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8 février 2009

Vers une sortie de crise au Zimbabwe


Annick Baragengana
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2018
Élection d’Emmerson Mnangagwa à la présidence du Zimbabwe

novembre
2017
Démission du président du Zimbabwe, Robert Mugabe

mai
2008
Explosion inflationniste au Zimbabwe

mars
2008
Tenue d'élections législatives et présidentielle au Zimbabwe

avril
1980
Proclamation de l'indépendance du Zimbabwe

novembre
1965
Proclamation unilatérale d’indépendance de la Rhodésie

octobre
1953
Entrée en vigueur de la Fédération d'Afrique centrale

Considéré comme le grenier de l'Afrique et l'espoir économique du continent, le Zimbabwe se retrouve plongé en pleine crise politique. En effet, depuis les dernières élections de mars 2008, où l'opposition a gagné, le pays se retrouve dans un contexte politique difficile.

Mugabe ne veut pas laisser sa place

À la suite des élections générales du 29 mars 2008, le Zimbabwe fait face à un défi de taille. Lors de ces élections, le Zanu-PF, parti du président Robert Mugabe, perd le contrôle de la chambre aux mains du parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), qui obtient 100 sièges contre 99. Le MDC prend ainsi le contrôle du Parlement. Pour la première fois en 28 ans de pouvoir, la domination du Zanu-PF sur le pouvoir est remise en question.

Les résultats du premier tour de la présidentielle qui se tient à la même date sont également inquiétants pour Mugabe (1). Son rival, Morgan Tsvangirai du MDC, obtient alors une majorité relative avec 47,9% contre 43,2% des suffrages pour Mugabe.

Un second tour a donc lieu le 27 juin. Mais Tsvangirai refuse d'y prendre part à cause des nombreuses exactions et violences dont ses partisans sont victimes. Selon les estimations, « 200.000 personnes ont été déplacées, plus de 86 partisans du MDC ont été tués, plus de 20.000 maisons ont été brûlées et plus de 10.000 personnes blessées » (2). Tsvangirai fait également face à des obstacles dressés par le gouvernement, comme des interdictions, les perturbations lors de ses rassemblements ou l'arrestation de cadres du MDC. Face à cela, il décide de se retirer de la course afin de protéger ses partisans (3). Ce qui permet au président sortant, Robert Mugabe, d'être réélu sans trop de difficulté lors d'un scrutin entaché de violences. Depuis, le Zimbabwe s'enfonce dans la paralysie née de la défaite historique du régime de Mugabe, en place depuis l'indépendance.

Des solutions et une médiation

Afin de tenter de mettre fin à la crise secouant le Zimbabwe, l'Union africaine, lors de son sommet à Charm el-Cheikh, propose une solution. Elle appelle à la création d'un gouvernement de coalition. Elle encourage, par la même occasion, Mugabe et Tsvangirai à dialoguer afin d'en arriver à une solution mettant fin à la crise (4). En plus de la mise sur pied d'un gouvernement national, un processus de médiation est entrepris à l'initiative de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Thabo Mbeki, alors président de l'Afrique du Sud, est chargé de la médiation par ses pairs d'Afrique australe.

Les négociations entamées dès la fin de juillet 2008 ont à plusieurs reprises achoppé sur le refus de Mugabe d'abandonner ses prérogatives. Des tractations ont été suspendues, et même reportées à maintes reprises. Mais après des semaines d'intenses discussions, Mugabe et Tsvangirai en sont arrivés à un accord de partage du pouvoir. Selon l'accord, conclu le 15 septembre 2008, « le président Mugabe va partager le pouvoir avec deux partis de l'opposition dans un gouvernement de coalition » (5). Par le fait même, il conserverait son poste de président alors que Tsvangirai deviendrait premier ministre et chef du gouvernement. Finalement, Arthur Mutambara, leader d'un petit parti de l'opposition, deviendrait le vice-premier ministre.

