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12 avril 2009

Les FARC sur une pente descendante


Jean-Félipe Nadeau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2018
Élection d’Ivan Duque à la présidence de la Colombie

juin
2016
Accord de cessez-le-feu entre le gouvernement colombien et les FARC

juillet
2008
Libération de la femme politique colombienne Ingrid Betancourt

décembre
1993
Décès du criminel colombien Pablo Escobar


1981
Naissance du cartel de Medellin en Colombie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

janvier
1971
Publication d'un essai de Gustavo Guttierez sur la théologie de la libération

avril
1970
Élection en Colombie entraînant la création du mouvement de guérilla M19

août
1968
Ouverture d'une conférence épiscopale à Medellin, en Colombie

mars
1967
Parution de l'encyclique Populorum Progressio

février
1966
Décès du prêtre colombien Camilo Torres

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

mai
1958
Levée de l'état de siège après l'élection d'Alberto Lleras Camargo en Colombie

mai
1957
Renversement du président colombien Gustavo Rojas Pinilla

avril
1948
Émeutes du Bogotazo en Colombie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Après plus de quarante années de lutte armée, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) commencent à s'essouffler. La mort de leurs deux principaux dirigeants, le chef Manuel Marulanda et son bras droit Raul Reyes, et la stratégie française permettant le sauvetage d'Ingrid Bétancourt a fait perdre beaucoup de crédibilité au mouvement. Le nouveau chef, Alfonso Cano, semble avoir des difficultés à rassembler les combattants. Des combattants isolés dans la jungle, de moins en moins capables de porter des coups importants à l'armée régulière. Assisterait-on présentement à la mort des FARC ?

La création des FARC

La Colombie actuelle existe depuis 1903(1). Sur la scène politique, la première moitié du 20e siècle est marquée par plusieurs luttes de pouvoir entre conservateurs et libéraux. En 1948, à cause de la situation politique précaire du pays, de violentes émeutes éclatèrent à Bogota et tournèrent en guerre civile(2). Essayant de limiter les dégâts, les deux principaux partis politiques durent cohabiter au sein d'un même Parlement. De vives tensions naquirent de cet arrangement et firent éclore plusieurs petits mouvements de guérilla dès 1961.

Il n'a suffi que de quatre années pour que s'organise la guérilla colombienne, nommée FARC, dès 1964(3). À l'époque de sa fondation, ce groupuscule regroupe près de 7000 paysans et s'inspire fortement de l'idéologie marxiste. Une grande partie de la population croit que la création des FARC ne pourra qu'être bénéfique pour son sort. En 1966, Manuel Marulanda prend les commandes des révolutionnaires et s'affilie au Parti communiste de Colombie. Les FARC s'attaquent principalement à des objectifs gouvernementaux et aux forces de l'ordre, ainsi qu'aux intérêts américains en Colombie. Au départ, les FARC ont un programme modéré, demandant seulement la réforme agraire(4).

Un portrait des FARC à leur sommet

La guérilla organisée prend son envol au début des années 70. Grâce à une attitude répressive du gouvernement, les FARC rehaussent leur capital de sympathie et augmentent radicalement leurs effectifs, recrutant près de 10 000 individus supplémentaires en quelques années(5). Poursuivant leur cause, « les FARC conçoivent un plan pour prendre le pouvoir en huit ans, s'implantent dans de nouvelles régions et passent à des actions offensives de beaucoup plus grande ampleur. Enfin, comme les autres guérillas, elles parviennent à capter des ressources financières considérables, notamment grâce à la commercialisation de la coca »(6).

Les moyens financiers sont la pierre angulaire du succès des FARC. En 1980, les révolutionnaires se lancent dans le trafic actif de la cocaïne en s'alliant avec les grands cartels colombiens. Le fonctionnement de l'organisation est simple : les narcotrafiquants exploitent des champs de coca sur les territoires contrôlés par les FARC. En contrepartie, ces derniers empochent d'importantes sommes d'argent. Ces fonds changeront considérablement l'équilibre précaire du pays, comme l'explique Daniel Pécaut, spécialiste de la Colombie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) : « la Colombie est alors un carrefour de la drogue, les effectifs des FARC montent et une atmosphère de Far West s'installe »(7). Les actions violentes se multiplient et gonflent le « momentum » des troupes.

