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19 novembre 2008

Iran : L'étoile ternie d'Ahmadinedjad


Guillaume Cusson
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2017
Tremblement de terre dévastateur en Iran

mai
2017
Réélection en Iran du président Hassan Rohani

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran

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2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

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2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Iran

décembre
2003
Tremblement de terre en Iran

mai
1997
Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran

juin
1990
Tremblement de terre en Iran

juin
1989
Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

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1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

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1987
Publication du rapport d'une Commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra

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1981
Assassinat du président et du premier ministre de l’Iran

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

novembre
1979
Occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran

mars
1979
Début du deuxième « choc pétrolier »

février
1979
Retour d'exil de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny

Le président iranien Mahmoud Ahmadinedjad est bien connu sur la scène internationale. Lors de l'élection présidentielle de 2004, il remporta avec succès les deux premiers tours avec 19% des voix au premier et 61,7% des voix au second. Le taux de participation de cette élection était relativement élevé avec 63% de participation au premier tour et 58,0% au second. Le suffrage élevé et la grande majorité qu'a obtenue Monsieur Ahmadinedjad, un ancien maire de Téhéran, démontrait une volonté de changement et de retour du conservatisme iranien sur le courant réformiste (1).

Une présidence autonomiste

La question nucléaire iranienne est un point central de la présidence de monsieur Ahmadinedjad. Le président iranien met de l'avant sur la scène internationale la volonté que l'Iran doit pouvoir se doter de l'énergie nucléaire et possiblement de l'arme nucléaire, et qu'il en revient à cet État seul de pouvoir en décider. La possibilité de pouvoir, grâce à l'énergie nucléaire, réduire la dépendance de son pays aux produits pétroliers et ainsi augmenter ses exportations de pétrole, est un des principaux arguments véhiculés par l'ancien maire de Téhéran. La politique du président dans ce dossier est intransigeante et il offre une farouche opposition à la gouvernance occidentale sur la question nucléaire (2). Cette opposition est symbolisée par un rapprochement diplomatique avec le Venezuela, la Syrie, la Russie, la Chine et des rapprochements avec le regroupement politique du Hamas (3).

Au point de vue économique, les politiques du président sont principalement orientées sur les dons en crédits du Fonds de stabilisation pétrolier aux provinces. Il permet à celles-ci de bénéficier d'un retour économique et également au président de gagner en popularité (4).

Le président iranien est également populaire parce qu'il amorce un changement au coeur de l'élite dirigeante. En effet, Ahmadinedjad est le premier président de l'Iran qui n'a pas participé à la révolution iranienne de 1979 et qui n'est pas un clerc élu. Celui-ci se présente néanmoins comme issu de l'esprit de la révolution. On note également avec le président iranien l'apparition d'une nouvelle classe de dirigeants : « largement issus de l'université, généralement laïques, plutôt technocrates, aux aspirations petite-bourgeoises et en phase avec le monde »(5). Cette nouvelle classe gagne de plus en plus de support au sein de l'État iranien, même si on l'associe avec le retour du populisme et du radicalisme.

La présidence de monsieur Ahmadinedjad est également caractérisée par une certaine volonté de libéraliser la réglementation pour les femmes. En effet, celui-ci a démontré personnellement, ou par ses conseillers, une volonté de permettre aux femmes de pouvoir assister à des représentations sportives ou de dérèglementer le port du voile (6).

Une popularité obscurcie

Il existe deux grands courants de pensée au sein de la politique iranienne. Ces deux pensées sont représentées par les courants réformiste et conservateur. La pensée conservatrice est pour l'essentiel la pensée politique issue du Coran et de la révolution iranienne de 1979. La pensée réformiste tient quant à elle à démocratiser et libéraliser l'Iran. Les deux grands courants de pensée rassemblent cependant en leur sein de vastes spectres politiques de plusieurs partis différents, mais qui unissent leurs voix au Parlement.

Les tenants de ces deux grandes idéologies se sont plus ou moins ouvertement déclarés contre la présidence d'Ahmadinedjad. D'une part, les réformistes s'opposent de manière catégorique au chef de l'État. Ses politiques intransigeantes dans le dossier nucléaire, sa remise en cause de l'Holocauste, son style brouillon dans la gestion de l'économie et sa responsabilité dans la hausse de 30 % de l'inflation lui apportent plusieurs critiques (7). Cependant, l'opposition réformiste est faible dans la mesure où elle apparaît comme désunie. Celle-ci n'a pu remporter la majorité des sièges lors des deux dernières élections législatives iraniennes, en 2004 et en 2008. Le camp réformiste éprouve également des difficultés à se mettre d'accord sur un candidat à la présidence à opposer à Ahmadinedjad (8).

