16 septembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

22 février 2009

Élections en Israël : les travaillistes en difficulté


Félix Henri
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2019
Élections législatives en Israël

décembre
2017
Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

mars
2015
Élections législatives en Israël

août
2014
Annonce d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit dans la bande de Gaza

janvier
2014
Décès de l'ex-premier ministre israélien Ariel Sharon

janvier
2013
Élections législatives en Israël

novembre
2012
Annonce d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas

janvier
2009
Intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza

juillet
2006
Début d'un conflit entre le Hezbollah et Israël dans le sud du Liban

janvier
2003
Tenue d'élections législatives en Israël

février
2001
Élection en Israël d'un gouvernement dirigé par Ariel Sharon

septembre
2000
Début d'un deuxième soulèvement (intifada) en Palestine

octobre
1998
Signature des accords de Wye Plantation entre Israël et l'Autorité nationale palestinienne

novembre
1995
Assassinat du premier ministre israélien Yitzhak Rabin

septembre
1993
Signature d'un accord de paix israélo-palestinien à Washington

mars
1992
Attentat contre l'ambassade d'Israël en Argentine

décembre
1987
Début d'un soulèvement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie

septembre
1984
Formation en Israël d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Shimon Peres

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

L'histoire d'Israël est intimement liée à celle du Parti travailliste et de ceux qui l'ont précédé. Par contre, les dernières élections ont été très difficiles pour ce parti. Pour bien comprendre cette situation, il vaut la peine de revenir sur le contexte et les résultats des élections.

Un contexte défavorable

Les élections ont été déclenchées suivant les accusations de fraude contre le premier ministre Ehud Olmert au cours de l'été 2008. Ces accusations l'ont forcé à démissionner en octobre (1). À la suite de cela, le parti de centre droit Kadima, mené par Tzipi Livni, a échoué dans sa tentative de former un nouveau gouvernement de coalition à la Knesset, le Parlement israélien. Des analystes invoquent comme raison de cet échec la remontée dans les sondages de Benyamin Netanyahou et de son parti, le Likoud, dans un contexte de relations difficiles avec l'Autorité palestinienne, elle-même très affaiblie (2).

La campagne électorale s'est menée sur fond de guerre contre le Hamas à Gaza. Au départ, elle semblait favoriser les travaillistes qui ont effectué une remontée dans les sondages à la fin du mois de décembre (3). Il faut garder en tête qu'Ehud Barak, le chef du Parti travailliste, occupait aussi le poste de ministre de la Défense.

Par contre, les résultats finaux démontrent que cela n'a pas suffi. La gauche israélienne a échoué à convaincre la population que le processus de paix était encore une solution valable dans le conflit contre les Palestiniens (4). La paix est donc devenue une solution simplement impopulaire (5). Les travaillistes termineront les élections avec 13 sièges, le pire résultat de leur histoire, et 6 sièges de moins qu'aux dernières élections. Le seul autre parti de gauche, Meretz, n'a que 3 sièges. Cela confère à la gauche israélienne seulement 16 sièges sur 120 à la Knesset (6).

Kadima remporte le plus grand nombre de sièges avec 29, mais c'est tout de même un de moins qu'en 2006. Le Likoud de Benyamin Netanyahou se retrouve avec 27 sièges, 15 de plus qu'en 2006. Il faut aussi préciser que Kadima a été formé en 2005 d'une scission avec le Likoud, ce qui a pu jouer en faveur de ces derniers dans le contexte actuel (7). Les questions de sécurité et de guerre ont favorisé énormément le Likoud, qui a tiré avantage d'une population désillusionnée (8).

Finalement, un autre parti est venu brouiller les cartes : « Israël, notre maison ». Avec 15 sièges, 4 de plus qu'en 2006, il se place devant les travaillistes. La formation d'extrême droite d'Avigdor Lieberman se positionne donc maintenant comme un joueur incontournable en vue de la formation d'un gouvernement. Lieberman a même été qualifié de « faiseur de roi » (9).

Le parti travailliste : une longue histoire

Le Parti travailliste existe officiellement depuis 1968, mais sa base était présente bien avant. Le Mapaï, ce qui signifie « parti ouvrier », en était la première forme. Cette formation est fondée en 1930, soit avant même la création d'Israël (10). Un des personnages les plus importants de cette organisation deviendra plus tard une figure emblématique de l'État d'Israël. Il s'agit de David Ben Gourion.

