Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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15 mars 2009

Création de l'OTAN : une nouvelle ère de coopération occidentale


Jean-Félipe Nadeau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) aura 60 ans le 4 avril 2009. Créée tout d'abord pour assurer la défense de ses membres, cette organisation est devenue, plus d'un demi-siècle plus tard, le pilier de la sécurité européenne. Au-delà des aspirations de sécurité mondiale, l'OTAN se voulait avant tout une organisation politico-militaire créée à la suite d'intenses négociations pour défendre les intérêts occidentaux face à l'Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale.

La plupart des organisations mondiales sont issues de traités, qu'ils soient bi ou multilatéraux. L'OTAN n'y déroge pas : elle est le fruit du traité de l'Atlantique Nord, signé le 4 avril 1949 à Washington par 12 États (États-Unis, Canada, Belgique, Danemark, France, Italie, Islande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni)(1). Ce qui frappe, c'est l'institutionnalisation rapide de l'organisation et la mise en vigueur de son article 5 qui précise que « tous les signataires s'engagent à se porter secours en cas d'attaque contre l'un ou l'autre d'entre eux »(2). Donc, l'OTAN est d'abord une alliance défensive qui est chargée de coordonner les actions militaires de ses membres. Le Conseil Atlantique, dont le siège social est à Paris, est mis en place pour assurer la représentativité de chaque État membre. Toutefois, à l'origine, c'est le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe), avec en tête Dwight Eisenhower (1949-1952), qui se charge de la prise de décision. Son quartier général est établi à Rocquencourt, près de Versailles(3).

Les origines de l'OTAN : peur au menu

Les motivations derrière le traité de l'Atlantique Nord sont multiples. Tout d'abord, la déclaration du président américain Harry Truman le 12 mars 1947 fonde la « doctrine Truman ». Motivée entre autres par l'essor des guérillas nationalistes et communistes soutenues par les Soviétiques (Chine, Kurdistan, Indochine), la nouvelle doctrine américaine vient remettre en question le traditionnel isolationnisme du pays en temps de paix(4). À l'origine, la doctrine Truman devait reposer sur une offre d'assistance militaire et financière de la part des États-Unis, s'adressant aux pays décidés à s'opposer aux pressions communistes. De plus, l'Europe est de plus en plus désireuse de se lier aux États-Unis d'une façon durable et constante pour faire contrepoids au bloc communiste.

D'autre part, il y a la peur, une peur grandissante de l'inconnu. Alors que les soldats américains rentrent au bercail dès l'été 1945, l'Union soviétique encourage fortement l'Europe de l'Est à se doter de dictatures basées sur la philosophie de Joseph Staline. Dans le camp d'en face, les efforts de coopération sont trop peu nombreux et mal coordonnés pour arriver à stopper le raz-de-marée communiste. Bien que les Nations unies (ONU) (créés en juin 1945) essaient d'instaurer un nouvel ordre mondial par l'entremise de relations diplomatiques fortes, il en ressort son incapacité évidente à trouver un consensus mondial, les droits de veto des cinq pays fondateurs au sein du Conseil de sécurité n'aidant en rien la cause (5).

La création du Kominform, les grèves communistes en France et en Italie, le « coup de Prague » de février 1948 et le blocus de Berlin(6) viennent également accentuer le sentiment de vulnérabilité des jeunes démocraties. En 1948, Paul-Henri Spaak, alors ministre belge des Affaires étrangères, lance à un collègue soviétique : « Nous avons peur. Vous nous faites peur. Vous nous accusez d'impérialisme, mais votre empire s'étend de la Baltique à la Méditerranée. Votre politique est plus ambitieuse que celle des tsars! »(7). C'est sur ces bases que l'OTAN fut fondée : une coopération militaire forte, durable, et capable de faire face à un ennemi qui répand sa philosophie à une vitesse vertigineuse.

Au départ, les objectifs de l'organisation sont plutôt généraux. Il faut se référer au traité original pour en saisir toute la teneur. Sommairement, le Pacte atlantique (autre nom donné au traité) a pour objet d'assurer collectivement la sécurité des États signataires. Le texte du traité reprend les grandes lignes de la charte de l'Atlantique (1941) et de la charte des Nations unies (1945) en réaffirmant les principes d'un ordre mondial convenable : « la liberté des peuples, le règne du droit, la justice, la coopération économique et le refus de l'emploi de la force pour résoudre les conflits, sauf en cas de légitime défense. En temps de paix, la sécurité collective des États membres est assurée par l'assistance mutuelle et la coopération économique »(8). Il est également stipulé que chaque pays signataire se doit d'accroitre sa capacité à résister à une attaque armée, ce qui amènera ultérieurement une vente d'armes massive par les États-Unis.

