays du monde.

Le principal parti d'opposition se nomme maintenant « Un Nuevo Tiempo » (Un Nouveau Temps) et est dirigé par Manuel Rosales. Celui-ci est gouverneur de Zulia, un riche État producteur de pétrole. Cet homme politique, qui se dit social-démocrate, a fondé son parti en 2000. Des supporteurs de Chavez l'accusent cependant d'avoir participé au coup d'État de 2002. À cela, Rosales répond qu'il a fait une erreur et qu'il s'agit maintenant du passé (12).

Ces partis, tous regroupés en une coalition d'opposition, reprochent principalement au président Chavez son idéologie gauchiste. « C'est un gouvernement populiste, dictatorial et anarchique », clame un activiste de l'Action démocratique (13). Manuel Rosales accuse même Chavez de vouloir imposer le « castro-communisme » (14). À ce sujet, plusieurs s'inquiètent d'une « volonté de constitutionnaliser le socialisme comme modèle social et économique et craignent que cela ne vienne remettre en question le droit à la propriété privée (15)». Cette inquiétude est même partagée par une partie de la classe populaire, généralement très proche du président (16).

Les partis d'opposition sont aussi soutenus par de grands acteurs de la vie politique vénézuélienne, comme les médias. Comme le dit le journaliste de Radio-Canada Jean-Michel Leprince, « les journaux de Caracas sont presque tous d'opposition » (17). Même chose du côté des chaînes de télévision privées : elles soutiendraient toutes les anti-chavistes, d'où les récentes menaces de fermetures gouvernementales (18).

Un avenir mouvementé

À l'agenda politique des Vénézuéliens figurent les prochaines élections présidentielles du pays, prévues pour 2012. D'ici là, Chavez risque de réitérer sa demande à la population de lui permettre de retourner au pouvoir. Avec l'effondrement des cours pétroliers, pilier de l'économie du pays, il sera intéressant de voir si les difficultés éprouvées par le gouvernement n'auront été que passagères ou si les pertes s'amplifieront.

Dans cette optique, des sondages sont tenus régulièrement, mais certains conseillent de ne pas trop s'y fier : les sondeurs ont tendance à biaiser les résultats. « [Ils] décident encore de l'échantillonnage sélectionné, puis élaborent et présentent les questions. [...] Aucune régulation ou supervision ne peut les débarrasser de cela » (19). Impossible également de se fier aux médias locaux, chacun ayant clairement un parti pris.

Il est donc difficile de savoir à quoi s'attendre pour les prochains mois. Toutefois, une étude effectuée en janvier 2008 par des firmes indépendantes démontre l'ampleur de la débandade : moins d'un Vénézuélien sur deux approuve le président. Pire, moins d'une personne sur cinq éprouve de la confiance envers les tribunaux et les partis politiques vénézuéliens (20). Bref, rien de très reluisant pour le « président bolivarien » que l'on croyait, jusqu'à tout récemment, en plein essor.




Références:

(1) ESPINOZA, Ocarina. « Venezuelan dissent wins three governor's offices and Caracas Mayoralty », El Universal, Caracas, 24 novembre 2008 [EN LIGNE] http://english.eluniversal.com/2008/11/24/en_pol_e... (dernière consultation le 28 novembre 2008)

(2) JONES, Rachel. « Élections au Venezuela : Hugo Chavez l'emporte mais l'opposition se renforce », La Presse (Montréal), 24 novembre 2008, International.

(3) DESROSIERS, Hugo. « Recherche sur Hugo Chavez », Cégep de Drummondville, automne 2006, p. 4

(5) DESROSIERS, Hugo. Ibid, p.5

(6) DESROSIERS, Hugo. Ibid, p.8

(7) RAMONET, Ignacio. « Hugo Chávez », Le Monde diplomatique (Paris), août 2007, p. 1

(8) ASSOCIATED PRESS. « Hugo Chavez cherche une nouvelle fois à se faire réélire indéfiniment » [EN LIGNE] http://fr.news.yahoo.com/3/20081130/twl-venezuela-... (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(9) LEPRINCE, Jean-Michel. « Hugo Chavez, l'homme fort du Venezuela, a de l'opposition », Le Téléjournal / Le Point, SRC Télévision, 24 novembre 2008

(10) JONES, Rachel. Op. Cit.

(11) REPORTERS SANS FRONTIÈRES « Après la fermeture de RCTV, Hugo Chávez s'attaque à Globovisión, seule chaîne privée d'opposition » [EN LIGNE] http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22363 (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(12) TORRES, Fernan Gonzales. « Profile: Manuel Rosales », BBC [EN LIGNE] http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/americas/6180358.stm (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(13) CEASER, Mike. « Who are Chávez's opponents? », The Christian Science Monitor [EN LIGNE], http://www.csmonitor.com/2004/0813/p06s02-woam.html (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(14) LEPRINCE, Jean-Michel. « Au Venezuela, une opposition plus coriace devant l'icône de la gauche, Hugo Chavez », Le Téléjournal / Le Point, SRC Télévision, 2 décembre 2006

(15) SOCIÉTÉ RADIO-CANADA. « Venezuela : une opposition gonflée à bloc » [EN LIGNE] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(16) SOCIÉTÉ RADIO-CANADA, loc. cit.

(17) LEPRINCE, Jean-Michel. « Hugo Chavez, l'homme fort du Venezuela, a de l'opposition », Le Téléjournal / Le Point, SRC Télévision, 24 novembre 2008

(18) REPORTERS SANS FRONTIÈRES, « Chávez dénonce le "soutien" des médias au coup d'État » [EN LIGNE] http://www.rsf.org/article.php3?id_article=1109 (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(19) RÉSEAU D'INFORMATION ET DE SOLIDARITÉ AVEC L'AMÉRIQUE LATINE. « Sondages tendancieux et manipulations au Venezuela » [EN LIGNE] http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1063 (dernière consultation le 30 novembre 2008)

(20) CENTRE D'ÉTUDES INTERAMÉRICAINES. « Baromètre des Amériques : Appui massif à la démocratie en Argentine, en Uruguay et au Venezuela » [EN LIGNE] http://www.cei.ulaval.ca/fr/relations.themes.detai... (dernière consultation le 30 novembre)

Dernière modification: 2008-12-08 07:54:10

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