Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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5 March 2009

Alzheimer : un génocide intellectuel aux coûts affolants


Jean-Félipe Nadeau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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L'Alzheimer est un problème croissant qui prend une place de plus en plus significative dans nos sociétés. Le nombre de victimes ne cesse d'augmenter, les coûts d'institutionnalisation sont élevés et la recherche avance à pas de tortue. Les gouvernements du monde entier sont désormais aux prises avec ce fléau, un joyeux casse-tête qui engendre d'importants coûts économiques et sociaux. Dans l'engrenage d'un processus irréversible, où les victimes n'ont pas conscience de leur maladie, le « baby-boom » de l'après-guerre sera, de loin, plus coûteux que prévu.

Une maladie récente ?

Considéré comme une maladie évolutive du cerveau, l'Alzheimer enlève à ses victimes la capacité de cogiter et altère leur mémoire. Il s'agit de la forme de démence la plus courante dans les pays industrialisés. La maladie se développe à travers de nombreux stades, et peut même causer la mort. À long terme, les individus atteints se verront limités dans leur autonomie et l'Alzheimer aura des conséquences sur l'ensemble de leurs agissements. Selon la Société Alzheimer du Canada, « la maladie d'Alzheimer est un syndrome dont les symptômes comprennent la perte de mémoire, de jugement et de raisonnement, des sautes d'humeur ainsi que des changements de comportement et dans la manière de communiquer »(1).

Bien que cette maladie devait exister avant le 20e siècle, ce n'est qu'en 1906 qu'elle fut officialisée. C'est un médecin allemand oeuvrant dans le domaine de la psychiatrie, Aloïs Alzheimer, qui en fit le premier diagnostic. Sordidement, ce n'est qu'en comparant les cerveaux de patients potentiellement atteints à des cerveaux sains que le Dr Alzheimer put en arriver à ses conclusions. Il décela deux grandes manifestations de la maladie : « les « plaques » et les « écheveaux ». Les plaques sont de petits dépôts denses répartis sur l'ensemble du cerveau qui, à des concentrations élevées, sont toxiques pour les cellules cérébrales. Les écheveaux, pour leur part, interviennent dans les processus vitaux en « étouffant » les cellules saines du cerveau »(2). Donc, au fur et à mesure que la maladie progresse, différentes zones du cerveau sont atteintes, ce qui explique la dégénérescence des patients.

Mondialement, il est difficile d'estimer le nombre de personnes atteintes. Dans certains pays, le sous-développement de la médecine et le fait que l'espérance de vie ne soit pas élevée expliquent en partie l'absence de statistiques pertinentes. On estimerait cependant à 25 millions le nombre de personnes touchées. Il est également possible de constater qu'environ 75% des personnes atteintes sont des femmes et que le nombre global de victimes pourrait doubler d'ici la prochaine génération(3). D'autre part, de plus en plus d'individus de moins de 65 ans sont victimes de l'Alzheimer.

Au Canada, les statistiques du gouvernement révèlent que plus de 500 000 personnes seraient aux prises avec la maladie, ce qui représente environ 1,5% de la population totale. Les plus de 65 ans sont particulièrement touchés : 1 aîné sur 11 en est atteint à différents stades(4). Si l'on se fie à la courbe mondiale d'expansion de la maladie, le pays pourrait bientôt être aux prises avec plus d'un million de cas répertoriés, soit plus de 3% de la population canadienne. À mesure qu'ils vieillissent, les Canadiens doivent redouter la maladie, car elle se place au deuxième rang des maladies susceptibles de les toucher, tout juste derrière les maladies cardio-vasculaires(5).

En France, où le tiers de la population sera âgée de plus de 60 ans d'ici 2040, les inquiétudes sont très fortes. À l'heure actuelle, plus de 860 000 individus seraient victimes d'Alzheimer, ce qui représente environ 5% des aînés(6). Pour ce qui est des personnes de plus de 85 ans, c'est plus de 15%. Le gouvernement français stipule même que 160 000 nouveaux cas sont répertoriés chaque année. Et ce ne serait que la pointe de l'iceberg ! Selon les statistiques disponibles, la France ne diagnostiquerait que 50% des cas globaux d'Alzheimer ; l'autre moitié serait prise en charge par les familles sans avoir recours à un suivi médical adéquat(7).

Aux États-Unis, ce serait plus de 4,5 millions de personnes qui seraient aux prises avec la maladie d'Alzheimer, soit 1,5% de la population(8). Suivant la même courbe mondiale, le nombre de cas devrait doubler d'ici 25 ans. Cependant, les victimes de moins de 65 ans seraient moindres dans ce pays(9).