Une alliance qui soulève la controverse

Bien que la signature du traité d'Atlantique Nord ait apporté plusieurs bénéfices pour ses membres en développant la plus grande coopération militaire jamais entretenue, elle fut désapprouvée et crainte par plusieurs. Tout d'abord, on pense que la création de l'OTAN représente un avantage marqué pour les États-Unis, ce qui n'est pas nécessairement vrai. Les Européens ont tout fait pour forcer les Américains à participer à leur défense, et ils avaient en tête de poursuivre cette jeune tradition(9). Rappelons-nous aussi que les États-Unis ont brisé leur tradition isolationniste en concluant ce traité, permettant ainsi une alliance permanente avec le continent européen. Du point de vue économique, l'entente est une excellente affaire pour les Américains. Cependant, ces derniers commencent à réaliser qu'ils viennent de s'engager dans une promotion active de la paix, ce qui diffère de l'idée principale d'aider les pays européens à se reconstruire tout en améliorant le climat mondial. La ratification du traité d'Atlantique Nord a donc été l'élément déclencheur qui a soudé le bloc occidental derrière les États-Unis.

De l'autre côté, le bloc communiste s'oppose fortement au traité, voyant en lui un instrument de l'impérialisme américain. « Le traité repose en effet sur les principes que les Américains ont tenté d'imposer après la guerre. (Principe de libre échange économique issu de la conférence de Bretton Woods) »(10). Les Soviétiques ne voient pas là une alliance, mais plutôt des pays européens qui appuient les États-Unis dans leur rôle de gendarme. À défaut de déclencher un autre conflit, les deux blocs s'en remettront à une autre organisation internationale : l'ONU. « Conformément à la Charte des Nations unies, et notamment à l'article 51, les pays de l'alliance s'en remettent à la décision du Conseil de sécurité (art. 5 et 7) lors de tout règlement de différend. Le traité réaffirme sa subordination à l'ONU et le rôle important de celle-ci dans les relations internationales (art. 1er) » (11).

Donc, d'un côté on retrouve les États-Unis qui ne voulaient raffermir la sécurité de l'Europe en fondant une organisation défensive. Puis de l'autre, les dirigeants communistes qui voient dans l'OTAN un geste flagrant de provocation. La réplique soviétique viendra en 1955 par l'entrée en vigueur du Pacte de Varsovie. Ce pacte, conclu avec sept pays satellites d'Europe centrale, place les forces armées de ces pays sous un commandement unifié soviétique. Le monde européen est dès lors scindé en deux, laissant entrevoir l'éventuelle escalade du conflit et la guerre froide.

Médiagraphie

1. Maurice DELARUE. Il y a quarante ans Le Pacte Atlantique, Le Monde, 3 avril 1989, p. A2

2. Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Site web officiel en français, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 18 février 2009)

3. L'AP-OTAN : rappel historique et grandes étapes. Assemblée parlementaire de l'OTAN, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 19 février 2009)

4. L'OTAN, histoire et objectifs. Politique.com (blog universitaire européen), [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 19 février 2009)

5. O.T.A.N..Encyclopédie en ligne sur Larousse.fr, [en ligne], [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1595'>OTAN-_136491.htm, (page consultée le 19 février 2009)

6. Aïda ZENOVA et Caroline PAULHUS. OTAN (dossier), Radio-Canada archives, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 19 février 2009)

7. O.T.A.N..Encyclopédie en ligne sur Larousse.fr, [en ligne], [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1595'>OTAN-_136491.htm, (page consultée le 19 février 2009)

8. Organisation du Traité de l'Atlantique. Op. cit.

9. Philippe RATER. L'OTAN célèbre ses 50 ans demain, AFP, Le Soleil, 3 avril 1999, p. A31

10. ZARKA, Jean-Claude. L'OTAN, 2ème édition corrigée, Paris, Presse Universitaire de France, Collection Que Sais-je ?, 1997, 125 pages.

11. L'OTAN, histoire et objectifs. Op. cit.

En référence

HYPPIA, Rémi. L'Otan après la guerre froide : l'ouverture à l'est, Paris : Montréal : L'Harmattan, Collection Raoul-Dandurand, 1997, 101 pages.

Benoit D'ABOVILLE. Les soixante ans de l'OTAN : un point de vue européen, CAIRN, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 21 février 2009)

Chronologie de l'OTAN (1949-2009). L'Express.fr, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 19 février 2009)

Nato-Gipfel 2009. Sommet de l'OTAN 2009, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 20 février 2009)



Dernière modification: 2009-03-20 08:21:34

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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