Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

17 décembre 2018

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15 February 2009

Calderon et le cauchemar mexicain


Manel Ménard
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

July
2018
Élection d’Andrés Manuel Lopez Obrador à la présidence du Mexique

September
2017
Tremblement de terre dévastateur au Mexique

July
2012
Élection d'Enrique Pena Nieto à la présidence du Mexique

June
2009
Confirmation d'une pandémie de grippe A (H1N1) par l'OMS

July
2006
Élection de Felipe Calderon à la présidence du Mexique

July
2000
Élection de Vicente Fox à la présidence du Mexique

January
1994
Début du soulèvement des Indiens du Chiapas, au Mexique

December
1992
Signature de l'Accord de libre-échange nord-américain

July
1988
Élection de Carlos Salinas de Gortari à la présidence du Mexique

September
1985
Tremblement de terre meurtrier au Mexique

July
1982
Élection de Miguel de la Madrid Hurtado à la présidence du Mexique

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

June
1975
Ouverture d'une conférence internationale sur les femmes à Mexico

October
1968
Répression d'une manifestation étudiante sur la Place des trois cultures à Mexico

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

La prospérité des années 2000 aurait pu laisser croire que nous étions tous immunisés contre une nouvelle crise économique. Toutefois, depuis octobre 2008, les économistes se sont prononcés sur la récession affectant le monde entier, qui varie en amplitude selon le pays concerné. Ainsi, les États-Unis et certains autres pays se trouvent en récession, ce qui implique une croissance du PIB négative pendant un nombre déterminé de trimestres, selon les critères utilisés par des organisations internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Les États-Unis semblent être le pays le plus touché par cette crise, avec le Japon. Celui-ci vient de connaître une baisse de sa production nationale de l'ordre de 12,5% au cours des douze derniers mois. Pour leur part, les États-Unis ont été affectés par une réglementation des marchés financiers jugée insuffisante et à des actions des banques qui ont favorisé l'octroi de crédit, particulièrement à des ménages n'ayant pas à terme les capacités de remboursement. Aussi, le système financier a tôt fait de trouver ses limites lorsque les foyers ont arrêté d'honorer leurs prêts. À grande échelle, cela a placé le système bancaire américain sous forte pression, ce qui a obligé le gouvernement américain à intervenir massivement au plan financier. Et qui dit récession aux États-Unis, dit habituellement des conséquences économiques majeures pour ses principaux partenaires économiques et commerciaux, comme le Mexique (1).

La récession au Mexique

Le Mexique, voisin du sud des États-Unis et douzième puissance économique mondiale, est très lié à ces derniers tant au plan du commerce que de la sécurité des frontières. Il ressent donc les effets négatifs de la crise économique mondiale. Sa très grande dépendance au crédit international rend ce pays encore plus vulnérable, vulnérabilité fortement amplifiée par la baisse récente et dramatique du prix du pétrole (de 150$ à environ 35$ le baril). Rappelons que le Mexique est le 7e pays producteur de pétrole en 2007. Or, toute diminution de la consommation de pétrole dans le monde attribuable à la récession a un impact direct sur ses recettes d'exportation et donc sur ses capacités économiques.

La récession est également en train de provoquer un retour sans précédent des Mexicains qui s'étaient établis aux États-Unis pour y travailler et « vivre » le rêve américain. Les Mexicains travaillant au pays de l'oncle Sam envoyaient en moyenne 20 milliards de dollars par année à leurs familles (2), ce qui constituait la deuxième plus importante entrée d'argent au Mexique. Ces milliers de Mexicains retournant dans leur pays d'origine et venant augmenter le nombre « officiel » de chômeurs sont sans aucun doute un défi énorme pour l'administration du président Felipe Calderon.

Plusieurs indicateurs économiques démontrent clairement que la régression économique influence fortement et négativement l'économie mexicaine. La croissance du Produit intérieur brut (PIB) s'est établie à 3,3% en 2007 et devrait s'établir à -0,6% en 2008. D'autre part, le taux de croissance des exportations a été de 8,8% en 2007 et devrait s'établir aux alentours de -15,0% en 2008 (3).

Le plan Calderon

C'est lors d'une cérémonie au Palace National, le 7 janvier 2009, que le président Felipe Carlderon annonçait son plan de relance économique qui comporte plusieurs volets. Tout d'abord, il prévoit des mesures de dépenses publiques visant à renouveler les infrastructures, donc à relancer les investissements. Le Programme national des infrastructures (infrastructures de transport, équipements publics, etc.) prévoit des investissements totalisant 570 milliards de pesos (42 G$US), auxquels il faut ajouter une somme de 1,2 G$ destinée à la société nationale Petroleos Mexicanos (PEMEX) (4).

En deuxième lieu, le plan comprend aussi des mesures visant à relancer la demande intérieure : gel du prix de l'essence et baisse de 10% du prix du gaz naturel. Cela augmentera les sommes qui resteront dans les poches des familles, sommes qui pourront ensuite être dépensées en consommation. À cela se greffent des subventions versées pour l'acquisition d'anciens électroménagers plus « énergivores », ainsi qu'une augmentation des prestations pour les personnes qui se retrouvent sur des programmes de sécurité sociale (5).

Finalement, des mesures favorisant la production de biens au Mexique sont intégrées dans le plan. Le gouvernement entend effectuer 20% auprès des petites et moyennes entreprises afin de les aider. Il y aura de plus, une mise sur pied d'un nouveau fonds « Made in Mexico » pour aider les entreprises mexicaines à vendre leurs produits auprès de l'industrie pétrolière mexicaine (6).

Calderon, trop d'ambitions?

Ce plan est peut-être un peu trop ambitieux. En effet, l'une des premières questions qui se pose est la capacité réelle de l'État mexicain à pouvoir financer cet effort considérable, pendant une période marquée par un resserrement du crédit à l'échelle internationale.

Le gouvernement mexicain peut-il suppléer pendant une longue période aux pertes de revenus découlant de la baisse importante du prix du pétrole, ce qui affecte dramatiquement ses recettes d'exportations? Aussi, est-ce que le nouveau programme « Buy in Mexico » peut être contesté par les partenaires commerciaux du Mexique, tant du point de vue de l'ALÉNA que des règles plus générales de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), comme cela a d'ailleurs été le cas depuis deux semaines pour l'initiative « Buy in America » du président américain Barack Obama? Pour le moment, ces questions restent en suspens.




Références:

(1) EXPORTATION ET DÉVELOPPEMENT CANADA, « Mexique », janvier 2009, www.edc.ca, page consultée le 14 février 2009.

(2) GOUY, Patrice, « Après la crise, l'exode », Radio-France internationale, 2 novembre 2008, www.rfi.fr, page consultée le 14 février 2009.

(3) loc.cit, EXPORTATION ET DÉVELOPPEMENT CANANDA.

(4) CNN, « Mexican president unveils economic recovery plan », 7 janvier 2009, www.cnn.com, page consultée le 14 février 2009.

(5) ROHTER, Larry, « Mexico's tough economic crisis », The New York Times, 16 décembre 2008, www.nytimes.com, page consultée le 14 février 2009.

(6) loc.cit

(7) FIGADÈRE, Alain, « Économie - Un plan national de développement aux objectifs ambitieux », Le petit journal, 5 juin 2007, www.lepetitjournal.com, page consultée le 14 février 2009.

(8) THE NEW YORK TIMES, « The U.S financial crisis: The global dimension with implication for U.S policy », 12 février 2009, www.nytimes.com, page consultée le 14 février 2009.

Dernière modification: 2009-02-20 14:55:49

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