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22 February 2009

La visite du président Obama à Ottawa : une amitié renouvelée


Pierre Grégoire
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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La Colline parlementaire à Ottawa a été le théâtre d'une grande fébrilité à l'occasion de la courte visite du président américain, Barack Obama, le 19 février 2009. Cette fébrilité reflète l'enthousiasme et la confiance qu'entretiennent les Canadiens envers le nouvel occupant de la Maison-Blanche. En effet, des sondages effectués dans les jours précédant la visite de Barack Obama démontrent l'optimisme des Canadiens quant à l'avenir des relations canado-américaines (1). Par exemple, celui effectué entre le 12 et le 15 février 2009 par la firme Harris-Décima, auprès de 1000 Canadiens, révèle que près des trois quarts des répondants sont optimistes à l'égard des relations entre les deux pays. L'enthousiasme envers le président américain est particulièrement marqué au Québec, où 82 % des personnes interrogées entrevoient de bonnes relations entre le Canada et les États-Unis (2).

Le «Premier Ministre» Obama

Le président Obama jouit d'une telle popularité au Canada, qu'elle surpasse même celle des chefs politiques canadiens. L'enquête menée quelques jours avant la visite présidentielle par Léger Marketing, pour le compte de Sun Media, est éloquente. 57 % des Canadiens affirment que le président américain possède les qualités qu'ils recherchent chez un leader. En comparaison, 14 % des Canadiens choisissent le Premier Ministre Stephen Harper et 9 % optent pour le chef de l'Opposition officielle, Michael Ignatieff. Quant au chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, il termine avec 4 % (3).

La popularité du président au Canada repose sur plusieurs facteurs. Premièrement, il donne l'assurance qu'il est plus disposé au dialogue et à l'écoute que son prédécesseur George W. Bush. Deuxièmement, il semble identifier le Canada comme étant un modèle à suivre dans les domaines de la prudence fiscale, des soins de santé et du multiculturalisme (4). Troisièmement, la majorité des Canadiens appuient son plan de relance économique et sa politique énergétique et environnementale (5).

L'engouement qu'ont les Canadiens envers le chef d'État américain n'est pas nouveau en soi. Lors de la présidence de Franklin D. Roosevelt, dans les années 1930, plusieurs au Canada le préféraient aux premiers ministres Richard Bennett et W. L. Mackenzie King. Au début des années 1960, les Canadiens enviaient le président John Kennedy lorsqu'ils le comparaient à John Diefenbaker et Lester Pearson. Enfin, dans les années 1980, le président Ronald Reagan plaisait davantage aux Canadiens de droite, que le premier ministre conservateur, Brian Mulroney (6). Mais maintenant, on peut affirmer que la situation actuelle marque une nouvelle étape dans la relation qu'entretiennent les Canadiens envers le président américain.

Au-delà des retrouvailles, les inquiétudes demeurent

Malgré l'enthousiasme des Canadiens à l'endroit du président Obama, plusieurs inquiétudes demeurent. Les deux pays ont des échanges commerciaux d'environ 1,5 milliard de dollars américains par jour (7). Or, le spectre du protectionnisme américain effraie grandement le Canada. Ayant été échaudé ces dernières années par le conflit du bois d'oeuvre entre les deux pays, le gouvernement canadien redoute au plus haut point la «clause Buy America» inscrite dans le plan de relance du président américain. En effet, cette clause favorise les achats strictement américains pour les dépenses publiques d'infrastructures (8). À titre d'exemple, 2000 des 6000 emplois dans le secteur de l'acier au Canada seraient menacés par la «clause Buy America», selon l'Institut canadien de la construction en acier (ICCA). Le Québec serait également touché puisque 50 % de la fabrication de charpentes d'acier est destinée au marché américain (9).

Autre inquiétude, l'engagement de Barack Obama à renégocier l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Même si le président américain semble maintenant plus modéré dans ses propos, la vigilance demeure entière du côté canadien (10).

L'industrie automobile est un autre enjeu. La situation difficile des constructeurs inquiète grandement. Le Canada doit harmoniser son plan de sauvetage avec celui des États-Unis. Mais, il ne souhaite pas voir une de ses usines cesser sa production, pour favoriser les usines américaines (11). La question de la sécurité des frontières, entre les deux pays, complique davantage la situation. Comment améliorer la sécurité canado-américaine, sans pour autant nuire aux échanges commerciaux (12)?

L'environnement est un autre défi. L'administration américaine a besoin des sables bitumineux albertains, mais souhaite voir le Canada réduire ses émissions de gaz à effet de serre. D'où la nécessité d'une politique environnementale commune entre les deux pays (13).

Mais ce qui risque de symboliser davantage le rapprochement canado-américain est l'actuelle présence militaire canadienne en Afghanistan, qui se termine en 2011 (14). Avec la visite présidentielle du président américain à Ottawa, les Canadiens ont maintenant l'impression d'avoir redécouvert une vieille amitié qui s'était éloignée lors du règne du président Bush. L'administration Obama, après avoir entendu le message canadien à son endroit, voit le Canada, non plus comme son voisin et partenaire commercial, mais comme son meilleur ami et allié. Dans cette optique, il sera extrêmement difficile pour le Canada de faire la sourde oreille lorsque son «meilleur ami américain» lui demandera formellement une extension de sa présence militaire en sol afghan.




Références:

1) OLIVIER, Fannie. «La vague d'optimisme semble avoir traversé la frontière», La Presse, le 18 février 2009.

2) Loc. cit.

3) THOMPSON, Elizabeth. «Poll shows Canadian voters love their leader -Obama», Niagara Falls Review, le 19 février 2009.

4) TRAVERS, James. «Obama makes Americans of us all», The Toronto Star, le 19 février 2009.

5) GILLIS, Charlie. «Canada's love affair with Barack Obama», Macleans Magazine, le 13 février 2009.

6) SIMPSON, Jeffrey. «Obama envy : Yes, swapping leaders sounds great – this time», The Globe And Mail, le 20 février 2009.

7) FONTAINE, Hugo. «Les grands enjeux commerciaux», La Presse, le 19 février 2009.

8) Loc. cit.

9) LEDUC, Gilbert. «Protectionnisme américain dans l'acier : à Harper de jouer», Le Soleil, le 17 février 2009.

10) FONTAINE, Hugo. Op. cit.

11)Loc. cit.

12) FERGUSON, Rob. «McGuinty urges leaders to focus on open border», The Toronto Star, le 19 février 2009.

13) BEAUCHEMIN, Malorie. «Obama veut des sables bitumineux plus verts», La Presse, le 18 février 2009.

14) WOODS, Allan. «Canada gets mixed messages on Afghanistan», The Toronto Star, le 19 février 2009.

Dernière modification: 2009-02-27 07:55:08

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