Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

12 décembre 2018

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9 November 2008

Oliver Stone déçoit les critiques avec W.


Marilaine Pinard-Dostie
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

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Assermentation de Donald Trump à la présidence des États-Unis

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Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

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Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

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Entente entre les États-Unis et la Chine sur la lutte aux changements climatiques

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Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

November
2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Quelques semaines avant l'élection entre le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain, le film W. d'Oliver Stone retrace la vie du président sortant George W. Bush. Sur la dizaine de films qu'a inspirés l'administration Bush depuis la sortie du documentaire Fahrenheit 9/11 en 2004 [1], W. est le premier de type biographique. C'est d'ailleurs la première fois qu'une production du genre est faite sur un politicien toujours en fonction.

Oliver Stone n'en n'est pas à ses premières armes. Réalisateur de plusieurs productions à caractère politique, il est reconnu maître dans l'art de dire tout haut ce que d'autres n'osent pas dire tout bas. Dans le choquant JFK en 1991, Stone élabore une théorie du complot remettant en cause les conclusions du rapport de la Commission Warren sur les circonstances de l'assassinat de John F. Kennedy. Il surprend de nouveau avec Nixon, en 1995, en présentant l'homme du Watergate comme le plus intelligent des présidents américains [2].

Pour sa part, W. est l'histoire d'un fils mal-aimé qui a toujours voulu prouver à son père ce qu'il était capable d'accomplir. Entre sa jeunesse débridée d'alcoolique et l'invasion de l'Irak, Bush rencontre Dieu et amorce son ascension à la présidence. Sous la tutelle des néo-conservateurs, il tentera de diriger les États-Unis d'Amérique et lancera sa lutte contre « le mal ».

Des critiques désorientées

Stone ayant habitué son public à un discours qui lui est propre, tous s'attendaient à ce que W. critique fortement Bush et ses politiques. Cette controverse a incité les studios d'Hollywood à refuser de financer le film. Ainsi, le réalisateur a dû se tourner vers l'Europe, l'Australie et la Chine pour réunir les fonds nécessaires.

Pourtant, le Bush dépeint par Oliver Stone attire la sympathie [3]. C'est l'administration derrière le président qui est attaquée; Bush ayant fait confiance aveuglément à ses conseillers. En effet, les Donald Rumsfeld, Karl Rove, Paul Wolfowitz, Dick Cheney et George Tenet sont présentés comme des hommes avides de pouvoir. Pour eux, toutes les stratégies et les raisons pour les justifier sont bonnes. Ainsi, ils convainquent Bush de la présence d'armes de destruction massive en Irak et affirment que « celui qui contrôle l'Iran (le voisin de l'Irak), contrôle le pétrole et contrôle la planète » [4]. Selon Stone, Colin Powell, ex-secrétaire d'État de Bush, serait le seul à s'opposer aux manigances des autres conseillers et à tenter de dissuader le président d'attaquer l'Irak.

Seul le Nouvel Observateur semble convaincu que W. critique le président personnellement : « Comment un gnafron a-t-il pu être élu ? Il prie avant chaque conseil des ministres, profère des inepties au kilomètre, s'en remet au Très-Haut systématiquement, se gave de chips et de cacahuètes, possède le QI d'une palourde à marrée basse et dirige le pays le plus puissant du monde. [5]»

Quant à Stone, il affirme qu'il n'a « pas de sympathie pour Bush, mais de l'empathie, oui. [6]» Surprises, les critiques ne s'attendaient pas à cette compassion de la part du réalisateur.

Un Bush des plus crédibles

En général, la presse a été étonnée de la crédibilité du personnage de Bush. Le film, présenté sous forme de portrait biographique, apporte davantage d'authenticité à l'homme que s'il avait été décrit de manière caricaturale dans un documentaire. Le jeu de l'acteur principal, Josh Brolin, est salué par les critiques et ciblé comme un ajout au personnage.

Stone assure avoir puisé les informations divulguées dans W. de sources fiables : « [...], le film est inattaquable : tout est vrai. Et nous allons mettre en ligne un vadémécum où la source de chaque réplique majeure du scénario sera répertoriée. [7]» Le secrétaire au trésor, Paul O'Neil, serait un de ses informateurs ainsi que d'autres membres de l'administration. D'après le Nouvel Observateur, « le film, uniquement fondé sur des événements authentiques et des dialogues réels, est une peinture au couteau [...] » [8].

Cette crédibilité n'a pas été qu'applaudie. En effet, plusieurs critiques reprochent au réalisateur de ne pas avoir poussé très loin dans les révélations. Pour eux, le fait que le personnage soit aussi plausible est dû au fait qu'on ne lui découvre rien de nouveau [9].