Mapaï et Ben Gourion ont dominé la scène politique israélienne à partir de la proclamation d'indépendance de l'État juif, en 1948, jusqu'en 1965. Ben Gourion a été premier ministre de 1948 à 63, avec une courte pause en 1953-54. Parmi ses accomplissements, l'on compte évidemment la construction d'Israël en tant qu'État moderne, mais aussi l'intégration des milliers de Juifs qui arrivent de partout dans le monde. Il a aussi positionné Israël en tant que joueur important sur la scène internationale (11). Ben Gourion finira par quitter Mapaï pour de nombreuses raisons. La plus notable est l'affaire Lavon, un scandale politique en lien avec une opération ratée des services secrets israéliens (12). Il fonde ensuite le parti Rafi, avec deux autres anciens du Mapaï : Shimon Pérès et Moshe Dayan (13).

Aux élections de 1965, le parti qui domine est l'« Alignement », essentiellement une autre forme de ce qui deviendra le Parti travailliste en 1968 via la fusion de Mapai, du Rafi et de Ahdut HaAvoda, une autre formation de gauche. Levi Eshkol dirige Israël à la tête de la gauche de 1963 à 1969. La guerre de 1967 marque le mandat d'Eshkol. Toutefois, ce dernier n'avait rien du charisme de son prédécesseur, ce qui le rendit un peu moins important aux yeux de l'histoire (14).

Le mandat suivant, de 1969 à 74, est celui de Golda Meir. Elle hérite du même surnom qui sera attaché à Margaret Thatcher quelques années plus tard, celui de « dame de fer ». Meir refusait avec obstination d'accepter l'existence d'une « réalité nationale » palestinienne (15). En tant que première ministre, elle fut surtout reconnue pour l'échec de la guerre du Kippour de 1973. Cela mena à son départ définitif de la vie politique en 1974 (16).

Le célèbre Yitzhak Rabin succéda à Golda Meir. Son premier terme à titre de premier ministre fut court, de 1974 à 77. Même s'il hérita des problèmes issus de la guerre du Kippour, il réussit à conclure un accord avec l'Égypte et un autre avec les États-Unis qui mèneront à une coopération militaire plus rapprochée. Il doit aussi composer avec la problématique du choc pétrolier. Durant la campagne électorale qui est déclenchée en 1977, des scandales l'éclaboussent et causent la première défaite du Parti travailliste (17).

Les travaillistes sont présents dans les années 80, mais ne retournent pas au pouvoir avant 1992, lorsque Rabin redevient premier ministre. Son deuxième terme est reconnu pour la signature des accords d'Oslo, établissant pour la première fois un dialogue direct entre Israéliens et Palestiniens et garantissant la création de l'Autorité palestinienne (18). Rabin fut assassiné en 1995. Depuis, le parti travailliste perd en popularité, particulièrement après l'échec d'une grande coalition en 1999 et le début de la deuxième Intifada palestinienne en 2000.

Une reconstruction à prévoir

Maintenant, le parti travailliste est dans une position difficile. Il n'a définitivement plus la même influence que lors des premières décennies d'existence d'Israël. Ehud Barak a déclaré vouloir rester chef du parti et qu'il était prêt à tout mettre en oeuvre pour le replacer sur les rails de la victoire. Dans son discours de défaite, il admet et accepte ses erreurs, mais en profite aussi pour critiquer le fonctionnement de la Knesset, affirmant que les travaillistes ne peuvent former une coalition s'ils doivent faire des compromis sur leur vision sociale (19).

Toutefois, les critiques fusent contre Barak, même de l'intérieur. Amir Peretz, ancien premier ministre travailliste, juge que Barak n'est plus apte à diriger le parti seul et devrait démissionner (20). En toute logique, si Barak devait quitter la direction du parti, ce serait après la formation d'un gouvernement n'incluant pas la formation travailliste. S'il décidait de rester, il aurait le devoir d'entreprendre un travail de reconstruction pour moderniser et reprendre le contact avec la base politique qui a soutenu le parti par le passé, mais aussi avec une nouvelle base plus élargie. Que ce soit avec Ehud Barak ou non, ce travail devra être fait si les travaillistes veulent un jour reprendre le pouvoir. Et ce sera une tâche colossale.




