Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

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22 March 2009

Rush Limbaugh, ce faiseur de tempêtes politiques


Pierre Grégoire
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Polémique et ne redoutant pas la controverse, Rush Limbaugh est l'animateur de radio le plus populaire aux États-Unis depuis les vingt dernières années. Homme à l'égo surdimensionné et formidable orateur, on lui crédite la mobilisation qui permit au Parti républicain de prendre le contrôle du Congrès américain en 1994, ainsi que le mouvement demandant «l'impeachment» du président Bill Clinton en 1999, dans l'affaire «Monica Lewinsky» (1). Plus récemment, il a galvanisé le Parti républicain par son opposition au plan de relance économique du président Barack Obama (2).

Ce personnage haut en couleur est né le 12 janvier 1951 à Cap-Girardeau dans l'État du Missouri. Il est le petit-fils d'un avocat qui pratiqua le droit même après avoir dépassé le cap du centenaire. Rush Limbaugh entreprit des études à la Southeast Missouri State University mais les abandonna après une année, à la suite de mauvais résultats académiques (3).

C'est à l'âge de 16 ans que Rush Limbaugh prit contact avec le monde de la radio en suivant un cours d'ingénieur radiophonique. Dans les années 1980, il a travaillé pour le club de baseball les Royals de Kansas City pour un salaire annuel de 12 000 $. À cette époque, il songea même à quitter cet emploi pour celui plus lucratif de distributeur de croustilles (4).

Le chevalier de la droite américaine

Sa véritable carrière radiophonique débuta au mois d'août 1988. Le «Rush Limbaugh Show» allait devenir au fil des ans, mais surtout sous la présidence de Bill Clinton, un des plus grands succès radiophoniques des États-Unis (5). Aujourd'hui, avec un salaire annuel de plus de 50 millions de dollars, il arrive en deuxième position des animateurs de radio les mieux payés au pays. Il n'est devancé que par l'animateur new-yorkais, Howard Stern (6). D'ailleurs, la revue Forbes plaça Limbaugh en 36e position des hommes les plus fortunés des États-Unis en 2007 (7).

Limbaugh diffuse ses émissions quotidiennes de trois heures, du lundi au vendredi, à partir d'un lieu tenu secret de West Palm Beach en Floride. Maniant l'art oratoire d'une manière extrêmement efficace, il cultive littéralement l'attention de ses millions d'auditeurs. Il expose, sans complexes, ses positions ultraconservatrices et ses attaques contre les démocrates, les féministes, les homosexuels, les libéraux, les environnementalistes, les travailleurs sociaux, les impôts, l'État-providence, l'immigration, le Congrès, les grandes sociétés, etc. Bref, tout ce qui est progressiste ou trop étatique et qui menace la tranquillité et les valeurs des gens de la classe moyenne (8). Rush Limbaugh est un personnage tellement polémique que le Washington Post dit de lui qu'«il est à la gauche, ce que la bombe atomique fut à Hiroshima» (9). De plus, Limbaugh affirme incarner la défense d'une espèce, l'homme blanc, qui s'estime menacée par les féministes et les minorités (10).

Son auditoire radiophonique journalier est estimé à près de 20 millions de personnes. Un sondage effectué par la firme Annenberg en 2004, fit ressortir des informations étonnantes. Selon ce sondage, son auditoire le plus fidèle est composé d'un peu plus de 35 % d'auditeurs âgés et assez conservateurs. Les Latino-Américains arrivent en deuxième position avec 34 %. Suivent en troisième position les Afro-Américains et les employés du secteur des services des petites communautés. Mais ce qui est le plus intéressant ce sont les deux groupes conservateurs types, la droite religieuse et le milieu agricole, qui ne figurent pas parmi ses auditeurs les plus fidèles. Enfin, il est important de souligner que seulement 26 % des auditeurs de Rush Limbaugh s'identifient clairement comme étant des républicains (11).

Ce contraste dans les cotes d'écoute reflète en quelque sorte les nombreuses contradictions que l'on retrouve chez ce personnage. Même si Rush Limbaugh est l'animateur de radio ultraconservateur le plus populaire aux États-Unis, il n'en demeure pas moins qu'aux yeux de la droite religieuse et traditionnelle, il représente une valeur douteuse. Ayant à son dossier trois divorces ainsi que des démêlés avec la justice en 2006, dans une affaire de possession illégale de médicaments, ainsi qu'une dépendance avouée à ceux-ci, il va s'en dire que Rush Limbaugh est loin de mettre en pratique les valeurs qu'il prêche dans ses émissions radiophoniques (12).