Même si le nombre de cas répertoriés peut paraitre alarmant, des traitements médicaux permettent de ralentir le processus. Néanmoins, rien encore ne permettrait de renverser le processus. Le médicament le plus couramment utilisé est le « Reminyl ER, qui fait partie du groupe de médicaments appelés inhibiteurs de la cholinestérase ». On s'en sert pour « traiter les symptômes faibles à modérés de la maladie d'Alzheimer »(10). D'autre part, même si des médicaments sont plus performants que d'autres, les législations les règlementant varient d'un pays à l'autre. Selon Medcost, les traitements diffèrent car d'importants lobbys pharmaceutiques essaieraient de promouvoir leurs propres brevets, au détriment de la meilleure efficience possible pour les victimes(11).

Les coûts de l'Alzheimer : exponentiellement exorbitants

En milieu de travail, les pertes reliées à la maladie sont colossales. Certaines de ces pertes sont reliées à des départs hâtifs de gens plus âgés atteints de la maladie, mais il ne faut pas oublier toutes les journées d'absentéisme de la part de salariés qui doivent s'occuper de parents atteints. Au Canada et en France, on estime à 2 milliards de dollars les pertes absorbées par les entreprises ; ce chiffre pouvant atteindre 25 milliards aux États-Unis(12).

Pour leur part, les coûts hospitaliers varient énormément d'un pays à l'autre. Les programmes de santé publique varient, et tous n'offrent pas la même protection pour les victimes. Le Canada et la France, prônant une idéologie plus sociale-démocrate, offrent des programmes d'aide plus généreux que les États-Unis. En effet, les familles ont le choix de confier leurs aînés à des institutions de soins de longue durée qui sont prises en charge par l'État. On estime la dépense gouvernementale à environ 45 000$ par année par patient(13). Fait étonnant, les programmes de santé publique américains, MediCare et MediAid, ne couvrent que partiellement les frais des traitements. Ce faisant, plus de 75% des personnes diagnostiquées doivent vivre avec leurs proches (cette proportion étant de 50% dans les autres pays). En tout et pour tout, on estime à un peu plus de 250 000$ le coût de l'Alzheimer par patient, du diagnostic jusqu'à la mort(14).

Même si les gouvernements du monde entier démontrent leur bonne foi pour trouver des pistes de solutions, les familles continuent d'absorber la plus grande part des dépenses reliées à la maladie (plus de 75%)(15). Voyant la facture augmenter radicalement au cours de la dernière décennie, les gouvernements ont décidé de revaloriser les aidants naturels, soit le fait que les victimes de la maladie d'Alzheimer soient prises en charge par leur famille. Cependant, les gouvernements ont décidé de décentraliser la responsabilité sans décentraliser les budgets. Mis à part le point de vue humain (qui implique nécessairement un fort côté émotif), il n'y a aucun avantage pour les familles à héberger l'un de leurs proches. Des bribes d'aide gouvernementale arrivent jusqu'aux familles, certes, mais le fait qu'un proche reste à la maison pour s'occuper d'un patient est encore plus coûteux pour l'économie des pays en cause. Des soins à domicile peuvent atténuer le mal, mais cette politique est trop peu utilisée pour faire pencher la balance.

Donc, la gestion de la maladie d'Alzheimer, menée conjointement par les gouvernements et les familles, n'a rien de facile et demande des choix déchirants. Le vieillissement de la population dans les pays industrialisés ne fait qu'empirer le problème, augmentant de façon exponentielle la portion des dépenses allouées à la santé. Plus inquiétant encore, aucun remède ne permet à l'heure actuelle de prévenir la maladie, laissant planer le doute que ce génocide intellectuel ne fait que commencer.

Médiagraphie

(1) Société Alzheimer du Canada. [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(2) Ibid.

(3) What is Alzheimer ?. Alzheimer's association, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(4) Société Alzheimer du Canada, Op. cit.

(5) Ibid.

(6) France Alzheimer. Union nationale des associations Alzheimer, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(7) Ibid.

(8) Statistics about the finacial cost of alzheimer's disease. About Alzheimer in USA, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(9) Ibid.

(10) Alzheimer's disease. Fisher center for Alzheimer's research, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(11) Medcost : le traitement de la maladie d'Alzheimer. Medcost, Institut économique de la santé (France), [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(12) Statistics about the finacial cost of alzheimer's disease. Op. cit.

(13) Medcost : le traitement de la maladie d'Alzheimer. Medcost, Institut économique de la santé (France), [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)

(14) Ibid.

(15) Ibid. Vivre avec l'Alzheimer. Association Alzheimer Suisse, [en ligne], [hyperlien] (page consultée le 4 février 2009)



Dernière modification: 2009-03-11 12:15:32

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