Toutefois, les partis ne sont pas arrivés à s'entendre sur la répartition des différents ministères. Le président Mugabe a alloué unilatéralement la plupart des portefeuilles ministériels clés à son parti. Ce qui suscita la colère de l'opposition, estimant l'accord de partage en péril. Les tentatives faites pour en arriver à une entente sur l'attribution des postes ont échoué car Mugabe refusait de concéder certains ministères. Les violences ont repris de plus belle et le pays s'enlise dans la crise.

Mise en place d'un gouvernement de coalition

Après s'être retrouvé dans une impasse politique, le principal parti d'opposition a accepté d'entrer dans un gouvernement d'union : « Le MDC s'est plié aux recommandations des leaders d'Afrique australe qui avaient fixé la date du 13 février 2009 pour l'entrée en fonction du gouvernement de coalition » (6). Il s'agit là d'un pas important vers une éventuelle sortie de crise après un an de blocage politique. En conséquence, le Parlement zimbabwéen a levé le dernier obstacle à la création du poste de premier ministre le 5 février 2009. Un amendement à la Constitution a été adopté afin de créer ce poste (7). Le 11 février 2009, Morgan Tsvangirai prêtera serment. Et la mise en place du gouvernement d'union nationale est prévue pour le 13 février.

Afin de faciliter la tâche, la médiation sud-africaine met en place une structure de surveillance, le Jomic, composée de 12 membres issus des deux partis. Il est destiné à superviser l'accord de partage du pouvoir entre le Zanu-PF, le parti de Mugabe, et le MDC de Tsvangirai. Il s'agit un comité conjoint qui servira de garde-fou (8).

Réactions internationales

Nombre de pays se sont exprimés sur la crise au Zimbabwe. Les pressions internationales envers le pays se sont fait de plus en plus sentir. La France, par exemple, a exprimé sa volonté de voir le président Mugabe quitter ses fonctions, tout come le Premier ministre britannique Gordon Brown. L'Union européenne (UE), de son coté, a décidé de durcir ses sanctions envers le Zimbabwe. Elle a allongé la liste de personnalités du régime interdits d'entrée dans l'UE, en y ajoutant dix noms. Cette liste comporte notamment le président Mugabe et sa femme Grace dont les avoirs ont été gelés (9). Elle compte également des responsables et entreprises interdites de séjour dans l'UE.

Le Zimbabwe, qui connaît également une importante crise politique, économique et sanitaire avec une épidémie de choléra, espère que la venue d'un gouvernement de coalition lui permettra de se sortir de l'impasse. À la lumière des rebondissements des derniers mois, rien n'est toutefois garanti.




Références:

1. BEN RHOUMA, Hanan, Zimbabwe: vers un règlement de la crise électorale?, Afrik.com, 5/05/2008, http://www.afrik.com/article14223.html, consultée le 5 février 2009

2. La Croix, L'opposition se retire de la course à la présidentielle au Zimbabwe, 22 juin 2008, http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=23... consultée le 5 février 2009

3. Panapress, Morgan Tsvangirai se retire de la présidentielle du Zimbabwe, 23 juin 2008, http://www.afrik.com/article14591.html, consultée le 4 février 2009

4. Panapress, Le partage du pouvoir et la crédibilité de la démocratie en Afrique, Afrik.com, 15 septembre 2008, http://www.afrik.com/article15215.html, consultée le 4 février 2009

5. Ibid.

6. Le Devoir, Tsvangirai accepte d'entrer dans un gouvernement de coalition en février, 31 janvier 2009, http://www.ledevoir.com/2009/01/31/230540.html, consultée le 5 février 2009

7. RIBSTEIN, Sophie, L'opposition accepte de participer à un gouvernement d'union, RFI, 31 janvier 2009, http://www.rfi.fr/actufr/articles/109/article_77879.asp, consultée le 5 février 2009

8. France24, Le Parlement ouvre la voie à un gouvernement d'union, 5 février 2009, http://www.france24.com/fr/20090205-mugabe-parleme... consultée de 5 février 2009

9. L'Express, Zimbabwe : le monde réclame le départ de Mugabe, 9 décembre 2008, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/zim... consultée le 5 février 2009

Dernière modification: 2009-02-13 09:54:38

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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