En même temps, les FARC essaient de faire leur propre place sur l'échiquier politique. Des négociations sont entamées en 1982 entre Marulanda et le président Belisario Betancur pour tenter un cessez-le-feu (8). Bien qu'un accord fut signé et des réformes sociales mises en place, les négociations ne résultent sur rien de bien concret. Les FARC tentent donc de remédier à la situation en créant l'Union patriotique, qui est en compétition directe avec le Parti communiste. Ce parti fit bonne figure aux élections législatives de 1986 en faisant élire 350 conseillers municipaux, 23 députés et 6 sénateurs(9). Toutefois, de violentes confrontations entre l'Union patriotique et des groupes paramilitaires font plusieurs milliers de victimes au sein même des formations politiques, laissant entrevoir une recrudescence des actions violentes après quelques années d'accalmie.

À partir des années 90, « la guérilla s'implique et participe directement au trafic de drogue. Les enlèvements contre rançon et les impôts révolutionnaires imposés aux propriétaires et paysans se multiplient. La cocaïne devient la première source de financement des FARC »(10).

Le passé récent des FARC : sur le déclin ?

Cependant, l'apogée des FARC en Colombie semble tirer à sa fin. Depuis le début des années 90, les gouvernements colombiens qui se sont succédé ont tenté de minimiser l'impact des FARC sur le pays. Bien que plusieurs interventions armées ont été menées par Bogota sans véritable succès, l'opinion publique accorde de plus en plus le bénéfice du doute au gouvernement. Toutefois, l'année 2008 semble avoir sonné le glas des révolutionnaires.

Tout d'abord, il y a eu la libération, en janvier, de plusieurs otages politiques dont la parlementaire Consuelo Gonzalez et Clara Rojas, l'ancienne directrice de campagne d'Ingrid Betancourt. Deux mois plus tard, les marxistes perdent leurs deux principaux dirigeants : le chef historique Manuel Marulanda décède d'une crise cardiaque, alors que Raul Reyes, son bras droit, est tué par l'armée colombienne.

Pour sa part, l'Affaire Bétancourt a attiré l'attention de la communauté internationale et a fait très mal paraitre l'organisation même du groupe. Une opération orchestrée par les présidents Alvaro Uribe et Nicolas Sarkozy a permis la libération, après plus de 6 ans, d'Ingrid Bétancourt, femme politique possédant les citoyennetés françaises et colombienne(11). Cela fait, les FARC perdirent beaucoup de crédibilité et plusieurs de leurs sympathisants ont déserté leurs rangs.

Sur le plan politique, la situation ne fait que régresser. L'élection d'Alvaro Uribe en 2002 et 2006 marque un tournant dans la politique intérieure colombienne. Sa politique ferme et offensive à l'égard du groupe révolutionnaire tranche avec celle de son prédécesseur. Le président Uribe a accentué la pression militaire et renforcé la collaboration avec Washington(12).

Bien que contestée, sa politique semble porter ses fruits. En effet, il y a une diminution des zones contrôlées par les FARC, ceux-ci ont perdu leurs deux principaux chefs et leurs soldats désertent. Daniel Pécaut estime le nombre de soldats à l'heure actuelle entre 8000 et 10 000, alors qu'ils étaient plus de 19 000 au plus fort de leur pouvoir dans les années 90. Le nombre d'otages détenus régresse également : on en compterait un peu moins que 1500(13).

De plus, leur influence internationale s'est gravement détériorée. Les États-Unis ont placé les FARC sur leur liste des organisations « terroristes » et le dernier de rapport de l'Organe international de contrôle des stupéfiants de l'ONU stipule que les FARC ne sont plus un des grands joueurs mondiaux dans le trafic de la cocaïne(14). Autant de raisons de croire que la guérilla tire à sa fin.

Médiagraphie

(1) PÉCAUT, Daniel, « Les FARC : longévité, puissance militaire, carences politiques », in Hérodote, 4e trimestre 2006, n° 123, pp. 9-40.

(2) Ibid

(3) Geopolitis : Les FARC et la Colombie. Genève International, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 26 mars 2009)

(4) Ibid

(5) L'histoire des FARC, de la révolution au trafic de la cocaïne. Rue 89, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 26 mars 2009)

(6) Ibid

(7) 50 ans de guerre en Colombie. Le Monde Diplomatique, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 26 mars 2009)

(8) Ibid

(9) L'histoire des FARC, Loc. cit.

(10) Ibid

(11) Les FARC, l'une des plus important guérilla d'Amérique latine. Cyberpresse, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 26 mars 2009)

(12) FARC : actu du continent américain. Le Nouvel Observateur, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 26 mars 2009)

(13) PÉCAUT, Daniel, « Les FARC : longévité, puissance militaire, carences politiques », in Hérodote, 4e trimestre 2006, n° 123, pp. 9-40.

(14) Rapport de l'Organe international du contrôle des stupéfiants pour 2008. Organe international du contrôle des stupéfiants, ONU, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 26 mars 2009)



Dernière modification: 2009-04-17 08:39:38

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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