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22 mars 2009

2011 marquera la fin de l'ère Hosni Moubarak en Égypte


Dany Lescault-Grenier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

En 2011, après 30 ans au pouvoir, Hosni Moubarak cédera sa place. Son fils apparait comme le principal candidat à sa succession. Il est temps, deux ans avant la fin de sa présidence, de jeter un regard sur la vie de Moubarak, son pouvoir et ses réalisations à la tête de l'Égypte.

L'ascension militaire et politique d'un futur président

Le président égyptien Hosni Moubarak est né en 1928 à Kafr-El Mesaliha, ville située dans la province d'El-Menoufia. Il a connu une grande carrière militaire avant de prendre le pouvoir en 1981. Après le lycée, Moubarak entra à l'académie militaire où il a obtenu un diplôme en science militaire. En 1950, ses études militaires se poursuivirent dans l'armée de l'air, où il a obtenu un second diplôme, cette fois en science de l'aviation. En 1964, il prit le commandement de la base aérienne du Caire ouest. Sa carrière politique commença sous le président de l'époque, Anouar el-Sadate, qui le nomma chef de l'armée de l'air et ministre des Affaires militaires en 1972(1).

Le mois d'avril 1975 revêt une grande importance dans la vie de Hosni Moubarak, puisqu'il devint vice-président du pays. Par la suite, en 1978, il fut choisi vice-président du Parti national démocratique (PND). Le président de l'époque, Anouar el-Sadate, fut assassiné le 6 octobre 1981 par des membres de l'organisation du Jihad islamique égyptien. Moubarak prit le pouvoir, conformément à la Constitution égyptienne, le 14 octobre 1981(2). Il poursuivit les politiques de privatisation et de libéralisme économique déjà mises en place par Sadate. Sous son règne, l'Égypte confirme sa place en tant que leader de la politique régionale du Moyen-Orient. Avec la Jordanie, en 1994, l'Égypte fut le seul État arabe à avoir signé des accords de paix avec Israël. Le président égyptien adopta également une position de médiateur dans le conflit israélo-palestinien(3).

L'Égypte : un exemple de démocratie ou de dictature déguisée?

Le président Moubarak est en place depuis plus de 25 ans, mais plusieurs inquiétudes sur l'ouverture démocratique persistent. Pendant les élections présidentielles de 1987, 1993 et 1999, il fut le seul véritable candidat. En 2005, après des pressions de la part des États-Unis, il gagna l'élection au suffrage universel avec 88,5% d'appuis(4). À la suite de l'élection, le président Moubarak fit emprisonner Ayman Nour, son principal opposant durant la course à la présidence(5). Dans le même ordre d'idées, 90 membres des Frères musulmans, une organisation islamiste, furent arrêtés en février 2008, deux mois avant l'élection municipale au Caire. La plupart des gens incarcérés étaient des candidats potentiels à la présidence(6).

Un autre exemple du manque d'ouverture de la démocratie égyptienne est le référendum de 2007. Accepté à 75,9%, il modifie plusieurs articles de la Constitution (égyptienne). Par exemple, un article interdit la formation de tout parti politique sur la base de la religion, empêchant ainsi les Frères musulmans, la principale opposition, de se présenter au pouvoir. Une autre modification oblige tout candidat à la présidence d'être issu d'un parti politique reconnu et disposant d'au moins 3% des sièges au Parlement(7). Cette disposition a comme principal objectif de tenir les Frères musulmans loin du pouvoir, ces derniers ayant pu être tentés de présenter un candidat indépendant. Un autre article contesté est celui de la loi antiterroriste qui permet au président Moubarak d'envoyer tout suspect devant les tribunaux militaires. De plus, les décisions prises par les tribunaux ne sont soumises à aucun appel.

Pour Amnesty International, ces réformes constitutionnelles représentent la plus grave atteinte aux droits de l'homme depuis 26 ans(8). Bien qu'il s'agisse d'un référendum, seulement 5% de la population s'était déplacée pour exercer leur droit de vote, selon l'Organisation égyptienne des droits de l'homme. Plusieurs irrégularités ont été dénoncées par des Organisations non gouvernementales (ONG), comme des doubles votes ou l'acheminement des votants en bus par le PND(9).

Sur le plan des libertés en général, l'Égypte est loin des pays occidentaux. Des statistiques démontrent que la liberté de presse n'est pas très élevée. Par exemple, l'indice de liberté de la presse, sur une échelle de zéro à cent, -zéro étant la liberté totale- se situe à 46,2 pour 2006. Cela situe l'Égypte dans le premier quart des pays les plus répressifs. De plus, bien que le régime soit tourné vers le libéralisme économique, différentes statistiques, comme le degré de liberté économique relatif à la corruption, ne sont pas très positives. En effet, l'indice du pays se situe à 33 -zéro signifiant une répression totale et cent la liberté- , soit sept points de moins que la moyenne mondiale. (10).