Les conservateurs sont également divisés. La séparation s'affiche principalement entre deux grands groupes : les pros-Ahmadinedjad (ou conservateurs fondamentalistes) et les pragmatiques. Le président est critiqué par les pragmatiques pour sa politique internationale conflictuelle avec l'Occident qui nuit au développement du pays, à cause des embargos des États étrangers et du peu d'investissement de capitaux d'origines étrangères. L'utilisation des capitaux financiers issus du milieu pétrolier comme d'un guichet automatique, la multiplication des crédits financiers distribués par le président dans les provinces et ses difficultés à freiner l'inflation élevée sont d'autres reproches qui lui sont adressés (9).

Toutefois, avec la présidence d'Ahmadinedjad, les lignes séparant les deux grands courants de pensée semblent s'effacer, créant un rapprochement entre réformistes et conservateurs. Ce rapprochement se reflète dans l'unité de plusieurs membres des deux partis qui mettent tout en oeuvre pour faire front commun contre le président iranien (10).

Pour l'unité morale!

En 1979, une révolution sans précédent en Iran renverse l'autorité corrompue et restructure l'État sous une nouvelle forme. Le Conseil des Gardiens est fondé. Il consiste en l'association de plusieurs grandes personnalités religieuses en Iran qui sont considérées comme la source d'autorité ultime et de règlementation au sein du parlementarisme iranien. Ceux-ci ont droit de regard et de veto sur les lois proposées dans les chambres législatives et lors de la nomination des candidats lors des élections législatives et présidentielles (11).

Au cours des années 1990 sous les réformistes, principalement grâce au premier ministre de la Culture Mohammed Khatami, on assiste à la naissance de plus de 200 journaux et revues qui augmentent de manière significative la diversité des opinions et des points de vue en Iran. Peu à peu, les fondamentalistes conservateurs, devant des demandes incessantes d'actions pour protéger « l'unité morale » de la population et avec l'appui du Conseil des Gardiens, ferment peu à peu les journaux de réformistes et des activistes qui demandent des changements.

Puis en 2004, avec la victoire des conservateurs, le processus s'intensifie et la répression s'attaque désormais aux réfractaires cybernétiques du régime politique iranien : « déclarant que toutes personnes circulant de l'information visant à perturber la société publique par le biais d'outils informatiques seraient emprisonnées »(12). L'élection du président Ahmadinedjad en 2005 permet de poursuivre cette tendance répressive contre les médias. Il n'y a donc pas ou très peu de journaux et de revues qui émettent des opinions différentes de celles présentés par l'État.

Par contre, les mouvements associatifs qui demandent des réformes sans remettre en cause le régime de l'État sont de plus en plus actifs sur la scène publique. La grève des instituteurs contre la dépréciation de leur niveau de vie et de leur retraite en 2007 est un exemple, tout comme la pétition signée par un million de femmes iraniennes pour manifester contre la discrimination juridique dont elles sont victimes. Ces gestes démontrent bien la force des mouvements associatifs (13).




Références:

(1) Fariba Adelkhah, « Iran 2004-2005 : La surprise Ahmadinedjad », Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

(2) Fariba Adelkhah, « Iran 2005-2006 : Grave crise diplomatique», Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

(3) Fariba Adelkhah, « L'Iran 2007-2008 : La fuite en avant du président Ahmadinedjab », Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

(4) Fariba Adelkhah, « Iran 2005-2006 : Grave crise diplomatique», Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

(5) Ibid.

(6) Fariba Adelkhah, « Iran 2005-2006 : Grave crise diplomatique», Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

(7) Autheur Inconnu, « Iran opposition can't pick a candidate », Jerusalem Post [en ligne] http://www.jpost.com/servlet/Satellite?pagename=JP... (page consultée le 9 novembre 2008)

(8) Ibid.

(9) NASER YASIN, Kamel « Iran: Rafsanjani presses political offensive against president, stressing moderation », Eurasia Insight [en ligne] http://www.eurasianet.org/departments/insight/arti... (page consultée le 9 novembre 2008)

(10) Fariba Adelkhah, « L'Iran 2006-2007 : La montée de toutes les tensions », Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

(11) Auteur inconnu, « Iran- Freedom Report 2008 », Freedom House [en ligne] http://www.freedomhouse.org/template.cfm?page=22&y... (page consultée le 30 octobre 2008)

(12) Ibid.

(13) Fariba Adelkhah, « Iran 2005-2006 : Grave crise diplomatique», Encyclopédie de l'État du monde [en ligne] http://edm.etatdumonde.com/EDMWeb/navigation/pays/... (page consultée le 30 octobre 2008)

Dernière modification: 2008-12-19 07:48:58

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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