Références:

(1) BBC News, « Ehud Olmert : corruption allegations », 17 juillet 2008, [En ligne] , http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/7035526.stm , page consultée le 18 février 2009

(2) Black, Ian, « Failure to form coalition may let in Likud », The Guardian, 27 octobre 2008, [En ligne] http://www.guardian.co.uk/world/2008/oct/27/livni-... , page consultée le 17 février 2009

(3) Lev Kay, Yehudah, « Gaza occupation boosts laborm Barak in latest poll », Arutz Sheva, 1er janvier 2009, [En ligne] http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/129169 , page consultée le 19 février 2009

(4) Koutsoukis, Jason, « Israeli voters lean to the right on eve of elections », The Canberra Times, 31 janvier 2009, [En ligne] http://www.canberratimes.com.au/news/world/world/g... , page consultée le 16 février 2009

(5) Al Jazeera, « Focus : Israel votes, profile : The labor party », 11 février 2009, [En ligne] http://english.aljazeera.net/focus/2009/02/2009287... page consultée le 17 février 2009

(6) Malka, Haim et Alterman, Jon B., « Critical questions : Deciphering the Israeli elections », Center for Strategic & International Studies, 9 février 2009, [En ligne]http://www.csis.org/component/option,com_csi... page consultée le 17 février 2009

(7) Le Monde, « Israel : l'électorat de gauche a voté utile », 11 février 2009, [En ligne], http://www.lemonde.fr/international/article/2009/0... page consultée le 16 février 2009

(8) CBS News, « Netanyahu : Gaza offensive stopped too soon », 4 février 2009, [En ligne] http://www.cbsnews.com/stories/2009/02/04/world/ma... page consultée le 15 février 2009

(9) Prier, Pierre, « Avigdor Lieberman, le ‘Raspoutine' israélien », 16 février 2009, [En ligne]http://www.lefigaro.fr/international/2009/02... page consultée le 20 février 2009

(10) Encyclopedia.com, « David Ben-Gurion », 2004, [En ligne] http://www.encyclopedia.com/doc/1G2-3404700572.html, page consultée le 19 février 2009

(11) Knesset Parliamentary Groups, « Worker's Party of Eretz Yisrael (Mapai) », http://www.knesset.gov.il/faction/eng/FactionPage_... page consultée le 20 février 2009

(12) MidEastWeb, « The Lavon affair, Israel and terror in Egypt », [En ligne] http://www.mideastweb.org/lavon.htm, page consultée le 20 février 2009

(13) Jewish Virtual Library, « Rafi », [En ligne], http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Politi... page consultée le 20 février 2009

(14) Oren B., Michael, « Levi Eshkol, forgotten hero », Azure, no.14, hiver 2003, [En ligne], http://www.azure.org.il/include/print.php?id=248, page consultée le 18 février 2009

(15) Ketterer, Eliane, « Golda Meir », Un écho d'Israel, 13 septembre 2006, [En ligne], http://www.un-echo-israel.net/Golda-Meir, page consultée le 20 février 2009

(16) Butt, Gerald, « Golda Meir », BBC News Profiles, 21 avril 1998, [En ligne], http://news.bbc.co.uk/2/hi/events/israel_at_50/pro... page consultée le 19 février 2009

(17) Israel Ministry of foreign affairs, « Yitzhak Rabin », 2 mars 2003, [En ligne], http://www.mfa.gov.il/MFA/Facts+About+Israel/State... page consultée le 21 février 2009

(18) Ibid

(19) Sofer, Roni, « Barak : We're no afraid of the opposition », ynews.net, 11 février 2009, [En ligne]http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-36... page consultée le 20 février 2009

(20) The Jerusalem post, « Peretz : Barak can no longer run the Labor party alone », 14 février 2009, [En ligne], http://www.jpost.com/servlet/Satellite?pagename=JP... page consultée le 20 février 2009

Dernière modification: 2009-02-27 08:07:10

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Israël : quand la gauche chute à droite
>mars 2018


Israël : un pays de contrastes socio-économiques
>janvier 2018


Avi Gabbay : rejoindre des votes de centre-droit avec un parti de gauche
>janvier 2018


Conflit syrien : rencontre entre la Russie et Israël
>octobre 2017


Crise identitaire à l'UNESCO
>octobre 2017


Shimon Pérès : un bilan ambigu
>janvier 2017


Réconciliation à intérêts partagés entre Israël et la Turquie
>septembre 2016


Le Foyer juif brouillera-t-il les cartes aux élections israéliennes ?
>février 2015


La place de l'or bleu dans le conflit israélo-palestinien
>février 2015


Cessez-le-feu entre Israël et la Palestine : du déjà-vu...
>octobre 2014


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019