Espoir pour les uns, embarras pour les autres

Malgré tout, il est indéniable que Rush Limbaugh a toujours conservé une certaine emprise sur le Parti républicain. Cette emprise remonte à l'époque de la présidence de Ronald Reagan. L'ancien président américain faisait même son éloge en le qualifiant de «voix numéro un du conservatisme dans notre pays» (13). Malgré le fait que Rush Limbaugh affirme que l'ancien président Ronald Reagan est sa plus grande influence personnelle, il est ironique de constater que Limbaugh n'a jamais voté pour Reagan, car ce n'est qu'à l'âge de 35 ans qu'il s'est finalement enregistré comme électeur (14). Par contre, il est incontestable que depuis la présidence de Reagan, personne n'a porté le message conservateur avec autant de force et d'aplomb que Rush Limbaugh lui-même (15).

À la suite de la débâcle des républicains lors des élections présidentielle et législatives du 4 novembre 2008, plusieurs stratèges républicains affirment sans ambages que c'est Rush Limbaugh, plutôt que le candidat démocrate Barack Obama, qui a contribué à la défaite du sénateur John McCain. Tout au long des primaires et des caucus et pendant la campagne présidentielle, Limbaugh ne s'est jamais retenu de critiquer sévèrement John McCain, lui reprochant notamment ses positions modérées et son désir d'établir un consensus avec les démocrates (16).

Aujourd'hui, le Parti républicain est un parti à reconstruire. Discrédité par le règne du président George W. Bush ainsi que par les guerres et la crise financière, le Parti républicain traverse une crise politique et de direction sans précédent. C'est pourquoi, plusieurs voient en Rush Limbaugh le seul qui soit capable de représenter le parti et de parler au nom de ses intérêts (17).

Et, de fait, Rush Limbaugh est le seul personnage public conservateur qui n'a pas hésité avant le commencement de la présidence de Barack Obama à la critiquer sévèrement et à souhaiter publiquement son échec (18). D'ailleurs, Limbaugh a embarrassé bien des républicains en parodiant Obama dans ses émissions en faisant jouer à plusieurs reprises une chanson intitulée «the Magic Negro» (19).

Malgré ses excès, plusieurs républicains sont divisés quant à l'attitude à adopter à l'endroit de Rush Limbaugh, car ils le craignent. Michael Steele, un Afro-Américain qui est le nouveau président du Parti républicain, avait condamné les attaques de Limbaugh à l'endroit d'Obama. Mais il a dû rétracter ses propos, avec humiliation, à la suite de contre-attaques en règle de Limbaugh sur les ondes (20).

En somme, bien qu'étant une icône de la droite Américaine et le choix de nombreux républicains pour diriger le Parti, il ne faut pas oublier que Rush Limbaugh est un homme d'affaires aguerri, gagnant des dizaines de millions de dollars par année, et non un politicien dans l'âme. C'est la polémique et non la politique qui est sa raison d'être et son gagne-pain. Voilà pourquoi il est peu probable que Rush Limbaugh soit à la tête du Parti républicain lors de la prochaine élection présidentielle.




Références:

1) Auteur inconnu. «Times Topic», The New York Times, [En ligne], http://topics.nytimes.com/topics/referenc... consultée le 15 mars 2009).

2) BELL, Debra. «10 Things You Didn't Know About Rush Limbaugh», U.S. News & World report, le 6 mars 2009.

3) BELL, Debra. Loc. cit.

4) BELL, Debra. Loc. cit.

5) BELL, Debra. Op. cit.

6) STELTER, Brian. «A Lucrative Deal for Rush Limbaugh», le 3 juillet 2008.

7) STELTER, Brian. Loc. cit.

8) Auteur inconnu. «Number 36 Rush Limbaugh», Forbes, [En ligne], le 14 juin 2007. http://www.forbes.com/lists/2007/53/0... consultée le 14 mars 2009).

9) FRACHON, Alain. «Une nouvelle coqueluche radiophonique aux États-Unis : Les rires gras de Rush Limbaugh», Le Monde, le 29 novembre 1993.

10) FRACHON, Alain. Loc. cit.

11) CHINNI, Dante. «Who are Rush Limbaugh's listeners ?», The Christian Science Monitor, le 3 mars 2009.

12) DANZIGER, Dan. «Mon Amérique à moi : Rush Limbaugh, caricature du parfait salaud», Courrier International, le 10 février 2009.

13) LEMA, Luis. «Sur les ondes conservatrices, le triomphe du populisme», Le Soir, le 31 octobre 2008.

14) BELL, Debra. Op. cit.

15) MADIGAN, Charles M. «The business of Rush Limbaugh», The Chicago Tribune, le 15 mars 2009.

16) HÉTU, Richard. «Le parti de Rush Limbaugh», La Presse, le 25 janvier 2009.

17) HÉTU, Richard. Loc. cit.

18) ROY, Mario. «Le vide républicain», La Presse, le 10 mars 2009.

19) SMITH, Adèle. «Barack, le ?Magic Negro?, plonge les républicains dans l'embarras», Le Figaro, le 1er janvier 2009.

20) SMITH, Adèle. «Rush Limbaugh, l'anti-Obama enragé», Le Figaro, le 12 mars 2009.

Dernière modification: 2009-03-27 07:57:55

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