Pour le peu d'audace

Le portrait n'est pas que noir. Les critiques reconnaissent quelques hypothèses intéressantes faites par le biais du personnage Bush. Certaines sont visibles par les comportements de celui-ci, comme la relation « sadomasochiste » [10] qu'il entretient avec Dick Cheney. On peut penser aussi à sa réaction désespérée lorsqu'on lui avoue qu'il n'y a pas d'armes de destruction massive en Irak. D'autres se remarquent par ses habitudes anodines, lorsqu'il mange la bouche ouverte ou s'empiffre de Bretzel [11]. Ces scènes, sans être invraisemblables, sont les moments du film où le réalisateur s'aventure vers un terrain plus glissant en mettant en scène des faits non confirmés.

D'ailleurs, à certains moments dans le film, Stone avoue avoir poussé le personnage jusqu'à la caricature [12].

Malgré que ces écarts avec le « connu » soient très appréciés des critiques, ils sont peu fréquents dans le film. Stone en aurait même coupé au montage pour donner une plus grande crédibilité à son oeuvre [13]. Malheureusement, c'est ce qu'on lui reproche : un manque d'audace qui rend W. ennuyeux puisqu'il n'apporte rien de rafraîchissant [14].

Réaction officielle

Karl Rove, ex-conseiller et stratège politique de Bush, a déclaré que ce film ne reflète aucunement la réalité, sauf peut-être celle qui se déroule entre les deux oreilles d'Oliver Stone. Ayant trouvé la bande-annonce du film beaucoup trop caricaturale, Rove s'est promis de ne jamais voir ce film. Il y voit une tentative d'influencer le vote quatre ans trop tard, soit après la réélection de Bush [15].

À cet égard, plusieurs ont cru que le film aurait un impact sur la campagne électorale en cours au moment de sa sortie. En revanche, le public cible de cette production étant davantage les anti-Bush que les indécis, il est fort probable que ce film n'ait que renforcé les croyances politiques déjà établies chez ces citoyens. Certains ont, tout de même, avancé la possibilité que la sympathie pour Bush aurait pu mener à une défaite de Barack Obama [16].

Stone assure ne pas avoir voulu « prendre part dans la campagne électorale [...] » [17] Dans le même ordre d'idées, plusieurs analystes s'entendent pour dire que ce n'est pas le film de Stone qui changera l'opinion des partisans convaincus [18].




Références:

[1] CROUSSE, Nicolas, « Hollywood vote démocrate », Le Soir, 27 octobre 2008, p. 2

[2]loc.cit.

[3] Sans auteur, « W d'Oliver Stone : la résilience de Georges W. Bush », Les Échos, 29 octobre 2008, p. 11

[4] CASSIVI, Marc, « Un coup d'épée dans l'eau », La Presse, 11 octobre 2008, p.CINEMA9

[5] FORESTIER, François, « Bush portrait au couteau « W. », un brûlot d'Oliver Stone », Le Nouvel bservateur, 23 ocotbre 2008, p. 128

[6] LORAIN, François-Guillaume, « Œdipe à la maison blanche », Le Point, 23 octobre 2008, p. 132

[7] L'EXPRESS, « Oliver Stone : Dans W., tout est vrai », [En ligne], 24 octobre 2008, http://www.lexpress.fr/culture/cinema/oliver-stone... (Page consultée le 30 octobre 2008)

[8]FORESTIER, François, op.cit.

[9]CASSIVI, Marc, op.cit.

[10] SOTINEL, Thomas, « La vérité du président Bush et ses conséquences », Le Monde, 29 octobre 2008, p. 22

[11] DELCROIX, Olivier, « Oliver Stone radiographie les années Bush », Le Figaro, 21 octobre 2008, p. 28

[12]loc.cit.

[13]THE NEW-YORK TIMES, « Throwing Incaution to the Wind, Stone Paints Bush», [En ligne], 10 octobre 2008, http://www.nytimes.com/2008/10/12/movies/12berk.ht... (Page consultée le 30 octobre 2008)

[14]TIME, «Oliver Stone's Verdict on George W», [En ligne], 13 octobre 2008, http://www.time.com/time/arts/article/0,8599,18498... (Page consultée le 30 octobre 2008)

[15]THE NEW YORK TIMES, op.cit.

[16] PÉRON, Didier, « D'autres film », Libération, 29 octobre 2008, p. 27

[17]DELACROIX, Olivier, op.cit.

[18]CROUSSE, Nicolas, op.cit.

Dernière modification: 2008-11-14 08:11:03

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