Deux candidats possibles pour la présidence de 2011

Tout semble indiquer que 2011 marquera la fin de la mainmise d'Hosni Moubarak sur la présidence de l'Égypte. Sa succession est un enjeu important qui pourrait changer les relations qu'entretient l'Égypte avec les différents acteurs internationaux. Deux candidats semblent se distinguer, soit son fils Gamal Moubarak et Omar Suleiman.

Le premier, plus jeune, est né en 1963. Il a fait ses études à l'université américaine du Caire. Il fut diplômé en 1982 et travailla pour la Bank of America au Caire. À partir de 2000, il débuta son ascension au sein du Parti national démocratique. Il a été placé à la tête du Comité politique du parti lors du congrès de 2003. Gamal Moubarak est très bien vu au sein du milieu des affaires américaines et égyptiennes(11). Quelques points ne jouent pas en sa faveur, comme le fait de ne pas être issu du milieu militaire comme son père et les anciens présidents Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate. Autre point négatif : la succession de façon héréditaire en Égypte n'est pas bien vue, autant par le peuple que par les Américains. S'il veut avoir le pouvoir, Gamal Moubarak devra se faire élire au moyen d'élections au suffrage universel.

L'autre candidat potentiel est Omar Suleiman, actuel chef des services de renseignements égyptiens. Il est un militaire de formation et de carrière. Plusieurs points positifs jouent en sa faveur. Tout d'abord, il a déjà sauvé la vie d'Hosni Moubarak qui a une confiance absolue en lui. Ensuite, sa carrière militaire est marquée de succès et d'ascension rapide. Omar Suleiman est reconnu pour sa forte opposition aux Frères musulmans. Tout comme le fils de Moubarak, il est apprécié de la communauté économique, tant américaine qu'égyptienne. Le principal argument ne jouant pas en sa faveur est son âge. En 2011, il aura 76 ans(12).

Gamal Moubarak semble avoir une longueur d'avance

Après 30 ans de règne, tout indique que 2011 marquera la fin d'Hosni Moubarak comme président de l'Égypte. Sa présidence fut contestée sur le plan de l'ouverture démocratique et les deux candidats possibles à sa succession semblent tendre vers une continuité des politiques mises en place depuis 1981. Les opinions divergent à savoir qui sera le prochain président, mais des mesures, comme l'amendement constitutionnel obligeant les candidats à la présidence d'être issu d'un parti politique ayant au moins 3% des sièges au Parlement, nous poussent à croire que le fils d'Hosni Moubarak lui succédera dans une élection au suffrage universel. L'élection sera-t-elle complètement démocratique? Seul l'avenir nous permettra de répondre à cette question, mais le passé semble indiquer que non.




Références:

(1)INSTITUT EUROPÉEEN DE RECHERCHE SUR LA COOPÉRATION MÉDITERRANÉENNE ET EURO-ARABE , Moubarak, Mohammed Hosni, Janvier 2008, http://www.medea.be/index.html?doc=1791, (13 mars 2009)

(2)Loc.cit

(3)Loc.ci... REPORTERS SANS FRONTIÈRES, Égypte – Rapport annuel 2006, 3 mai 2006, http://www.rsf.org/article.php3?id_article=17129, (13 mars 2009)

(5)LE MONDE, L'opposant égyptien Ayman Nour condamné à cinq ans de prison, 24 décembre 2005, http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre= ARCHIV ES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=928198&... (13 mars 2009)

(6) ASSOCIATED PRESS, «Égypte : 90 membres des Frères musulmans arrêtés», La Presse Canadienne, 20 février 2008

(7)ABOU EL-MAGD, Nadia, «Égypte: manifestation contre une réforme constitutionnelle», La Presse Canadienne, 20 mars 2007

(8)Loc.cit

(9) TODRAS-WHITEHILL, Tara, «Les Égyptiens boudent le référendum de Moubarak», Le Devoir, 27 mars 2007, p.A5

(10)PERSPECTIVE MONDE, Indice de corruption 2006, http://perspective.usherbrooke. ca/bilan/servlet/... (13 mars 2009)

(11) GUIBAL, Claude, Égypte : l'ascension de Gamal Moubarak, 13 mai 2005, Libération.fr, http://www.algerie-dz.com/article2794.html, (13 mars 2009)

(12) GUIBAL, Claude, Omar Suleiman l'ombre du Caire, 3 mars 2009, Libération.fr, http://www.liberation.fr/monde/0101466380-omar-sul... (13 mars 2009)

Dernière modification: 2009-03-27 08:10:20

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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